L’agence de notation financière Standard & Poor’s (S&P) a annoncé vendredi 29 mai le maintien de la note de la dette souveraine française à A+, assortie d’une perspective stable. Cette décision intervient après une dégradation intervenue en octobre 2025, qui avait abaissé la note d’un cran. Parallèlement, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié une révision de la croissance du produit intérieur brut (PIB) pour le premier trimestre 2026, passant d’une estimation initiale de 0 % à un recul de 0,1 %.
Une note maintenue malgré des indicateurs économiques en berne
S&P n’a pas publié de commentaire détaillé sur sa décision, mais plusieurs économistes avaient anticipé ce statu quo. L’agence avait indiqué en octobre 2025 qu’elle pourrait abaisser à nouveau la note française en cas de détérioration budgétaire ou de dégradation marquée des perspectives de croissance. Or, selon les dernières prévisions de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI), le déficit public français devrait se stabiliser autour de 5,1 % du PIB en 2026, contre 5,3 % anticipé précédemment par S&P.
« La France fait preuve d’une certaine prudence dans la gestion de ses finances publiques, notamment face à la hausse des prix de l’énergie », indique Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l’institut Rexecode. Le gouvernement a limité les aides exceptionnelles à 1,2 milliard d’euros, loin des 60 milliards déployés en 2022 pour atténuer l’impact de la crise énergétique. « Ce serait un peu le monde à l’envers de sanctionner la France au moment où elle est plus vertueuse que la moyenne », ajoute-t-il.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a réagi sobrement à la décision de S&P, déclarant « prendre acte de cette décision ».
« La même note est présentée comme un soulagement par le gouvernement et comme un signal de fragilité persistante par les économistes critiques. »
Un PIB en recul sous l’effet de facteurs internes et externes
L’Insee a revu à la baisse son estimation de croissance pour le premier trimestre 2026, passant d’une stagnation à un recul de 0,1 %. Cette révision s’explique par un repli de la demande intérieure et un commerce extérieur moins dynamique. Les variations de stocks ont atténué la baisse, mais n’ont pas suffi à compenser le ralentissement.
« C’est une mauvaise surprise », a reconnu Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Insee, lors d’un point presse. Il a toutefois relativisé ce recul, évoquant des « surprises sectorielles ponctuelles », comme la forte baisse de la rénovation des logements. L’institut souligne que ce repli est davantage lié à des facteurs internes qu’à la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février.
Le ministre de l’Économie a attribué une partie de ce ralentissement à l’adoption tardive du budget 2026, qui a nécessité une loi spéciale en début d’année. « Cette loi n’est pas une option pour 2027 », a-t-il précisé, estimant que son impact sur l’activité avait été « sans doute assez fort ».
Inflation et consommation en tension
L’Insee a également publié vendredi une hausse de l’inflation, qui atteint 2,4 % sur un an en mai, contre 2,2 % en avril. Cette progression est principalement portée par la hausse des prix de l’énergie (+16,8 % sur un an), dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes. Les dépenses de consommation des ménages ont reculé de 0,5 % en avril sur un mois, et de 0,4 % sur un an, en raison notamment de la baisse des dépenses en carburant, gaz et électricité.
Ces indicateurs ravivent les craintes d’une récession technique, définie par deux trimestres consécutifs de recul du PIB. Pour Dorian Roucher, « le plus probable à ce stade n’est quand même pas un nouveau repli du PIB » au deuxième trimestre, mais il avertit que « le choc pourrait se diffuser » dans l’économie. Certains économistes, comme Mathieu Plane de l’OFCE, estiment au contraire que « le risque de récession est assez fort ».
D’autres, comme Fabien Bossy de Société Générale CIB, adoptent une position plus nuancée : « Il faut relativiser cette baisse, qui est peut-être la contrepartie d’une accélération un peu exagérée au milieu de 2025. » Stéphane Colliac, de BNP Paribas, attribue quant à lui le recul du premier trimestre à des « effets exceptionnels », notamment la baisse des exportations d’Airbus, et anticipe une correction au deuxième trimestre.
Des perspectives encore incertaines
La décision de S&P de maintenir la note de la France intervient dans un contexte économique marqué par des signaux contradictoires. Si le déficit public semble stabilisé, la croissance reste fragile, et l’inflation, bien que contenue, pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Le gouvernement insiste sur la nécessité de rester « vigilant, sans céder à l’alarmisme », tandis que les économistes divergent sur l’ampleur des risques de récession.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour affiner le diagnostic. L’Insee publiera une nouvelle note de conjoncture à la mi-juin, et la première estimation du PIB du deuxième trimestre est attendue le 30 juillet. Ces données permettront d’évaluer si le recul du premier trimestre était ponctuel ou le signe d’un ralentissement plus durable.