L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé vendredi 22 mai le niveau de risque épidémique d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) de « élevé » à « très élevé » au niveau national. Cette décision intervient alors que l’épidémie, déclarée le 15 mai, s’étend dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que le risque restait « élevé » au niveau régional et « faible » au niveau mondial.
Un bilan provisoire de 750 cas suspects et 177 décès
Selon les déclarations de l’OMS, près de 750 cas suspects et 177 décès suspects sont attribués à l’épidémie en cours. Les autorités congolaises et l’OMS recensent officiellement 82 cas confirmés et sept décès. La souche responsable, identifiée comme Bundibugyo, est moins documentée que la souche Zaïre, contre laquelle des vaccins et traitements existent. Aucun vaccin ni traitement homologué n’est actuellement disponible pour cette variante.
« L’épidémie se propage rapidement », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’une conférence de presse. Il a souligné que la détection tardive du virus, due à des équipements de test inadaptés en Ituri, a retardé la riposte. Les premiers symptômes du présumé cas initial remontent à avril, mais la confirmation en laboratoire n’a été obtenue que plusieurs semaines plus tard, après l’envoi d’échantillons à Kinshasa, à plus de 1 600 kilomètres de distance.
« Le même bilan est présenté comme provisoire par les autorités et comme un indicateur de l’ampleur réelle de l’épidémie par l’OMS. »
Des tensions locales et des violences contre les centres de traitement
La riposte sanitaire se heurte à des défis logistiques et sécuritaires. La province de l’Ituri, foyer principal de l’épidémie, est en proie à des violences armées et à des déplacements massifs de population. Près d’un million de personnes déplacées vivent dans des camps précaires, où les conditions d’hygiène favorisent la propagation du virus.
Des incidents violents ont éclaté dans plusieurs localités. Jeudi 21 mai, des habitants de Rwampara, en périphérie de Bunia, ont incendié un centre de traitement Ebola après le refus des autorités sanitaires de leur remettre le corps d’un jeune homme décédé. Les émeutiers ont brûlé deux tentes d’isolement, et un soignant a été blessé par des jets de pierres. Selon des témoignages, six malades suspectés d’être infectés ont profité de la confusion pour s’enfuir.
« Des proches se jettent sur les cadavres, touchent les corps ainsi que les habits des défunts, et organisent des deuils qui regroupent beaucoup de personnes », explique Jean Marie Ezadri, responsable de la société civile de l’Ituri. Ces pratiques funéraires, courantes dans la région, constituent l’une des principales voies de transmission du virus.
Une propagation au-delà des frontières congolaises
L’épidémie a franchi les frontières de la RDC. Deux cas confirmés ont été signalés en Ouganda, dont un décès. Les autorités ougandaises ont placé 65 cas contacts en quarantaine. Un cas a également été confirmé dans la province du Sud-Kivu, contrôlée par le groupe armé M23, selon un communiqué du porte-parole du mouvement, Lawrence Kanyuka. Le Rwanda a fermé ses frontières avec la RDC.
En Europe, un Américain ayant contracté le virus en RDC est hospitalisé en Allemagne, tandis qu’un autre, considéré comme un contact à haut risque, a été transféré en République tchèque. Aux États-Unis, la Maison-Blanche a imposé une quarantaine de 21 jours à la délégation congolaise participant à la Coupe du monde de football 2026, qui débute en juin.
« Tout passager qui arrive chez nous, au point d’entrée de l’aéroport comme ailleurs, est soumis à une prise de température », indique Aimé Prospère, responsable de l’hygiène aux frontières à l’aéroport de Bunia. Les rassemblements publics sont limités à 50 personnes maximum dans l’Ituri, et les veillées mortuaires ont été interdites.
Des essais cliniques en cours pour des traitements et vaccins
Face à l’absence de vaccin et de traitement contre la souche Bundibugyo, l’OMS a annoncé la priorisation de deux anticorps monoclonaux, le « Regeneron 3479 » et le « Mapp Bio MBP134 », pour des essais cliniques. Un essai est également en cours pour évaluer l’antiviral obeldesivir comme prophylaxie post-exposition. Un candidat vaccin, le « rVSV Bundibugyo », pourrait être prêt pour des essais dans six à neuf mois.
« La violence et l’insécurité entravent la réponse », a reconnu Tedros Adhanom Ghebreyesus. Les Nations unies ont alloué jusqu’à 60 millions de dollars pour soutenir la riposte. Malgré ces mesures, la situation reste fragile, avec des bilans provisoires et des zones encore inaccessibles aux équipes sanitaires.
Le calendrier officiel doit encore préciser les conditions de mise en œuvre des traitements expérimentaux et des campagnes de vaccination. La publication des résultats des essais cliniques permettra d’évaluer leur efficacité et leur déploiement éventuel sur le terrain.