Abelardo de la Espriella, avocat et millionnaire novice en politique, a été élu président de la Colombie avec 49,7 % des voix, contre 48,7 % pour le candidat de gauche Ivan Cepeda, selon les résultats préliminaires du Conseil national électoral (CNE). L’écart de 250 000 voix entre les deux candidats marque l’élection la plus serrée de l’histoire du pays. Le président sortant, Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de la Colombie, ne pouvait pas se représenter en raison de la limite constitutionnelle d’un seul mandat.
Un scrutin marqué par une participation record et des tensions
Plus de 41 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour ce second tour, avec un taux de participation historique de 63 %, contre 58 % au premier tour. Les résultats préliminaires, basés sur un dépouillement rapide, doivent encore être consolidés, un processus qui pourrait prendre plusieurs jours. Ivan Cepeda a annoncé contester les résultats de 33 000 bureaux de vote, où des irrégularités auraient été signalées par des observateurs.
« Une fois que les vérifications correspondantes auront été effectuées, nous reconnaîtrons le résultat officiel », a déclaré Ivan Cepeda lors d’une conférence de presse lundi 22 juin. Il a également lancé un appel au calme, demandant que toute manifestation « reste strictement dans les limites de la sérénité et de la mobilisation pacifique ». Des rassemblements à Bogota et Cali ont dégénéré en affrontements avec la police, entraînant l’utilisation de gaz lacrymogènes et l’incendie de barricades.
« Le même scrutin est présenté comme une victoire historique par un camp et comme un résultat contesté par l’autre. »
Un candidat soutenu par Donald Trump et inspiré par Nayib Bukele
Abelardo de la Espriella, 47 ans, s’est imposé comme une figure de l’extrême droite colombienne en s’inspirant des modèles de Nayib Bukele (Salvador) et Javier Milei (Argentine). Proche de Donald Trump, il a reçu les félicitations du président américain, qui s’est dit « impatient de travailler avec lui » pour renforcer les relations entre les deux pays. « Cela a été un grand honneur d’appeler à voter pour lui, et je suis impatient de travailler avec lui pour bâtir une relation puissante entre la Colombie et les États-Unis », a écrit Trump sur son réseau Truth Social.
Surnommé El Tigre par ses partisans, De la Espriella a axé sa campagne sur la sécurité et la lutte contre le crime organisé. Il promet de construire des méga-prisons, de bombarder les camps de narcotrafiquants avec l’appui des États-Unis et d’Israël, et de réduire de 40 % l’appareil d’État. « Nous allons poursuivre sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République », a-t-il déclaré lors de son discours de victoire à Barranquilla, derrière une vitre pare-balles.
Un pays polarisé et des défis immédiats
La victoire de De la Espriella marque un tournant après quatre ans de gouvernement de gauche sous Gustavo Petro, qui avait mis en œuvre des réformes sociales et tenté des négociations de paix avec les groupes armés. Le nouveau président, qui prendra ses fonctions le 7 août, hérite d’un pays profondément divisé. « Nous n’allons pas soutenir ce gouvernement, il ne me représente pas en tant que jeune », a déclaré Brandon, un étudiant de 19 ans, lors d’une manifestation à Bogota.
Le président élu devra composer avec un Parlement sans majorité claire, où son mouvement, créé il y a seulement 11 mois, ne dispose pas d’une base solide. Ses promesses de durcissement sécuritaire, notamment contre les groupes armés liés au narcotrafic, suscitent des craintes d’une escalade de la violence. « Ses promesses d’offensive militaire pourraient plonger le pays dans une nouvelle spirale de violence », estime un expert cité par plusieurs médias.
Un résultat encore en suspens et des incertitudes sur la gouvernance
Si les résultats préliminaires donnent Abelardo de la Espriella vainqueur, le dépouillement final pourrait encore réserver des surprises. Les observateurs estiment toutefois que l’écart de 250 000 voix rend peu probable un renversement du scrutin. Le président élu a déjà commencé à former son équipe et à préparer sa transition, tandis que le camp de la gauche se mobilise pour exiger des vérifications.
La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne et en proie à un conflit armé depuis plus de six décennies, entre dans une période d’incertitude. Les promesses de De la Espriella de resserrer les liens avec Washington et de mener une politique répressive contre les groupes armés pourraient redéfinir les équilibres régionaux. Pour l’instant, le pays reste divisé entre ceux qui célèbrent une « nouvelle ère » et ceux qui craignent un retour à des politiques autoritaires.
Le bilan définitif du scrutin, attendu dans les prochains jours, permettra de clarifier les conditions de la passation de pouvoir et les marges de manœuvre du nouveau président.