Le navire de croisière MV Hondius a accosté lundi 18 mai dans le port de Rotterdam, aux Pays-Bas, avec à son bord 27 personnes, dont 25 membres d’équipage et deux soignants. Le bateau, qui avait quitté Ushuaïa (Argentine) le 1er avril, a été le théâtre d’une épidémie d’hantavirus ayant entraîné la mort de trois passagers. Les autorités sanitaires néerlandaises ont mis en place un protocole de quarantaine pour les personnes encore présentes à bord, tandis que le navire doit subir une désinfection complète.
À ce jour, sept cas d’infection par le virus ont été confirmés, et un huitième cas est considéré comme probable, selon un décompte établi par l’Agence France-Presse (AFP) à partir de sources officielles. Un nouveau cas a été détecté dimanche 17 mai au Canada, où une ancienne passagère du navire a été hospitalisée. Son conjoint, également présent à bord, a été testé négatif.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient son évaluation d’un « risque faible » pour la santé publique, soulignant que la transmission interhumaine du virus nécessite un contact très proche. Cependant, la période d’incubation, qui peut s’étendre sur plusieurs semaines, laisse craindre l’apparition de nouveaux cas parmi les passagers et l’équipage.
Arrivée aux Pays-Bas et mesures sanitaires
Le MV Hondius a accosté entre 10 h 00 et 12 h 00 (heure locale) à Rotterdam, où les 27 personnes encore à bord seront placées en quarantaine ou en isolement à domicile. Parmi elles figurent 17 Philippins, quatre Néerlandais, quatre Ukrainiens, un Russe et un Polonais, tous asymptomatiques à ce stade, selon l’armateur Oceanwide Expeditions. Le corps d’une passagère allemande décédée pendant le voyage est également toujours à bord.
Plus de 120 passagers avaient déjà été évacués le 10 mai aux îles Canaries, où le navire avait fait escale. Une Française de 65 ans, rapatriée depuis les Canaries, a été hospitalisée dans un état critique à Paris après avoir présenté des symptômes en vol. Deux autres patients, un Néerlandais et un Britannique, ont été évacués vers les Pays-Bas et hospitalisés dans un état stable.
L’OMS a indiqué que le risque de transmission ultérieure devrait être réduit une fois les mesures de contrôle mises en œuvre, notamment après le débarquement des personnes exposées. Le navire sera nettoyé et désinfecté en profondeur avant de reprendre éventuellement du service.
Investigations à Ushuaïa
En parallèle, une mission scientifique a débuté lundi 18 mai à Ushuaïa, en Terre de Feu (Argentine), pour tenter d’identifier l’origine de la contamination. Des biologistes venus de Buenos Aires ont installé des pièges dans plusieurs zones de l’île, notamment dans le parc national de la Terre de Feu, afin de capturer des rongeurs susceptibles d’être porteurs du virus. Les analyses porteront sur deux espèces locales : le raton colilargo (Oligoryzomys longicaudatus) et une sous-espèce, le colilargo de Magellan (Oligoryzomys magellanicus).
Le « cas zéro », un passager néerlandais, avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d’embarquer sur le MV Hondius. Les autorités locales contestent toutefois l’hypothèse d’une contamination sur place, soulignant qu’aucun cas d’hantavirus n’a été signalé dans la province depuis trente ans. Le couple néerlandais avait parcouru plusieurs régions d’Argentine, ainsi que le Chili et l’Uruguay, avant de rejoindre Ushuaïa, ce qui complique l’identification du lieu exact de l’infection.
Les résultats des analyses sur les rongeurs capturés devraient être connus d’ici quatre semaines. La mission vise également à rassurer les acteurs du tourisme local, Ushuaïa étant une destination prisée pour les croisières vers l’Antarctique.
Caractéristiques du virus et recherche médicale
L’hantavirus des Andes, responsable de cette épidémie, est une souche rare et particulièrement dangereuse, avec un taux de létalité estimé à 40 %. Contrairement à d’autres hantavirus, cette souche peut se transmettre d’humain à humain, bien que cette voie de contamination reste limitée. Les symptômes incluent fièvre, douleurs musculaires et, dans les cas graves, des troubles respiratoires ou rénaux.
La recherche médicale se mobilise pour développer des traitements et des vaccins. Les anticorps monoclonaux constituent actuellement la piste la plus prometteuse, selon des experts cités par Le Monde. L’OMS et plusieurs États ont lancé des programmes pour accélérer ces travaux, bien que les financements restent insuffisants par rapport à d’autres maladies infectieuses.
Un contexte sanitaire mondial sous tension
L’épidémie à bord du MV Hondius intervient alors que l’OMS ouvre son Assemblée mondiale de la santé à Genève, où les récentes résurgences d’hantavirus et d’Ebola sont évoquées comme des exemples des défis sanitaires actuels. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié cette période de « dangereuse et source de divisions », soulignant les tensions géopolitiques et les réductions de budgets qui fragilisent la réponse internationale aux crises sanitaires.
L’OMS a réaffirmé que le risque global lié à l’hantavirus restait faible, mais a appelé à la vigilance en raison de la période d’incubation prolongée du virus. Les autorités sanitaires de plusieurs pays, dont la France, le Canada et les Pays-Bas, continuent de surveiller les cas contacts et les personnes ayant voyagé sur le MV Hondius.
Un épisode qui interroge les protocoles sanitaires
L’épidémie à bord du MV Hondius a mis en lumière les défis posés par la gestion des crises sanitaires en milieu confiné, comme les navires de croisière. Les mesures de quarantaine et de désinfection mises en place aux Pays-Bas serviront de référence pour d’éventuels futurs épisodes similaires. En Europe, la préparation aux menaces sanitaires émergentes fait débat, notamment en l’absence d’un protocole unifié au niveau de l’Union européenne.
« Le même événement est présenté à la fois comme une crise sanitaire maîtrisée et comme un rappel des vulnérabilités des systèmes de surveillance en milieu clos. »
Prochaines étapes
Les résultats des analyses sur les rongeurs capturés à Ushuaïa devraient être publiés d’ici quatre semaines, ce qui pourrait permettre d’éclaircir l’origine de la contamination. Aux Pays-Bas, les autorités sanitaires continueront de surveiller les personnes placées en quarantaine ou en isolement, tandis que le MV Hondius restera immobilisé le temps de sa désinfection. L’OMS et les États concernés maintiendront une vigilance accrue en raison de la période d’incubation du virus, qui peut s’étendre jusqu’à six semaines.