L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une « urgence de santé publique de portée internationale » le 17 mai 2026 en réponse à une épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Selon les derniers chiffres communiqués par le ministre congolais de la Santé, Samuel-Roger Kamba, 91 décès vraisemblablement causés par le virus ont été enregistrés, pour environ 350 cas suspects. La majorité des personnes concernées sont âgées de 20 à 39 ans, et plus de 60 % sont des femmes.
Un variant sans vaccin ni traitement spécifique
L’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique. Les vaccins disponibles ne sont efficaces que contre la souche Zaïre, responsable des précédentes épidémies majeures. Le taux de létalité de la souche Bundibugyo est estimé entre 30 % et 50 %. Les mesures de contrôle reposent principalement sur le respect des gestes barrières et la détection précoce des cas pour limiter les contacts.
L’épicentre de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, une région frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Cette zone, densément peuplée et marquée par des mouvements de population liés à l’activité minière, est également touchée par des violences armées, compliquant l’accès aux soins et la mise en place des mesures sanitaires.
Propagation régionale et premiers cas hors de l’Ituri
Le virus s’est propagé au-delà de l’Ituri, avec un cas confirmé à Goma, une grande ville de l’est de la RDC contrôlée par le groupe armé M23. Deux décès ont également été enregistrés en Ouganda, concernant des personnes ayant voyagé depuis la RDC. Aucun foyer local n’a été identifié en Ouganda à ce stade. L’Africa CDC, agence sanitaire de l’Union africaine, estime que le risque de propagation aux pays voisins est « élevé ».
« Les bilans reposent principalement sur des cas de suspicion, peu d’échantillons ayant pu être testés en laboratoire à ce stade. »
Mesures internationales et restrictions aux frontières
Plusieurs pays ont renforcé leurs mesures de surveillance et de contrôle aux frontières. Les États-Unis ont annoncé le 18 mai la mise en place de dépistages pour les voyageurs aériens en provenance des zones touchées. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont également indiqué travailler au rapatriement sécurisé d’un petit nombre d’Américains directement concernés par l’épidémie. Un travailleur américain a été testé positif au virus Ebola en RDC le 17 mai, après avoir développé des symptômes au cours du week-end.
Le Rwanda a fermé sa frontière avec la RDC, tandis que l’Ouganda a reporté un important festival chrétien pour limiter les risques de propagation. L’ambassade des États-Unis en Ouganda a suspendu temporairement toutes les demandes de visa en réponse à l’urgence sanitaire régionale.
Un contexte compliqué par les croyances locales
Selon le ministre congolais de la Santé, la détection de l’épidémie a été retardée en raison de croyances locales. Les communautés touchées ont d’abord attribué les symptômes à une « maladie mystique » ou à de la « sorcellerie », conduisant les malades à se rendre dans des centres de prière plutôt que dans des structures de santé. Les symptômes initiaux de la souche Bundibugyo, similaires à ceux d’une grippe ou d’un paludisme, ont également contribué à ce retard.
L’OMS a été alertée le 5 mai après le décès de quatre soignants en l’espace de quatre jours dans la région de Mongbwalu, située à environ 90 kilomètres de Bunia, la capitale de l’Ituri. Le premier cas identifié est un infirmier qui s’était présenté dans un centre de soins de Bunia le 24 avril.
Prochaines étapes et incertitudes
Les enquêtes épidémiologiques se poursuivent pour déterminer l’origine exacte de l’épidémie. Les autorités sanitaires internationales et locales doivent encore préciser les modalités de mise en œuvre des mesures de contrôle, notamment dans les zones difficiles d’accès en raison des conflits armés. Le bilan reste provisoire, dépendant des tests en laboratoire et des déclarations disponibles à ce stade. La publication de données consolidées permettra d’évaluer plus précisément l’ampleur de l’épidémie et son évolution.