L’armée israélienne a confirmé dimanche 31 mai la capture de la forteresse de Beaufort, un site historique et militaire situé dans le sud du Liban, près de la ville de Nabatiyé. Cette avancée marque une nouvelle étape dans l’offensive terrestre lancée par Israël contre le Hezbollah, mouvement chiite soutenu par l’Iran. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a qualifié cette prise de « tournant décisif » dans la campagne militaire en cours depuis le 2 mars.
Une forteresse au cœur des tensions historiques
La forteresse de Beaufort, construite au XIIe siècle par les Croisés, occupe une position stratégique sur un éperon rocheux dominant la vallée du Litani et une partie du nord d’Israël. Ce site a été utilisé comme base militaire par l’armée israélienne pendant les deux décennies d’occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000. Sa reconquête par Israël, près de 26 ans après son retrait, revêt une dimension symbolique forte pour les deux parties.
« Quarante-quatre ans après la bataille héroïque de Beaufort, des soldats israéliens sont revenus au sommet de la forteresse et y ont de nouveau hissé le drapeau d’Israël », a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, dans un communiqué publié sur Telegram. Des images diffusées par l’armée israélienne montrent le drapeau israélien flottant sur le site, tandis que des colonnes de fumée s’élèvent des alentours, signe d’intenses combats.
« La prise de Beaufort est présentée comme une avancée militaire, mais elle intervient dans un contexte où les bilans humains et les destructions matérielles s’alourdissent chaque jour. »
Une offensive terrestre étendue au nord du Litani
Parallèlement à la prise de Beaufort, l’armée israélienne a annoncé avoir « étendu ses opérations contre des cibles du Hezbollah au nord du fleuve Litani ». Ce fleuve, situé à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière israélo-libanaise, avait été franchi par les troupes israéliennes vendredi, selon une déclaration de Benjamin Netanyahou. « Nous sommes tous déterminés à écraser le pouvoir du Hezbollah et à accomplir la mission : assurer la sécurité des habitants du nord d’Israël », a affirmé Israël Katz.
L’armée israélienne a également appelé à l’évacuation de toute la zone située au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière. Cette décision concerne plusieurs villages et villes, dont Tyr, où des frappes aériennes ont touché des infrastructures du Hezbollah dimanche. Selon le ministère libanais de la Santé, 13 employés d’un hôpital proche ont été blessés lors de ces attaques. Des secouristes de la Défense civile libanaise ont par ailleurs reçu des appels de l’armée israélienne leur ordonnant d’évacuer la zone, selon l’Agence nationale d’information libanaise (Ani).
Un cessez-le-feu non respecté et des négociations au point mort
Ces développements interviennent alors qu’une trêve, théoriquement en vigueur depuis le 17 avril, n’a jamais été pleinement respectée. Depuis le début des hostilités, les frappes israéliennes au Liban ont tué 3 371 personnes et fait plus d’un million de déplacés, selon les autorités libanaises. Côté israélien, 25 soldats ont été tués depuis le 17 avril, dont un dimanche par un drone explosif du Hezbollah.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a dénoncé samedi une « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël, tout en défendant la poursuite des négociations directes avec l’État hébreu, sous médiation américaine. « La voie la moins coûteuse pour le Liban reste la négociation », a-t-il déclaré lors d’une intervention télévisée. Une nouvelle séance de pourparlers entre représentants israéliens et libanais est prévue les 2 et 3 juin à Washington, après une rencontre au niveau militaire vendredi au Pentagone, qui n’a pas permis d’obtenir un cessez-le-feu effectif.
Le Hezbollah, pour sa part, a rejeté ces négociations et continue de mener des attaques contre des positions israéliennes. Dimanche, le mouvement a revendiqué des tirs de roquettes et de drones contre plusieurs localités du nord d’Israël, dont Shlomi, Nahariya et la région de Krayot. Selon l’armée israélienne, la plupart de ces projectiles ont été interceptés, mais certains sont tombés dans des zones non habitées.
La France demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU
La prise de Beaufort et l’extension de l’offensive israélienne ont suscité une vive réaction de la communauté internationale. La France a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, prévue lundi. « Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban et son occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur BFMTV. Le président français, Emmanuel Macron, a également estimé sur X que « rien ne justifie l’escalade majeure en cours au Sud Liban ».
Le gouvernement libanais a dénoncé « les pratiques condamnables d’Israël » et appelé la communauté internationale à intervenir pour mettre fin à l’escalade. Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a par ailleurs exprimé son inquiétude pour la forteresse de Beaufort, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2024. « Ce site archéologique est exposé à un sérieux danger en raison des combats », a-t-il déclaré vendredi.
Une situation encore incertaine et des enjeux régionaux
L’avancée israélienne au Liban intervient dans un contexte régional tendu, alors que les États-Unis et l’Iran négocient toujours pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l’Iran. Téhéran conditionne tout accord à l’arrêt des hostilités au Liban, où son allié, le Hezbollah, est engagé dans des combats quasi quotidiens avec Israël.
Sur le terrain, la situation humanitaire continue de se dégrader. Des milliers de civils libanais ont fui les zones de combat, notamment vers Saïda, la plus grande ville du sud du Liban. « Il nous est désormais impossible de retourner chez nous, car la ville est en grande partie détruite », témoigne Zeinab Fakih, une habitante de Nabatiyé déplacée à Saïda. D’autres, comme Issa Tfaily, refusent de considérer cette avancée comme une défaite. « Nous retournerons à Nabatiyé, si ce n’est pas aujourd’hui, alors demain, tant qu’il y aura une résistance », affirme-t-il.
Les prochains jours seront déterminants pour l’évolution du conflit. Les négociations à Washington, les réactions internationales et la capacité du Hezbollah à résister à l’offensive israélienne seront autant d’éléments à surveiller pour comprendre si cette escalade peut encore être contenue ou si elle risque de s’étendre davantage.