La France connaît depuis plusieurs jours un épisode de canicule exceptionnellement précoce pour un mois de mai. Ce vendredi 29 mai 2026, Météo-France maintient 11 départements en vigilance orange canicule : la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Charente-Maritime, la Charente, la Gironde, les Deux-Sèvres, la Vendée, Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. Trois départements – le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine et la Mayenne – sont sortis de cette vigilance dans la matinée.
Un épisode historique par son intensité et sa précocité
Selon Météo-France, cet épisode est « inédit » sur le plan climatique. Entre le 23 et le 27 mai, 109 records de températures minimales et 266 records de températures maximales ont été enregistrés dans le pays. « Plus de la moitié de la France a connu au moins un record mensuel de chaleur, ce qui est colossal », a déclaré Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. Jeudi 28 mai, la température a atteint 37,8 °C à Angoulême-La Couronne (Charente), battant le précédent record national pour un mois de mai, qui datait de 2009 (37 °C en Corse).
Les températures ont dépassé de 10 à 15 °C les normales de saison, avec des pics à 35 °C et plus dans plusieurs régions. À Paris, un pic à 34-35 °C est attendu ce vendredi, tandis que Lille pourrait atteindre 33 °C. Dans l’Ouest, les températures commencent à baisser, avec 20 °C prévus à Brest (contre 29 °C jeudi) et 23 °C à Biarritz (contre 34 °C).
« Le même épisode est qualifié de canicule précoce par les autorités et de vague de chaleur historique par les climatologues, selon qu’il s’agit de gestion de crise ou d’analyse climatique. »
Des conséquences multiples sur la société et les infrastructures
Cet épisode de chaleur a entraîné des perturbations dans plusieurs secteurs. La SNCF a annulé plusieurs trains entre Paris et le Sud-Ouest, ainsi qu’entre Bordeaux et Marseille, en raison de risques de pannes de climatisation sur des rames Corail, jugées trop anciennes pour supporter de telles températures. À Bordeaux, les six lignes de tramway ont été interrompues pendant près de deux heures vendredi matin en raison d’une coupure de courant liée à la dilatation des sols goudronnés sous l’effet de la chaleur.
Dans les établissements scolaires, plusieurs lycées et collèges ont adapté leurs horaires ou basculé en distanciel pour protéger les élèves et le personnel. À Rezé (Loire-Atlantique), le proviseur de deux lycées a décidé de passer tous les cours de l’après-midi en distanciel jusqu’à vendredi. Les enseignants et les syndicats dénoncent le manque de moyens pour faire face à ces épisodes de chaleur, notamment l’absence de climatisation dans de nombreux établissements.
« Dans ces conditions, ça ne s’appelle plus faire cours », témoigne un professeur dans un collège du sud de la France. Les collectivités locales, responsables du bâti scolaire, sont pointées du doigt pour leur retard dans la rénovation des bâtiments.
Le secteur agricole est également touché. Les éleveurs doivent adapter leurs pratiques pour protéger leurs animaux. Nadège Poumaere, éleveuse de vaches laitières dans le Nord, explique que ses bêtes produisent environ 3 litres de lait en moins par jour en raison de la chaleur. « Les vaches ressentent une température de 15 degrés de plus que nous, donc c’est comme s’il faisait 45 °C pour elles », précise-t-elle. Pour les rafraîchir, elle utilise des ventilateurs, ouvre les étables et arrose ses animaux. Elle prévoit d’investir 40 000 euros dans des rideaux occultants pour son étable.
Un bilan humain et sanitaire encore provisoire
Plusieurs décès ont été attribués à cet épisode de canicule. Un couvreur de 19 ans est mort dans la Drôme après avoir travaillé sur une toiture sous des températures dépassant 30 °C. Une enquête est en cours pour déterminer si la chaleur est directement en cause. Deux autres décès sont survenus lors de compétitions sportives : une femme de 28 ans lors d’un événement à Lyon et un coureur de 53 ans pendant une course à pied.
Les autorités sanitaires rappellent les risques liés aux fortes chaleurs, notamment pour les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les nourrissons ou les personnes atteintes de maladies chroniques. À Dijon, un dispositif renforcé a été mis en place pour accompagner les personnes fragiles. Les signalements pour harcèlement de rue ont également augmenté de 30 % depuis le début de la vague de chaleur, selon l’application Umay.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a rappelé que « chaque chef d’entreprise est responsable de la santé de ses salariés » et a annoncé la publication prochaine de recommandations actualisées pour le travail en période de canicule.
Fin progressive de l’épisode, mais des incertitudes persistent
Météo-France prévoit une régression progressive de la canicule à partir de samedi. Les températures devraient baisser dans l’Ouest et le Nord-Ouest, tandis que la chaleur persistera encore dans le Centre, le Nord-Est et la vallée du Rhône. Dimanche, les fortes chaleurs se cantonneront au Midi méditerranéen, marquant la fin officielle de cet épisode caniculaire.
Des orages « assez intenses » sont attendus samedi entre le Poitou-Charentes, la région parisienne et le Benelux, avec des risques de grêle et de fortes bourrasques. Ces intempéries pourraient mettre fin à la dégradation de la qualité de l’air observée ces derniers jours, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, où des épisodes de pollution aux particules ont été enregistrés.
Cet épisode de canicule, causé par un « dôme de chaleur » persistant sur l’Europe de l’Ouest, a également touché d’autres pays comme l’Italie, le Royaume-Uni et le Portugal, où des records de température pour un mois de mai ont été battus. Les climatologues soulignent que ces épisodes de chaleur, autrefois rares, deviennent plus fréquents, intenses et précoces en raison du changement climatique. Les projections officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7 °C en France d’ici 2050.
Les autorités et les acteurs locaux continuent de s’adapter à ces nouvelles réalités climatiques. Si l’épisode actuel devrait prendre fin ce week-end, il rappelle l’urgence de renforcer les mesures d’adaptation, notamment dans les secteurs de la santé, des transports et de l’agriculture.