Lundi 18 mai, la marine israélienne a intercepté une cinquantaine de bateaux participant à la « Global Sumud Flotilla », une opération humanitaire visant à briser le blocus maritime imposé à Gaza. Les quelque 430 militants, originaires d’une quarantaine de pays, ont été arrêtés en Méditerranée, au large de Chypre, puis transférés en Israël. Parmi eux figuraient 37 ressortissants français. Mercredi 20 mai, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a diffusé une vidéo montrant des dizaines de militants agenouillés, les mains liées dans le dos et la tête pressée au sol. La séquence, publiée sur sa chaîne Telegram, le montre s’adressant aux détenus avec des propos tels que « Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous ».
L’interception et la détention
Les bateaux de la flottille, partis de Turquie, ont été interceptés par les forces israéliennes alors qu’ils tentaient de rejoindre Gaza pour y acheminer de l’aide humanitaire. Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, les militants ont été conduits de force au port d’Ashdod, dans le sud d’Israël, avant d’être transférés à la prison de Ktziot, dans le désert du Néguev. L’organisation a indiqué que les détenus n’ont pas été présentés devant un tribunal avant leur expulsion, contrairement à ce qui avait été initialement annoncé.
La vidéo diffusée par Ben Gvir a immédiatement suscité des réactions au sein du gouvernement israélien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré que les images diffusées n’étaient « pas conformes aux valeurs et aux normes israéliennes ». Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé Ben Gvir d’avoir « sciemment nui » à l’image d’Israël avec « ce spectacle honteux ». Ben Gvir, pour sa part, a défendu la diffusion de la vidéo, la qualifiant de « grande source de fierté ».
Les réactions internationales
La diffusion de la vidéo a provoqué un tollé international. Plusieurs pays ont convoqué les ambassadeurs israéliens en poste dans leurs capitales pour exprimer leur indignation. La France, par la voix du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, a qualifié les agissements de Ben Gvir d’« inadmissibles » et a demandé des explications à l’ambassadeur d’Israël en France. L’Italie a exigé « des excuses » et demandé à l’Union européenne d’imposer des sanctions contre Ben Gvir. La Pologne a également réagi en convoquant le chargé d’affaires israélien et en envisageant de déclarer Ben Gvir persona non grata.
L’Espagne a été l’un des pays les plus virulents, avec le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares qualifiant le traitement réservé aux militants de « monstrueux, indigne et inhumain ». L’Irlande a condamné le « traitement choquant réservé aux citoyens de l’UE » et réclamé la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël. La Turquie, pays de départ de la flottille, a dénoncé la « mentalité barbare » du gouvernement israélien.
L’expulsion des militants
Jeudi 21 mai, Israël a annoncé avoir expulsé tous les militants étrangers. Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, les militants ont été transférés vers l’aéroport de Ramon, près d’Eilat, avant d’être expulsés. Les ressortissants égyptiens et jordaniens ont été transférés directement vers leurs pays, tandis que les autres militants ont été rapatriés vers la Turquie à bord de trois vols affrétés par Turkish Airlines. Les 37 Français ont également été expulsés vers Istanbul et devraient être rapatriés dès que possible, selon le ministère des Affaires étrangères français.
« La même séquence est présentée comme une opération de sécurité nationale par les autorités israéliennes et comme une humiliation collective par les pays réactifs. »
Les témoignages des militants
Plusieurs militants ont témoigné des conditions de leur détention. Une militante suisse, Anne Rochat, a décrit des violences systématiques, incluant des passages à tabac et des abus sexuels présumés. Un militant belge a également dénoncé des coups, des fractures et des insultes. Selon l’organisation Global Sumud Flotilla, les militants ont été détenus dans des conditions précaires, avec un manque de sommeil et des menaces constantes.
La militante israélienne Zohar Regev, déférée devant un tribunal à Ashkelon, a été libérée avec une interdiction d’entrer à Gaza pendant deux mois. Son avocate, Hadeel Abou Salih, a indiqué que cette mesure était symbolique, Israël interdisant déjà aux civils israéliens de se rendre dans la bande de Gaza.
Le cadre juridique et politique
Israël justifie l’interception de la flottille par la nécessité d’empêcher toute violation du blocus maritime imposé à Gaza depuis 2007. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a affirmé qu’Israël avait « pleinement le droit d’empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales ». Le blocus, renforcé depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023, a entraîné des pénuries graves de nourriture, de médicaments et de biens essentiels dans la bande de Gaza.
La diffusion de la vidéo par Ben Gvir s’inscrit dans un contexte politique marqué par les tensions au sein du gouvernement israélien. Figure de l’extrême droite, Ben Gvir est connu pour ses positions radicales et ses provocations répétées. Son parti, Force juive, est un allié clé de la coalition gouvernementale dirigée par Netanyahou. Les réactions internes et internationales à la vidéo illustrent les divisions au sein du gouvernement israélien, où certains membres tentent de prendre leurs distances avec les agissements de Ben Gvir.
La suite des événements
La publication de la vidéo et l’expulsion des militants marquent une étape dans cette séquence, mais plusieurs éléments restent en suspens. Les réactions diplomatiques, notamment les demandes de sanctions contre Ben Gvir, devront encore être examinées par l’Union européenne. Les témoignages des militants, s’ils sont confirmés, pourraient donner lieu à des enquêtes internationales sur les conditions de détention. Enfin, la question du blocus de Gaza et des tentatives pour le briser continuera de susciter des débats, tant sur le plan humanitaire que politique. Les prochaines semaines diront si les condamnations internationales auront un impact sur les pratiques israéliennes ou si elles resteront sans suite concrète.