SpaceX a rendu public son dossier d’introduction en Bourse (IPO) mercredi 20 mai, marquant une étape majeure pour l’entreprise fondée par Elon Musk en 2002. La société, spécialisée dans les technologies spatiales et les services de connexion par satellite, vise une cotation sur le Nasdaq sous le symbole SPCX à partir du 12 juin. Plusieurs médias évoquent une valorisation comprise entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars, ce qui en ferait l’une des plus importantes introductions boursières de l’histoire.
Une valorisation historique et des conditions de contrôle
Les documents publiés par la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur boursier américain, révèlent que SpaceX a généré un chiffre d’affaires de 18,7 milliards de dollars en 2025. Cependant, l’entreprise a enregistré une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars sur la même période, attribuée à des investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA) et le développement de nouvelles fusées. La constellation de satellites Starlink, qui fournit un service d’accès à internet, représente la principale source de revenus, avec une croissance de près de 50 % entre 2024 et 2025.
Elon Musk, qui détient actuellement environ 51 % du capital de SpaceX, conservera un contrôle significatif après l’introduction en Bourse grâce à un système d’actions à droit de vote multiple. Les actions de classe B, détenues en quasi-totalité par Musk, confèrent dix droits de vote par titre, contre un seul pour les actions ordinaires de classe A. Cette structure lui permettra de détenir 79 % des droits de vote tout en ne conservant qu’environ 42 % du capital. Les documents de la SEC soulignent que cette configuration pourrait limiter l’influence des autres actionnaires sur les décisions stratégiques, y compris l’élection du conseil d’administration.
Des pertes colossales dans l’IA et des objectifs ambitieux
Les comptes de SpaceX révèlent également des pertes importantes dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment liées à xAI, le laboratoire d’IA acquis en février 2026, et au réseau social X. Ces deux activités ont enregistré une perte d’exploitation de plus de 6 milliards de dollars en 2025. Malgré ces résultats financiers contrastés, SpaceX mise sur des projets ambitieux, comme l’établissement d’une colonie humaine permanente sur Mars. Un plan de rémunération massif, lié à cet objectif, pourrait augmenter la fortune d’Elon Musk de plus de 130 milliards de dollars si les conditions sont remplies, notamment l’envoi d’un million d’habitants sur la planète rouge.
La société a également précisé que son introduction en Bourse vise à financer ses missions lunaires et martiennes, ainsi que le développement de sa fusée Starship. Une version modifiée de ce lanceur doit servir d’alunisseur pour la NASA, qui prévoit d’envoyer des astronautes sur la Lune en 2028 dans le cadre du programme Artémis. Cependant, des défis techniques persistent, notamment la démonstration de la capacité à ravitailler en propergol en orbite, une étape essentielle pour les missions de longue durée.
Un vol test crucial avant l’introduction en Bourse
Jeudi 21 mai, SpaceX a lancé la dernière version de sa fusée Starship depuis sa base du sud du Texas. Ce douzième vol d’essai, qui a duré environ 65 minutes, visait à tester les améliorations apportées au lanceur et à évaluer l’efficacité de son bouclier thermique. Bien que l’entreprise n’ait pas tenté de récupérer le premier étage de la fusée, l’étage supérieur a déployé une charge utile de 20 satellites factices et deux satellites Starlink équipés de caméras. Ce vol intervient dans un contexte de pression accrue, alors que la NASA a évoqué la possibilité de recourir à un alunisseur concurrent, développé par Blue Origin, si SpaceX ne parvient pas à respecter ses engagements.
« La valorisation record et les pertes financières relèvent de deux niveaux distincts : l’un repose sur des projections de croissance, l’autre sur des investissements actuels non encore rentables. »
Une concurrence féroce pour piloter l’opération
L’introduction en Bourse de SpaceX suscite une intense compétition entre les banques d’investissement américaines. Goldman Sachs et Morgan Stanley se disputent le mandat pour piloter l’opération, dont les commissions pourraient atteindre près d’un milliard de dollars. Selon des sources citées par BFMTV, les dirigeants de ces établissements ont multiplié les approches directes auprès d’Elon Musk pour décrocher ce contrat stratégique.
Un calendrier serré et des défis techniques persistants
L’introduction en Bourse de SpaceX s’inscrit dans un calendrier serré, avec une cotation prévue mi-juin. Cependant, plusieurs éléments restent en suspens. Le montant exact de la levée de fonds n’a pas été dévoilé, bien que des médias évoquent une somme proche de 75 milliards de dollars. Par ailleurs, les défis techniques liés au développement de Starship, notamment le ravitaillement en orbite, pourraient influencer la perception des investisseurs.
La publication des comptes de SpaceX offre pour la première fois une vision détaillée de la situation financière de l’entreprise, mais plusieurs questions demeurent. Les performances futures de Starlink, les coûts liés aux missions lunaires et martiennes, ainsi que la capacité à rentabiliser les investissements dans l’IA seront des éléments clés pour évaluer la viabilité à long terme du modèle économique de SpaceX. Le vol test de Starship, bien que réussi, rappelle également les risques inhérents aux innovations technologiques dans le secteur spatial.