Keir Starmer a déclaré devant la Chambre des communes qu’il n’aurait pas dû nommer Peter Mandelson ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis. Le chef du gouvernement britannique a parlé d’« erreur de jugement ». Il a affirmé assumer la responsabilité de cette décision. Cette prise de position intervient après de nouvelles révélations sur les conditions d’obtention de l’habilitation de sécurité de Peter Mandelson. Celle-ci avait été accordée malgré un avis défavorable du service chargé des vérifications. Deux questions dominent désormais la séquence : la responsabilité politique de cette nomination et le point de savoir qui, au sein de l’exécutif et de l’administration, connaissait cet avis défavorable au moment de la décision.
Une nomination devenue une crise politique
Peter Mandelson avait été nommé à Washington, puis limogé. Ses liens avec Jeffrey Epstein continuaient d’alimenter la controverse. Keir Starmer a expliqué que, s’il avait eu connaissance de l’avis défavorable rendu lors du contrôle de sécurité, il n’aurait pas confirmé cette nomination. Il a aussi répété que cette information ne lui avait pas été transmise au moment de la décision.
Devant les députés, il a déclaré : « Je n’aurais pas dû nommer Peter Mandelson. » Il a aussi affirmé : « Si j’avais su, je n’aurais pas donné suite à sa nomination. » Dans le même temps, il a refusé l’accusation selon laquelle il aurait volontairement trompé la Chambre des communes lorsqu’il avait auparavant affirmé que les procédures requises avaient été respectées.
L’affaire a changé d’échelle après une révélation précise. Le ministère des affaires étrangères aurait accordé l’habilitation de sécurité en janvier 2025 malgré un avis défavorable du service compétent. Ce point a replacé au centre du débat la chaîne de décision entre Downing Street, les services du premier ministre, la diplomatie britannique et les services chargés des vérifications.
« Les récits convergent sur l’aveu d’erreur de Keir Starmer, mais divergent sur l’accent mis sur l’ignorance, la responsabilité ou le mensonge. »
Keir Starmer soutient qu’il n’a été informé de cet avis défavorable que très récemment. Il affirme aussi que Downing Street et plusieurs ministres ont été laissés dans l’ignorance. Cette ligne de défense distingue l’erreur politique initiale d’une éventuelle dissimulation devant le Parlement.
Une pression accrue sur Downing Street et les services diplomatiques
La séquence parlementaire s’est déroulée dans un climat très tendu. Des dirigeants de l’opposition ont demandé la démission du premier ministre. Des députés ont accusé le gouvernement d’entretenir un récit contradictoire. Keir Starmer a dit vouloir exposer « tous les faits dans une transparence totale ».
Dans cette affaire, le chef du gouvernement renvoie une partie de la responsabilité vers l’appareil diplomatique. Il reproche aux responsables du ministère des affaires étrangères d’avoir validé la nomination malgré cet avis, puis de ne pas avoir transmis cette information aux plus hauts responsables politiques. Quelques heures après les nouvelles révélations, Olly Robbins, plus haut responsable des services diplomatiques, a été limogé. Il doit désormais s’exprimer devant une commission parlementaire.
Ce déplacement du centre de gravité vers l’administration n’a pas mis fin à la contestation. Plusieurs anciens hauts fonctionnaires accusent Keir Starmer d’avoir fait d’Olly Robbins un bouc émissaire. À l’inverse, des membres du gouvernement expliquent que la nomination de Peter Mandelson procédait d’un choix politique particulier pour Washington, dans un contexte jugé atypique.
Un ministre a ainsi résumé ce raisonnement en expliquant qu’une administration américaine atypique pouvait appeler un ambassadeur atypique. Cette justification ne règle toutefois pas la question la plus débattue : pourquoi cet avis défavorable n’a-t-il pas interrompu ou reconfiguré la procédure de nomination ?
Une affaire relancée par les vérifications de sécurité
Le cœur de la crise ne porte pas seulement sur les liens passés de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein, déjà connus publiquement. Il porte aussi sur le traitement institutionnel de ces éléments au moment de la nomination. Les révélations les plus récentes ajoutent un niveau supplémentaire : un avis négatif formel lors du processus d’habilitation, puis une validation malgré cet avis.
Keir Starmer reconnaît aujourd’hui que la nomination n’aurait pas dû avoir lieu. Mais il maintient ne pas avoir cherché à induire les députés en erreur. Cette distinction est centrale dans le système parlementaire britannique, où le fait de tromper sciemment la Chambre constitue une faute politique majeure.
La séance a d’ailleurs été marquée par des expulsions et des accusations directes dans l’hémicycle. Des députés ont mis en cause la crédibilité du premier ministre, tandis que d’autres ont demandé que toute la chaîne décisionnelle soit désormais documentée.
« Les formules les plus reprises opposent une “erreur de jugement” reconnue à un “mensonge” que Keir Starmer continue de contester. »
À ce stade, plusieurs éléments restent séparés dans les récits : la nomination initiale, l’avis défavorable lors du contrôle de sécurité, la déclaration antérieure devant les députés, puis le limogeage de responsables administratifs. C’est l’articulation exacte entre ces séquences qui concentre désormais la pression politique.
Une responsabilité admise, des zones de décision encore floues
À ce stade, Keir Starmer a reconnu publiquement que la nomination de Peter Mandelson constituait une erreur et qu’elle n’aurait pas dû être maintenue. Il continue toutefois de soutenir qu’il ne disposait pas, au moment de la décision, de l’ensemble des informations produites par la procédure de sécurité. L’opposition concentre ses attaques sur deux points. D’une part, la cohérence des explications antérieures de Keir Starmer devant les députés. D’autre part, le fonctionnement de la chaîne administrative ayant permis cette nomination.
La commission parlementaire et les futures auditions permettront-elles d’établir qui a validé, transmis ou retenu l’avis défavorable au fil de la procédure ? Et la reconnaissance d’une erreur de jugement suffira-t-elle à clore la question politique, ou celle-ci va-t-elle désormais se déplacer vers la responsabilité exacte de Downing Street et du ministère des affaires étrangères ?