L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié samedi 30 mai des recommandations pour des essais cliniques de plusieurs vaccins et traitements contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, responsable d’une épidémie déclarée le 15 mai en République démocratique du Congo (RDC). Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est rendu le même jour à Bunia, capitale de la province de l’Ituri, épicentre de la flambée, pour soutenir la riposte sanitaire.
Plus de 1 000 cas suspects et 246 décès enregistrés
Selon un bilan publié jeudi 28 mai par l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, l’épidémie a causé 246 décès parmi plus de 1 000 cas suspects recensés en RDC. L’OMS indique que 225 cas ont été confirmés en laboratoire, tandis que 142 personnes sont actuellement prises en charge dans des centres de traitement. Le virus a également été détecté en Ouganda voisin, où neuf cas confirmés et un décès ont été rapportés.
« Jamais une épidémie de maladie Ebola n’avait enregistré autant de cas dans les premiers jours de sa déclaration », a déclaré Alan Gonzalez, directeur adjoint des opérations de Médecins sans frontières (MSF), dans un communiqué publié samedi. Il a souligné que « des centaines d’échantillons restent à analyser » et que « de nouveaux cas suspects sont signalés chaque jour ».
« Le bilan reste attaché aux déclarations disponibles à ce stade, sans consolidation indépendante mentionnée. »
Une riposte compliquée par l’insécurité et la méfiance des populations
La province de l’Ituri, où se concentre la majorité des cas confirmés, est marquée par l’absence des services de l’État dans les zones rurales et par la présence de groupes armés, qui rendent l’accès difficile pour les équipes médicales. Des incidents ont éclaté dans des centres de traitement, et des tentes abritant des malades ont été incendiées dans certaines localités.
« Un des défis qui rend cette réponse complexe, c’est qu’il y a de la méfiance dans la communauté. Il y a des informations erronées et de la désinformation », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’une conférence de presse à Bunia. Il a insisté sur la nécessité de « travailler en étroite collaboration avec les populations, écouter leurs préoccupations et y répondre » pour contenir l’épidémie.
« Vous n’êtes pas seuls dans cette épreuve. Nous sommes là, à vos côtés, et nous surmonterons cette situation ensemble », a-t-il ajouté, s’adressant aux habitants de l’Ituri.
Des essais cliniques recommandés pour des vaccins et traitements
L’OMS a annoncé que ses groupes consultatifs avaient recommandé des essais cliniques pour plusieurs vaccins et traitements potentiellement efficaces contre la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique. La plupart des épidémies précédentes en RDC étaient dues au virus Zaïre, contre lequel un vaccin a été développé.
Le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, a indiqué samedi que « tout ce qu’il faut pour couvrir les besoins en matériel de protection, en médicaments et en tests » était disponible dans les dépôts, mais que la distribution logistique restait un défi. Il a également mentionné qu’un traitement « très prometteur » était en phase de tests.
Vendredi 29 mai, l’OMS a confirmé qu’un premier patient avait guéri et quitté l’hôpital en RDC. « Une lueur d’espoir », selon les termes d’un responsable de l’organisation.
Une situation encore évolutive, avec des défis logistiques et communautaires
La riposte à l’épidémie se heurte à plusieurs obstacles, notamment la logistique de distribution des équipements médicaux et la nécessité de renforcer la confiance des communautés locales. Le ministre congolais de la Santé a exclu la fermeture des écoles, malgré la mort de cinq élèves depuis le début de l’épidémie, estimant que « la riposte est en train de se mettre en place ».
L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale et appelé à éviter les restrictions de voyage, qui « découragent la transparence ». Plusieurs pays, dont le Canada, ont toutefois annoncé des mesures aux frontières pour les voyageurs en provenance des zones touchées.
Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité des essais cliniques recommandés et la capacité des autorités sanitaires à contenir la propagation du virus, dont l’ampleur exacte reste difficile à établir en raison des limites des tests en laboratoire en RDC.