Un patient atteint d’Ebola a été déclaré guéri en République démocratique du Congo (RDC) et a pu quitter l’hôpital le 27 mai, a annoncé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vendredi 29 mai. Il s’agit de la première guérison enregistrée depuis le début de la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans le pays, déclarée le 15 mai. Le patient, dont l’identité n’a pas été révélée, a été renvoyé chez lui après deux tests négatifs, a précisé Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l’OMS, lors d’une conférence de presse à Genève.
Une épidémie déclarée mi-mai, déjà 246 décès
La RDC fait face à une nouvelle flambée d’Ebola, causée par la souche Bundibugyo du virus. Selon les derniers bilans de l’agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC), plus de 1 000 cas suspects et 246 décès ont été recensés dans le pays. L’épidémie touche principalement la province de l’Ituri, dans l’est du pays, mais s’est également étendue aux provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi qu’en Ouganda, où sept infections confirmées, dont une mortelle, ont été signalées.
« Cette épidémie est assez fulgurante », a déclaré le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, lors d’une conférence de presse à Bunia, capitale de l’Ituri. Les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés en raison des difficultés à mener des tests en laboratoire dans les zones touchées.
« Le même bilan est présenté comme un nombre de cas suspects et comme un nombre de décès confirmés ou probables selon les sources. »
Un virus pour lequel aucun vaccin n’est encore homologué
Contrairement aux épidémies précédentes, majoritairement causées par la souche Zaïre du virus Ebola – pour laquelle un vaccin est homologué –, la flambée actuelle est due à la souche Bundibugyo. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est encore disponible pour cette souche, bien que plusieurs candidats prometteurs soient en cours d’évaluation.
« D’ici la fin de l’année 2026, l’Africa CDC s’assurera que nous disposons d’un vaccin et d’un médicament contre Bundibugyo », a affirmé Jean Kaseya, directeur général de l’agence sanitaire de l’Union africaine. L’OMS a également indiqué que ses groupes consultatifs avaient recommandé des essais cliniques pour plusieurs vaccins et traitements potentiellement efficaces contre cette souche.
La Russie a annoncé avoir développé un vaccin susceptible d’agir contre la souche Bundibugyo, mais son efficacité reste à confirmer. « Nous restons prudents et voulons comprendre les raisons pour lesquelles Moscou estime que ce vaccin pourrait avoir un impact », a déclaré Jean Kaseya.
Des conditions sanitaires précaires dans les zones touchées
Dans l’épicentre de l’épidémie, la ville de Mongbwalu, en Ituri, les capacités de riposte sanitaire sont limitées. Les équipes médicales sur place manquent de matériel essentiel, notamment de tentes d’isolement pour les malades. Une tente d’isolement installée par Médecins sans frontières (MSF) a même été incendiée, illustrant la méfiance d’une partie de la population envers les mesures sanitaires.
« Au début, les gens pensaient qu’il s’agissait d’une histoire de cercueil », explique Jonathan Imbalapay, président de la société civile de Mongbwalu. Selon les enquêtes épidémiologiques, le premier cas suspect recensé est un homme mort à Bunia, dont le corps a été rapatrié à Mongbwalu dans des conditions précaires, alimentant les rumeurs et la défiance.
Dans les camps de déplacés de la région, où près d’un million de personnes vivent dans des conditions de promiscuité et d’insalubrité, la crainte d’une propagation massive du virus est forte. « Si Ebola arrive ici, nous serons exterminés », s’alarme Dorcas Mapenzi, une déplacée interrogée par l’AFP dans le camp de Kigonze, près de Bunia. « On dort les uns sur les autres, et si une seule personne est contaminée, tout le monde va mourir. »
Une riposte sanitaire compliquée par les conflits et la défiance
La riposte à l’épidémie est entravée par plusieurs facteurs, notamment les violences des groupes armés dans l’est de la RDC, qui rendent l’accès aux zones touchées difficile. Les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont le théâtre de conflits quasi ininterrompus depuis des décennies, avec la présence de groupes rebelles comme les ADF, affiliés à l’État islamique, ou le M23, soutenu par le Rwanda.
« L’est de la RDC est désormais confronté à un choc catastrophique entre maladie et conflit », a alerté Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, lors de sa visite en RDC jeudi 28 mai. « Vous n’êtes pas seuls », a-t-il assuré aux Congolais dans une lettre ouverte publiée sur X, tout en reconnaissant que la situation est « complexe ».
Plusieurs pays ont pris des mesures pour limiter la propagation du virus. L’Ouganda et le Rwanda ont fermé leurs frontières avec la RDC, tandis que les États-Unis ont annoncé qu’ils ne laisseraient « pas un seul cas d’Ebola entrer » sur leur territoire. Le Kenya a accepté d’accueillir un centre de quarantaine pour les ressortissants américains exposés au virus.
L’OMS a relevé le risque sanitaire en RDC à son niveau maximal, tout en estimant que le risque reste « élevé » au niveau régional et « faible » au niveau mondial. « L’OMS ne recommande pas l’interdiction de voyager, car cela n’aide pas efficacement à lutter contre la propagation de l’épidémie », a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus.
La publication complète des résultats des essais cliniques en cours et la mise à disposition d’un vaccin ou d’un traitement efficace contre la souche Bundibugyo sont désormais attendues pour renforcer la riposte à cette épidémie, qui a déjà causé plus de 15 000 décès en Afrique au cours des 50 dernières années.