Patrick Bruel a annoncé vendredi 29 mai l’annulation de l’ensemble de ses concerts prévus dans les festivals entre juin et septembre 2026, ainsi que son retrait des prochains spectacles des Enfoirés. Ces décisions interviennent alors que le chanteur fait l’objet d’au moins huit plaintes pour violences sexuelles en France et d’une enquête judiciaire pour agression sexuelle en Belgique.
Une quinzaine de concerts annulés en France et à l’étranger
La société 14 Productions, gérée par Patrick Bruel, a indiqué dans un communiqué que plusieurs organisateurs de festivals avaient subi des pressions, les empêchant d’organiser sereinement leurs événements. « Nous ne souhaitons en aucun cas exposer ni les organisateurs, ni le public, à un climat de tension », précise le texte. Une douzaine de concerts sont concernés, dont un en Suisse, un en Belgique et une dizaine en France.
Les trois dates prévues du 16 au 18 juin au Cirque d’hiver à Paris sont également annulées. En revanche, les concerts programmés en octobre et novembre, hors festivals, sont maintenus à ce stade, selon la société de production. Patrick Bruel devait notamment se produire au Zénith de Strasbourg le 21 novembre, une date pour laquelle la maire Catherine Trautmann avait appelé à un « temps de retrait » en attendant les conclusions de la justice.
« Le même communiqué distingue les annulations liées aux pressions subies par les organisateurs et le maintien des dates ultérieures, sans préciser les critères retenus. »
Retrait des Enfoirés après 34 ans de participation
Patrick Bruel a également annoncé son retrait des prochains spectacles des Enfoirés, dont il était un pilier depuis 1993. Dans un message adressé à la troupe, révélé par RTL, il explique cette décision par la volonté de « ne pas mettre dans l’embarras l’association des Restos du cœur et les Enfoirés ». « J’espère vous retrouver lorsque la justice aura prouvé mon innocence », écrit-il.
Anne Marcassus, directrice artistique des Enfoirés, a confirmé ce retrait à l’AFP, soulignant que la décision avait été prise « pour ne pas mettre dans l’embarras l’association ». Patrick Bruel avait co-écrit l’hymne des Enfoirés en 2024 et n’avait jusqu’alors manqué aucune édition depuis son entrée dans la troupe.
Des partenaires professionnels prennent leurs distances
Plusieurs médias et entreprises ont également rompu leurs liens avec le chanteur. L’émission « N’oubliez pas les paroles », présentée par Nagui sur France 2, a retiré les chansons de Patrick Bruel de son catalogue. « Nous prenons les décisions qui coulent de source », a déclaré la production. Les radios RFM et le réseau « ici » (ex-France Bleu) ont également cessé de diffuser ses titres.
Sony Music, sa maison de disques, aurait suspendu ses activités promotionnelles liées à l’artiste, selon des informations rapportées par Libération. Le chanteur devait entamer une tournée anniversaire pour célébrer les 35 ans de son album « Alors regarde », l’un de ses plus grands succès commerciaux.
Des plaintes et des témoignages en cascade
Patrick Bruel est visé par au moins huit plaintes pour violences sexuelles en France, dont quatre enquêtes pour viols, ainsi que par une enquête judiciaire en Belgique pour agression sexuelle. Il conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. « Jamais je n’ai forcé une femme. Jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit », avait-il déclaré précédemment.
Parmi les plaignantes figure l’animatrice Flavie Flament, qui affirme avoir été violée par le chanteur en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. Patrick Bruel a reconnu avoir eu une « brève histoire » avec elle, mais nie tout acte non consenti. D’autres témoignages, recueillis par Mediapart, évoquent des comportements inappropriés lors de festivals ou de concerts, notamment lors d’une représentation des Enfoirés à Lyon en 2012.
Plusieurs personnalités, comme les chanteuses Lio et Nina Goern (du groupe Cats on Trees), ont également fait état de comportements jugés inappropriés de la part de l’artiste. Une pétition demandant l’annulation de sa tournée, lancée par des associations féministes, avait recueilli plus de 47 000 signatures.
Une situation judiciaire et médiatique toujours en évolution
La décision d’annuler les concerts estivaux intervient après plusieurs déprogrammations à l’étranger, notamment en Suisse et au Québec. En France, plusieurs maires, dont ceux de Paris, Marseille et Nancy, avaient appelé à l’annulation de ses dates dans leurs villes, sans disposer de moyens légaux pour l’imposer. Une représentation théâtrale à Paris, dans laquelle il jouait, avait été interrompue mercredi 28 mai par des militantes du collectif féministe Nous Toutes, qui avaient scandé « Bruel ! Violeur ! » avant d’être évacuées.
Le chanteur bénéficie toujours de la présomption d’innocence, et aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade. Les enquêtes judiciaires en cours devront déterminer la qualification des faits qui lui sont reprochés. En attendant, les organisateurs de festivals et les salles de concert doivent gérer les conséquences logistiques et financières de ces annulations, tandis que les spectateurs concernés sont invités à se rapprocher des points de vente pour obtenir un remboursement.
La publication complète des éléments de l’enquête, ainsi que les éventuelles suites judiciaires, permettront de préciser les contours de cette affaire. Les prochains mois diront si les dates maintenues en automne seront elles aussi affectées par l’évolution de la situation.