La France et l’Allemagne ont conclu un accord pour devenir coactionnaires à parité du groupe KNDS, spécialisé dans la fabrication de chars et d’équipements terrestres. L’annonce, faite lundi 22 juin, prévoit que chaque État détienne 40 % du capital, avec une introduction en Bourse prévue dans les prochains jours. Le groupe, dont le siège est à Amsterdam, est issu de la fusion en 2015 du français Nexter Systems et de l’allemand KMW.
Un accord pour une gouvernance paritaire
L’accord entre Paris et Berlin vise à établir une « gouvernance paritaire » au sein de KNDS, permettant aux deux pays de « décider d’égal à égal » sur la stratégie du groupe. La France détenait jusqu’ici 50 % du capital, tandis que l’Allemagne, qui n’était pas actionnaire, va acquérir 40 % des parts. Les deux gouvernements ont indiqué dans un communiqué conjoint que cette participation devait à terme aboutir à un « actionnariat paritaire », sans préciser le calendrier exact.
« Avec l’Allemagne, nous posons aujourd’hui un acte majeur de souveraineté pour notre défense. En renforçant ensemble KNDS, nous donnons à nos armées les moyens de se défendre, de produire et d’innover par elles-mêmes », a déclaré le président français Emmanuel Macron sur X. La ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche, a souligné que cette opération permettrait de « sécuriser des technologies clés, de la valeur industrielle et des emplois en Allemagne ».
« La parité annoncée concerne la détention du capital, tandis que la répartition des droits de vote et des responsabilités industrielles reste à préciser. »
Une introduction en Bourse attendue dans les prochains jours
L’accord ouvre la voie à une introduction en Bourse de KNDS, présentée comme l’une des plus importantes en Europe ces dernières années. Le groupe devrait être coté à la fois à Paris et à Francfort, avec une valorisation estimée entre 15 et 18 milliards d’euros, selon Bloomberg. Le reste du capital, soit 20 %, sera proposé à des investisseurs privés.
Les négociations entre l’État allemand et la famille Bode-Wegmann, propriétaire historique de KMW, avaient achoppé sur le prix d’entrée en Bourse. Le ministère allemand de la Défense a reconnu dans un document adressé aux députés du Bundestag que le « calendrier serré » pourrait compromettre le respect des délais. La commission budgétaire du Parlement allemand doit se prononcer mercredi 24 juin sur l’opération. « Un accord avec la famille Wegmann sur le contrat d’achat doit encore être conclu », a précisé le document.
Un projet stratégique pour l’Europe de la défense
KNDS est au cœur du projet de char du futur Main Ground Combat System (MGCS), censé remplacer les chars Leopard 2 allemands et Leclerc français à l’horizon 2040. Ce programme, lancé en 2017, a pris du retard en raison de divergences industrielles et politiques entre les deux pays. L’accord sur KNDS intervient deux semaines après l’échec du programme d’avion de combat du futur (Scaf), marqué par des tensions entre Dassault Aviation et Airbus.
Outre KNDS, le groupe allemand Rheinmetall et le français Thales participent au projet MGCS. Rheinmetall, à la fois « partenaire important » et « concurrent » de KNDS, n’a pas encore intégré le capital du groupe. « Paris espère encore parvenir à faire converger les positions », indique un communiqué des ministères français des Armées et de l’Économie.
KNDS produit notamment les chars Leopard 2 et Leclerc, ainsi que les canons Caesar, utilisés par l’Ukraine. Le groupe a présenté au salon Eurosatory, mi-juin, un char de transition baptisé Capint, destiné à remplacer le Leclerc d’ici 2035 en attendant le MGCS.
Un calendrier encore dépendant de plusieurs étapes
L’accord entre Paris et Berlin marque une avancée dans la coopération franco-allemande en matière de défense, mais plusieurs étapes restent à franchir. La commission budgétaire du Bundestag doit donner son feu vert mercredi 24 juin, tandis que les négociations avec la famille Wegmann sur le prix d’achat des parts allemandes ne sont pas encore finalisées. Le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius, a refusé de communiquer un montant pour l’opération.
L’introduction en Bourse, attendue dans les prochains jours, dépendra également des conditions de marché. Les deux États visent une participation paritaire à terme, mais la dilution potentielle des parts françaises après la cotation n’a pas été précisée. Le projet MGCS, quant à lui, reste soumis à des discussions industrielles entre KNDS, Rheinmetall et Thales, sans calendrier définitif pour son déploiement.