Keir Starmer a annoncé sa démission de son poste de Premier ministre du Royaume-Uni et de chef du Parti travailliste (Labour) lors d’une allocution devant le 10 Downing Street, lundi 22 juin. Visiblement ému, il a déclaré : « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du parti travailliste. »
Une pression interne insoutenable
La position de Keir Starmer était devenue intenable après la victoire d’Andy Burnham, son rival au sein du Labour, lors d’une élection législative partielle dans la circonscription de Makerfield, le 19 juin. Burnham, maire du Grand Manchester depuis 2017, a remporté ce scrutin avec 54,8 % des voix, contre 34,5 % pour le candidat du parti anti-immigration Reform UK. Cette victoire a renforcé sa légitimité au sein du parti et précipité la démission de Starmer.
Selon plusieurs médias britanniques, plus de 100 députés travaillistes, soit environ un quart du groupe parlementaire, réclamaient le départ de Keir Starmer. La ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, et d’autres figures du gouvernement l’auraient exhorté à fixer une date pour son départ. Starmer avait pourtant affirmé vendredi 19 juin qu’il se battrait pour rester au pouvoir, mais la pression a continué de monter durant le week-end.
« La même séquence est présentée comme une défaite personnelle pour Starmer et comme une opportunité de renouveau pour le Labour. »
Un mandat marqué par l’impopularité
Keir Starmer était arrivé au pouvoir en juillet 2024 après une large victoire du Labour aux élections législatives, mettant fin à 14 années de gouvernements conservateurs. Cependant, son mandat a été marqué par une impopularité croissante. Selon un sondage YouGov réalisé le 22 juin, 62 % des Britanniques estimaient que sa démission était une « bonne nouvelle ».
Plusieurs facteurs ont contribué à son déclin. Le Royaume-Uni reste confronté à une économie atone, une hausse du coût de la vie et des services publics en difficulté, notamment le système de santé (NHS). Starmer a également été critiqué pour sa gestion de la politique migratoire, jugée insuffisante face à la montée du parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage. En mai 2026, le Labour a subi une défaite cuisante aux élections locales, perdant des sièges au profit de Reform UK.
« Keir Starmer a échoué à trouver des solutions aux grands problèmes économiques du pays », a estimé Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à la Sorbonne-Nouvelle, sur Franceinfo. Son manque de charisme et son approche jugée trop technocratique ont également été pointés du doigt.
Andy Burnham, le « roi du Nord » en position de force
Andy Burnham, 56 ans, est désormais le grand favori pour succéder à Keir Starmer. Surnommé le « roi du Nord » en raison de sa popularité dans la région de Manchester, il a été élu député de Makerfield le 19 juin, une étape nécessaire pour briguer la direction du Labour. Il a confirmé lundi vouloir se présenter à sa succession, déclarant : « C’est la dernière chance pour changer le Labour et tracer une nouvelle voie pour le pays. »
Burnham a bâti sa réputation sur son expérience de maire du Grand Manchester, où il a notamment amélioré les transports en reprenant le contrôle des bus et en intégrant les réseaux de tram et de train. Pendant la pandémie de Covid-19, il s’est illustré en défendant les intérêts de sa région face au gouvernement central, ce qui lui a valu une forte popularité. Selon l’institut YouGov, il est la personnalité politique préférée des Britanniques, avec 35 % d’opinions favorables.
Sur le plan politique, Burnham se situe à l’aile gauche du Labour. Il a critiqué à plusieurs reprises les politiques d’austérité et plaide pour une « réindustrialisation » du pays, portée par la commande publique. Il défend également un rapprochement avec l’Union européenne, tout en excluant un retour dans le marché unique. « Nous devons construire une relation économique bien plus étroite avec l’UE », a-t-il déclaré.
Un calendrier encore incertain
Keir Starmer devrait rester en poste jusqu’à la désignation de son successeur, probablement d’ici la mi-juillet. Les nominations pour la direction du Labour devraient s’ouvrir le 9 juillet, avec un congrès du parti prévu fin septembre pour désigner le nouveau leader. Andy Burnham, s’il est élu, deviendrait alors le septième Premier ministre britannique en dix ans, une instabilité sans précédent dans l’histoire moderne du pays.
Les défis qui l’attendent sont nombreux. Le Royaume-Uni reste divisé sur les questions économiques, migratoires et européennes. La relation avec l’Union européenne, relancée sous Starmer, devra être consolidée, tandis que les tensions internes au Labour, entre l’aile gauche et les modérés, pourraient resurgir. « Andy Burnham devra rapidement faire ses preuves, sous peine de voir le pays s’enfoncer dans un cycle infernal de valse des Premiers ministres », estime un analyste politique cité par l’AFP.
À ce stade, le calendrier et les modalités de la transition restent à préciser. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si Burnham parviendra à unifier le Labour et à redonner une dynamique au pays, ou si le Royaume-Uni continuera de s’enliser dans une crise politique chronique.