La tapisserie de Bayeux est arrivée vers 3 heures du matin, vendredi 10 juillet, au British Museum de Londres, après avoir quitté Bayeux la veille en fin de journée. Cette broderie du XIe siècle, longue de 68,3 mètres selon le musée londonien, est prêtée par la France pour une exposition prévue du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027. Il s’agit de la première sortie de l’œuvre hors de France dans le cadre d’un prêt de cette ampleur.
Un transfert préparé sous haute surveillance
Le transport a été organisé dans un double caisson conçu pour limiter les vibrations, l’un des principaux risques pour la conservation de l’œuvre. Selon ses concepteurs, ce dispositif réduit de 96 % les vibrations et maintient une température de 20 °C avec un taux d’humidité de 50 %. Le convoi a circulé sous escorte des forces de l’ordre et la date du départ avait été tenue secrète.
Plusieurs études techniques ont précédé l’opération, ainsi que deux voyages tests réalisés avec une reproduction grandeur nature. La tapisserie, décrite comme fragilisée, présente selon des informations de presse 30 déchirures non stabilisées et près de 10 000 trous. Fin 2021, une étude d’expertes en restauration avait mis en garde contre les risques supplémentaires liés à un trajet de plus d’une heure.
« Le prêt porte à la fois sur une œuvre exposée au public et sur une opération de conservation encadrée par des contraintes techniques inhabituelles. »
Un prêt culturel qui prend aussi une dimension diplomatique
Ce prêt inédit avait été annoncé en juillet 2025 par Emmanuel Macron, qui avait alors présenté l’opération comme un moyen de « revivifier la relation culturelle » avec le Royaume-Uni. Dans une tribune publiée vendredi dans la presse britannique, le président français a écrit : « Continuons à bâtir l’avenir de ce lien entre les deux rives de la Manche, cette Entente cordiale devenue une Entente amicale. »
À l’arrivée de l’œuvre, le directeur du British Museum, Nicholas Cullinan, a déclaré qu’il s’agissait d’« un moment unique, fruit d’un travail acharné, d’une planification minutieuse ». L’ambassadrice de France au Royaume-Uni, Hélène Duchêne, a parlé d’une « prouesse technique » et d’un moment « très émouvant ». Le Royaume-Uni a financé le transfert, pour un montant qui n’a pas été rendu public, et s’est engagé à verser 800 millions de livres en cas de dégradation majeure de la tapisserie.
Le prêt s’accompagne aussi d’échanges patrimoniaux. Le Royaume-Uni a accepté de prêter à la France des pièces du trésor de Sutton Hoo ainsi que des dessins de la Renaissance, destinés à être exposés dans l’ouest du pays.
Une exposition attendue avant le retour à Bayeux
Avant son installation, la tapisserie doit encore rester quelques jours dans sa caisse pour s’acclimater, selon la commissaire de l’exposition. Elle sera ensuite présentée à plat sous vitre, et non fixée au mur comme dans son cadre habituel en Normandie. Selon le président du British Museum, 7,5 millions de visiteurs sont attendus sur la période d’exposition, tandis que les premiers billets ont déjà été pris d’assaut.
Le retour de la tapisserie en France est prévu courant 2027, avant une rénovation du musée de Bayeux annoncée à partir de 2028.