L’UFAP-UNSA Justice a appelé à une journée de blocage dans les établissements pénitentiaires français, le 27 avril 2026. Le mouvement vise à dénoncer la surpopulation carcérale, le manque de surveillants et la dégradation des conditions de travail. Selon le ministère de la Justice, 22 % des établissements étaient touchés à la mi-journée. Le syndicat avait évoqué jusqu’à 80 prisons concernées sur environ 190 établissements.
Des blocages dans plusieurs régions
Des actions ont été signalées devant plusieurs maisons d’arrêt et centres pénitentiaires. Des rassemblements ont notamment eu lieu à Bois-d’Arcy, Lyon-Corbas, Douai, Béthune, Rennes-Vezin, Brest, Évreux, Valence, Besançon, Nice, Perpignan, Nîmes, Arles, Moulins, Sarreguemines, Épinal ou encore Domenjod, à La Réunion.
Les formes d’action ont varié selon les établissements. Des agents ont bloqué les entrées, installé des barrages, allumé des feux de palettes ou filtré les accès. Dans certains sites, des extractions judiciaires, c’est-à-dire des déplacements de détenus vers les tribunaux, ont été suspendues ou retardées.
À la prison de la Santé, à Paris, des surveillants ont dénoncé une situation liée à la densité carcérale et au manque d’agents. À Fleury-Mérogis, des agents ont également bloqué l’accès à l’établissement. Dans les Hauts-de-France, plusieurs prisons ont été concernées, avec des blocages ou débrayages à Amiens, Douai, Béthune et Beauvais.
« Les intitulés alternent entre “blocage”, “grève”, “prison morte” et “mobilisation”, selon la forme locale de l’action décrite. »
Un taux d’occupation national à 137,5 %
La mobilisation intervient dans un contexte de surpopulation carcérale élevée. Selon les derniers chiffres disponibles, les prisons françaises comptaient 87 126 détenus pour moins de 63 500 places au 1er mars 2026. Le taux d’occupation global atteignait 137,5 %.
La situation varie selon les établissements et les types de prison. Les maisons d’arrêt, qui accueillent notamment les personnes en détention provisoire et les courtes peines, concentrent les taux d’occupation les plus élevés. Plusieurs établissements cités dans la journée dépassent largement le seuil de 150 %.
À Rennes-Vezin, un représentant local de l’UFAP-UNSA a évoqué une surpopulation de 169 %. À Besançon, des agents ont signalé 461 détenus pour 273 places. À Nîmes, des représentants syndicaux ont évoqué 779 détenus pour 341 places et 170 matelas au sol. À Limoges, le taux d’occupation mentionné atteint 217 %. En Centre-Val de Loire, certains établissements ont été décrits avec des taux pouvant atteindre 237 %.
Les syndicats évoquent aussi la présence de détenus dormant sur des matelas au sol. À l’échelle nationale, près de 7 000 matelas au sol étaient recensés au 1er mars. Ce chiffre est devenu l’un des indicateurs utilisés pour décrire la saturation des établissements.
Les sous-effectifs au centre des revendications
L’UFAP-UNSA dénonce aussi un déficit de personnel. Le syndicat avance le chiffre de 5 000 postes non pourvus dans l’administration pénitentiaire. Dans certains établissements, des représentants locaux citent des manques d’effectifs plus précis, comme à Valence, Nîmes, Rennes-Vezin ou Arles.
Les agents mobilisés relient ces sous-effectifs à l’organisation quotidienne des établissements. Ils mentionnent les surveillances de coursives, les parloirs, les mouvements internes, les extractions, les services de nuit et les interventions en cellule. Plusieurs témoignages font état de services incomplets ou d’heures supplémentaires élevées.
À Arles, des représentants syndicaux ont indiqué que la maison centrale approchait 9 000 heures supplémentaires sur le premier trimestre. À Nîmes, des agents ont évoqué un volume d’au moins 200 heures par mois pour certains personnels. À Rodez, un surveillant cité localement parle d’un agent pour 70 à 80 détenus.
« Les chiffres nationaux sont complétés par des ratios locaux, souvent centrés sur les places disponibles, les matelas au sol et les postes vacants. »
Des conditions de détention et de travail décrites dans les établissements
Les agents mobilisés décrivent une accumulation de difficultés dans les établissements. Les situations rapportées concernent la promiscuité en cellule, les tensions entre détenus, les agressions, les bâtiments vétustes, l’insalubrité et les difficultés d’organisation du travail.
À Lyon-Corbas, un représentant syndical a évoqué les effets de cellules occupées par plusieurs personnes. « Une personne seule dans une cellule de 9 mètres carrés, elle vit bien. Trois personnes dans une cellule de 9 mètres carrés, on ne vit plus de la même manière », a déclaré Ludovic Navarro, représentant syndical.
À Valenciennes, Stéphane Lecerf, délégué UFAP-UNSA Justice, a indiqué que son établissement comptait 380 détenus pour 196 places. « On a moins de temps à consacrer aux détenus, donc il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des loupés », a-t-il déclaré.
Les revendications portent aussi sur la sécurité des agents. Plusieurs représentants locaux associent la surpopulation et les sous-effectifs à une hausse des tensions. Les organisations syndicales demandent des mesures d’urgence, un renforcement des effectifs et des réponses rapides sur les établissements les plus saturés.
Une position gouvernementale centrée sur les places et les prisons modulaires
Le ministère de la Justice met en avant plusieurs pistes pour répondre à la saturation carcérale. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son opposition à un dispositif de régulation carcérale automatique. Ce mécanisme prévoit qu’au-delà d’un certain seuil d’occupation, une entrée en détention soit accompagnée d’une sortie.
Le ministère prévoit l’ouverture de 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires. La moitié de ces places est annoncée pour 2027. Ces établissements doivent accueillir des détenus en fin de peine ou condamnés pour de courtes durées.
Cette orientation s’inscrit dans le prolongement d’un plan national de 15 000 places supplémentaires lancé en 2018. À ce stade, moins d’un tiers de ces places ont été livrées. Les syndicats de surveillants et de directeurs de prison considèrent que le rythme de livraison ne répond pas à l’augmentation actuelle du nombre de détenus.
Le ministère a aussi communiqué sur la hausse des expulsions de détenus étrangers dans certains cadres juridiques. Les syndicats estiment que cette mesure ne peut concerner qu’une partie limitée de la population carcérale.
Une levée annoncée avant une réunion au ministère
Dans la soirée, l’UFAP-UNSA Justice a annoncé la levée du mouvement national de blocage pour le 28 avril. Les syndicats doivent être reçus au ministère de la Justice le 29 avril.
Cette réception doit ouvrir une nouvelle séquence de discussions entre les représentants du personnel pénitentiaire et le ministère. Les revendications portent sur les effectifs, les conditions de travail, la sécurité des agents et les mesures à prendre face à la saturation des établissements.
Le mouvement du 27 avril intervient autour d’un sujet déjà documenté par plusieurs institutions. Le Conseil de l’Europe a récemment alerté sur l’état des prisons françaises et sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ».
Les discussions attendues au ministère
Le mouvement de blocage a rendu visibles les revendications des surveillants pénitentiaires sur les effectifs, la sécurité et la saturation des prisons. Le ministère met pour l’instant en avant des créations de places, des prisons modulaires et son refus d’une régulation carcérale automatique.
Plusieurs points restent à préciser. Quelles mesures seront proposées aux syndicats lors de la réunion au ministère de la Justice ? Les réponses annoncées porteront-elles d’abord sur les effectifs, les places disponibles ou l’organisation quotidienne des établissements ?