Le Pakistan poursuit ses efforts de médiation dans la guerre opposant l’Iran aux États-Unis, avec l’arrivée à Téhéran du chef de l’armée pakistanaise Asim Munir. Cette visite intervient alors que les négociations entre les deux pays restent dans l’impasse, malgré une trêve en vigueur depuis le 8 avril. Dans le même temps, Israël a mené des frappes dans le sud du Liban, tuant dix personnes, dont six secouristes et une fillette syrienne, selon le ministère libanais de la Santé.
Une médiation pakistanaise en cours, mais sans avancée majeure
Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, est arrivé à Téhéran vendredi 22 mai pour rencontrer des responsables iraniens. Cette visite s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation menés par le Pakistan depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par des frappes américano-israéliennes en Iran. Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, s’était déjà rendu en Iran en début de semaine pour transmettre une proposition américaine, que Téhéran examine tout en maintenant ses exigences : la levée des sanctions et la fin du blocus des ports iraniens.
« Le maréchal Asim Munir est arrivé à Téhéran dans le cadre des efforts de médiation en cours », a indiqué l’armée pakistanaise dans un communiqué. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a toutefois tempéré les espoirs d’un accord imminent. « Les divergences restent profondes », a-t-il déclaré, citant notamment la situation dans le détroit d’Ormuz et la poursuite des hostilités au Liban. Il a également précisé que le volet nucléaire n’était pas abordé dans les discussions actuelles.
« La même séquence est présentée comme une avancée diplomatique et comme un blocage persistant selon les déclarations des parties. »
Dix morts dans des frappes israéliennes au Liban
Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis la mi-avril entre Israël et le Hezbollah, les frappes israéliennes se sont poursuivies dans le sud du Liban. Vendredi, deux frappes ont tué dix personnes, dont six secouristes et une fillette syrienne, dans la région de Tyr. Quatre des secouristes tués étaient affiliés au mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah, et deux autres au Hezbollah lui-même, selon les autorités libanaises.
L’armée israélienne a affirmé avoir ciblé des infrastructures utilisées par le Hezbollah. « Les deux immeubles frappés étaient utilisés par le Hezbollah », a-t-elle déclaré, précisant avoir émis des avertissements avant les frappes. Plus tôt dans la journée, Israël avait annoncé avoir tué deux hommes près de sa frontière avec le Liban, les qualifiant d’« individus armés se déplaçant de façon suspecte ».
Le ministère libanais de la Santé a indiqué que 3 111 personnes avaient été tuées au Liban depuis le début des hostilités le 2 mars, tandis qu’Israël déplore la mort de 22 soldats. Le Hezbollah a de son côté revendiqué des attaques contre des positions israéliennes, affirmant rester déterminé dans sa « lutte contre l’occupation ».
Une destruction massive dans le sud du Liban
Une analyse satellite réalisée par Le Monde et le cabinet Masae révèle que près de 45 % des centres urbains du sud du Liban ont été endommagés ou détruits depuis le début de l’invasion israélienne en mars 2026. Des localités comme Yaroun ou Deir Mimas ont été en grande partie rasées, privant leurs habitants d’accès à l’eau potable et à d’autres infrastructures essentielles.
« Je n’exagère pas en disant que nous avons des souvenirs dans chaque recoin de Yaroun. Le monastère, l’école, l’église… tout a disparu », témoigne Hala Farah, une habitante déplacée. Le Conseil national de la recherche scientifique libanais (CNRS) estime que 290 000 logements ont été détruits depuis 2023, dont 61 000 au cours des deux derniers mois. Certains experts qualifient ces destructions d’« urbicide », soulignant qu’elles visent non seulement le Hezbollah, mais aussi la population civile.
« Les Israéliens ne mènent pas des opérations militaires ou de repérage. Ils entrent dans ces zones pour détruire la terre, la population et les infrastructures en une seule fois », affirme Chadi Abdallah, secrétaire général du CNRS libanais.
Un conflit régional aux multiples fronts
La guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes américano-israéliennes en Iran fin février, s’étend sur plusieurs fronts. Si les négociations entre Téhéran et Washington peinent à progresser, les tensions restent vives dans le détroit d’Ormuz, où l’Iran a élargi sa « zone de supervision » et impose des restrictions aux navires traversant ce corridor stratégique. Les États-Unis maintiennent de leur côté un blocus sur les ports iraniens, aggravant les perturbations économiques mondiales.
Au Liban, les frappes israéliennes se poursuivent malgré le cessez-le-feu, tandis que le Hezbollah continue ses attaques contre des positions israéliennes. Les destructions massives dans le sud du Liban soulèvent des questions sur les objectifs à long terme d’Israël, certains experts évoquant la création d’une zone tampon dépeuplée ou l’expansion de colonies.
Les prochains jours seront déterminants pour les négociations entre l’Iran et les États-Unis, avec la visite d’Asim Munir à Téhéran. Les déclarations des deux parties restent cependant prudentes, et aucun calendrier précis n’a été annoncé pour une éventuelle reprise des discussions formelles.