L’armée israélienne a franchi le fleuve Litani, situé à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière avec Israël, a annoncé vendredi 29 mai le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Cette avancée intervient dans le cadre d’une offensive terrestre et aérienne contre le Hezbollah, soutenu par l’Iran, qui s’est intensifiée ces derniers jours. Le chef d’état-major de l’armée israélienne avait précédemment indiqué que l’objectif était d’« intensifier les dommages infligés au Hezbollah ».
Une zone de combat étendue jusqu’au fleuve Zahrani
Israël a ordonné mercredi soir l’évacuation d’un territoire s’étendant jusqu’au fleuve Zahrani, à environ 40 kilomètres de la frontière. Cette zone est désormais considérée comme une « zone active de combat » par l’armée israélienne. Les frappes se sont multipliées dans plusieurs localités, notamment près de la ville antique de Tyr et de la forteresse médiévale de Beaufort, classée par l’Unesco. Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 55 personnes ont été tuées en vingt-quatre heures, portant le bilan total à plus de 3 300 morts depuis le début de la guerre le 2 mars.
« Les Israéliens veulent détruire les hommes et les pierres », témoigne un habitant de la région, cité par Le Monde. Les ordres d’évacuation, envoyés par SMS ou via des tracts largués par avion, ont provoqué un exode massif. Des centaines de personnes se sont réfugiées dans des zones moins exposées, comme les quartiers historiques de Tyr, où des familles entières s’entassent dans des boutiques ou des abris de fortune.
« Le même territoire est présenté comme une zone de combat par Israël et comme un espace de résistance par le Hezbollah. »
Des sites archéologiques en « danger sérieux »
Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a alerté sur les risques encourus par plusieurs sites historiques. « Des bombardements sont tombés tout près des ruines de Tyr, un site classé au patrimoine mondial de l’humanité », a-t-il déclaré. La forteresse de Beaufort, datant des Croisades, a également été touchée, tout comme le site plurireligieux de Chamaa, qui a perdu trois de ses quatre dômes. « L’intensification des combats met ces sites en danger sérieux », a-t-il ajouté, précisant que les équipes du ministère n’ont pas accès à la plupart des zones touchées.
Le Liban a demandé à l’Unesco de nommer un commissaire spécial pour évaluer les dégâts et a sollicité une commission d’enquête internationale. « Nous avons placé 79 sites sous protection renforcée de l’Unesco, mais cela ne semble pas suffire », a déploré le ministre.
Un cessez-le-feu théorique et des négociations à Washington
Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, les combats se poursuivent. Selon l’Unicef, onze enfants sont tués ou blessés chaque jour au Liban depuis une semaine. « Depuis le début de la trêve, 55 enfants ont péri dans des bombardements », indique l’organisation.
Des délégations militaires israélienne et libanaise se sont rencontrées vendredi à Washington pour des discussions qualifiées de « constructives » par le Pentagone. Le Liban a insisté sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et a présenté un plan visant à étendre l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. « Nous avons tenu des discussions constructives qui serviront de base au volet politique mené par le département d’État la semaine prochaine », a déclaré Elbridge Colby, numéro deux du Pentagone, sur X.
Cependant, le Hezbollah s’oppose à ces négociations et a appelé le Liban à s’en retirer, accusant Israël de vouloir imposer une « coordination sécuritaire » dirigée contre le mouvement pro-iranien. « Le Hezbollah est entièrement responsable des combats en cours », a réaffirmé le département d’État américain.
Un accord américano-iranien encore incertain
Parallèlement, les États-Unis et l’Iran négocient un accord visant à prolonger le cessez-le-feu de 60 jours et à rouvrir le détroit d’Ormuz, stratégique pour le commerce pétrolier. Le vice-président américain JD Vance a affirmé que « beaucoup de progrès » avaient été réalisés, mais Donald Trump, qui doit trancher, n’a pas encore validé le texte. « Aucun accord n’a encore été finalisé », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.
Téhéran exige le déblocage de ses avoirs gelés et l’arrêt des combats au Liban, tandis que Washington maintient ses exigences sur le programme nucléaire iranien. « Les pourparlers sont dans l’impasse concernant le nucléaire », a indiqué une source américaine.
Sur le terrain, les frappes israéliennes se poursuivent, et le contrôle effectif des zones visées reste difficile à établir. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si l’avancée israélienne au Liban s’accompagnera d’une escalade ou d’une désescalade, tandis que les négociations à Washington et les discussions américano-iraniennes pourraient influencer la suite du conflit.