Gabriel Attal a officiellement lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027 lors d’un meeting organisé samedi 30 mai au Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris. Devant une assistance estimée entre 3 000 et 5 000 personnes selon les sources, le secrétaire général de Renaissance a défini ses adversaires principaux et esquissé les grandes lignes de son projet.
Une opposition ciblée entre LFI et le RN
« Mes adversaires, ce ne sont pas ceux avec qui nous avons gouverné jusqu’en 2024. Mes adversaires, ce sont les marchands de haine, les apôtres du déclin, les artisans de la nostalgie », a déclaré Gabriel Attal. Il a précisé que ces adversaires étaient « La France insoumise et le Rassemblement national », qualifiant ces deux formations de « tenaille des extrêmes ». Cette prise de position a suscité une réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon, qui a dénoncé des « paroles indignes » sur les réseaux sociaux.
Le candidat a également formulé une promesse centrale : « Redevenir la première puissance d’Europe en dix ans », tout en insistant sur la nécessité de « nous élever ensemble, pour que chaque Français ait la certitude que la génération de ses enfants, de ses petits-enfants, vivra mieux que la sienne ». Il a résumé son approche par la formule : « Je laisse à d’autres le sang et les larmes. Moi je vous promets l’action et l’espoir. »
« La même séquence est présentée comme un positionnement contre les extrêmes et comme une stratégie de différenciation face à Édouard Philippe. »
Quatre chantiers prioritaires annoncés
Gabriel Attal a détaillé quatre « chantiers capitaux » pour son projet présidentiel : l’éducation, le travail, les frontières et l’intelligence artificielle. Sur l’éducation, il a proposé de rétablir « l’exigence de niveau » à l’école, avec des classes de primaire comptant « moins de 20 élèves ». Il a également annoncé vouloir présenter « une stratégie complète pour une hausse massive des salaires », sans préciser de calendrier ou de modalités.
Concernant les frontières, il a réaffirmé son soutien à un système de quotas pour l’immigration, tout en rejetant « l’immigration zéro » comme « ni possible ni souhaitable ». Il a également insisté sur la nécessité de faire de la France « la patrie de l’intelligence artificielle », sans donner de détails concrets sur les moyens envisagés.
Sur les retraites, Gabriel Attal a indiqué que « l’âge légal de départ n’est plus le débat », évoquant plutôt une réforme incluant « une part de capitalisation ». Il a également mentionné la nécessité de résorber « deux dettes » : la dette publique, avec un objectif de réduction du déficit « en dix ans au plus tard », et la dette climatique, en promettant de « baisser de moitié les émissions de gaz à effet de serre dans les dix ans à venir ».
Une campagne marquée par les tensions internes à Renaissance
Le meeting de Gabriel Attal a également été l’occasion de constater des absences notables au sein de son propre camp. Plusieurs figures de Renaissance, comme Élisabeth Borne, Aurore Bergé ou Yaël Braun-Pivet, n’étaient pas présentes. Selon les organisateurs, une quarantaine de parlementaires et quatre ministres ont assisté à l’événement, dont Christophe Castaner.
Cette démonstration de force intervient dans un contexte de rivalité avec Édouard Philippe, également candidat déclaré à la primaire interne de Renaissance. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron ont jusqu’ici tenté de minimiser leurs divergences, mais plusieurs observateurs soulignent le risque d’une « primaire sauvage » qui pourrait affaiblir le bloc central. « Ils prennent le risque de s’enfermer dans une rivalité qui inquiète nombre d’élus », note un article du Monde.
Gabriel Attal a pris soin de ne pas citer directement Édouard Philippe lors de son discours, mais plusieurs de ses formules ont été interprétées comme des piques indirectes. « Je laisse à d’autres le sang et les larmes », a-t-il notamment lancé, une phrase perçue comme une référence aux propositions de rigueur budgétaire associées à son concurrent.
Un calendrier de campagne encore incertain
Gabriel Attal a ouvert la saison des meetings présidentiels, avec une série de rendez-vous déjà programmés pour les semaines à venir. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) doit tenir un meeting le 7 juin, suivi par Raphaël Glucksmann (Place publique) le 13 juin et Édouard Philippe (Horizons) le 5 juillet. La décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires du RN, attendue le 7 juillet, pourrait également influencer la candidature de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella.
À ce stade, le programme complet de Gabriel Attal n’a pas encore été dévoilé. Le candidat a indiqué que des précisions sur ses propositions seraient apportées dans les prochaines semaines, notamment sur les modalités de mise en œuvre de ses chantiers prioritaires. La publication de son projet détaillé est attendue d’ici la fin de l’été.
Les prochains mois permettront de mesurer l’impact de cette campagne sur les intentions de vote, alors que les sondages placent actuellement le RN en tête des intentions pour le premier tour de l’élection présidentielle. La capacité de Gabriel Attal à fédérer au-delà de son camp et à incarner une alternative crédible face aux extrêmes reste l’un des principaux défis de sa candidature.