Houris : le tribunal d’Oran condamne Kamel Daoud à trois ans de prison ferme

Kamel Daoud, prix Goncourt 2024 pour Houris, a annoncé avoir été condamné en Algérie à trois ans de prison ferme et à une amende, dans une procédure liée au contenu de son roman.

Houris : le tribunal d’Oran condamne Kamel Daoud à trois ans de prison ferme

Image générée par Fokon

Kamel Daoud a annoncé avoir été condamné à trois ans de prison ferme par le tribunal d’Oran pour son roman Houris, prix Goncourt 2024. Selon les éléments rapportés, la décision s’accompagne d’une amende de cinq millions de dinars algériens. L’écrivain franco-algérien, qui vit en France, indique aussi qu’une interdiction de retour en Algérie a été formalisée. La condamnation s’appuie sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2006, dans un dossier lié à la manière dont le roman aborde la guerre civile algérienne des années 1990.

Un roman sur la décennie noire au cœur de la procédure

Houris raconte le destin d’une jeune femme rendue muette après une agression survenue pendant la guerre civile algérienne. Le livre a reçu le prix Goncourt en 2024. Plusieurs éléments du dossier rapportent qu’il n’a pas été publié ni diffusé en Algérie.

La procédure engagée contre Kamel Daoud remonte à 2024. Un tribunal algérien avait alors accepté une plainte visant l’écrivain et son épouse, psychiatre, au sujet de l’utilisation présumée de l’histoire d’une ancienne patiente dans le roman. Cette femme, Saâda Arbane, affirme que le livre s’inspire directement de son parcours. Comme l’héroïne du roman, elle dit avoir eu la gorge tranchée à Oran pendant la décennie noire.

Kamel Daoud conteste ces accusations. « Je suis condamné en Algérie pour un roman qui n’y a jamais été publié ni diffusé », déclare-t-il. Il affirme également : « Je n’ai révélé aucun secret médical. »

« Les articles parlent tantôt d’une condamnation “pour son roman”, tantôt d’une procédure liée à la vie privée ou au secret médical. »

Une condamnation pénale, une autre procédure encore en cours

Au-delà du jugement rendu à Oran, la justice algérienne a aussi émis deux mandats d’arrêt internationaux contre Kamel Daoud et son épouse, afin de les faire comparaître dans un autre volet du dossier lié à la vie privée. Une procédure civile distincte est également en cours à Paris, avec une audience annoncée pour le 10 septembre.

Selon les éléments rapportés, l’article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2006 punit quiconque « utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale ». Plusieurs textes rappellent que ce fondement juridique avait été peu mobilisé jusqu’ici.

La condamnation a suscité des réactions en France. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a rappelé son « attachement indéfectible à la liberté de création » et « la nécessité de défendre les artistes dans leur dignité et leur sécurité ». Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré qu’il « déplor[ait] » qu’un écrivain puisse être condamné « pour avoir écrit un livre ».

Une décision qui intervient dans un contexte franco-algérien sensible

La condamnation intervient alors que les relations entre Paris et Alger avaient connu un début d’apaisement après une période de fortes tensions. Plusieurs rappels ont été faits à d’autres dossiers récents impliquant des ressortissants ou des binationaux français en Algérie.

Kamel Daoud, longtemps journaliste en Algérie avant de s’installer en France, affirme que cette décision dépasse le seul cas de son livre. « Il y a une volonté de dicter, depuis l’Algérie, ce qui peut être écrit en France », déclare-t-il. Il qualifie aussi la procédure de « procès politique, sans fondement juridique réel ».

Ce que la procédure laisse encore en suspens

À ce stade, une condamnation pénale a été annoncée, des mandats d’arrêt internationaux ont été signalés et une procédure civile reste pendante en France. Le dossier mêle donc un jugement rendu en Algérie, des accusations portant sur le contenu d’un roman et un contentieux distinct autour de l’usage présumé d’une histoire personnelle.

La décision algérienne pourra-t-elle produire des effets concrets sur un écrivain installé en France ? Les différentes procédures ouvertes, en Algérie comme en France, permettront-elles de distinguer clairement ce qui relève de la création littéraire et ce qui relève d’un éventuel préjudice individuel ?


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