Dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord-africaine, plusieurs centaines de personnes sont encore entrées jeudi 30 juillet depuis le Maroc, en s’ajoutant aux plus de 1 500 arrivées enregistrées « ces derniers jours » par les autorités régionales espagnoles. Les passages se sont faits en grande partie par la mer, avec des hommes jeunes et des adolescents dans leur immense majorité. Face à cet afflux, les autorités locales ont évoqué une saturation des structures d’accueil et demandé une intervention immédiate de Madrid.
Des arrivées par la mer qui ont débordé les autorités locales
Des images diffusées par des télévisions locales ont montré des dizaines de personnes rejoignant à la nage les côtes de Ceuta depuis le Maroc voisin. D’autres ont convergé vers la frontière depuis la région de Fnideq, côté marocain, après des rumeurs d’ouverture du poste-frontière de Bab Sebta. Dans la soirée, des milliers de jeunes Marocains étaient encore rassemblés près de la route menant au passage frontalier, tandis que les forces de l’ordre tentaient de les repousser.
Le président de la ville autonome, Juan Vivas, a fait état d’une urgence « absolue » dans des centres d’accueil qu’il a décrits comme « débordés et saturés ». Selon plusieurs informations de presse, les structures destinées aux mineurs non accompagnés dépassaient très largement leur capacité, tout comme le centre de séjour temporaire pour migrants.
« Le chiffre de 1 500 renvoie aux arrivées cumulées sur plusieurs jours, tandis que les entrées de jeudi constituent une nouvelle poussée distincte. »
Neuf morts et des renforts annoncés par Madrid
Jeudi, neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, selon la délégation du gouvernement espagnol dans l’enclave. « Neuf corps ont été repêchés », a déclaré une porte-parole de cette délégation. D’autres bilans plus élevés ont circulé dans certaines informations de presse, mais le chiffre de neuf a été repris par les autorités espagnoles dans la soirée.
Le gouvernement espagnol a annoncé l’envoi de soldats pour garantir la sécurité dans l’enclave. Le ministère de la Défense a indiqué que « les Forces armées renforceront la Garde civile dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta ». Selon des informations de presse, 70 agents supplémentaires de la Garde civile doivent aussi être envoyés, avec des équipes de plongeurs et des navires des garde-côtes.
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu’il se rendrait à Ceuta vendredi 31 juillet pour suivre l’évolution de la situation et rencontrer les autorités locales. Il a également salué la « coopération exemplaire » avec le Maroc.
Madrid et Rabat affichent une coordination, sur fond de tensions diplomatiques
Les autorités espagnoles et marocaines ont indiqué avoir échangé sur la situation. Selon une source officielle marocaine citée par l’AFP, les deux pays sont convenus de renforcer leur coordination et de mettre en œuvre des mesures pour le rapatriement, dans les plus brefs délais, des personnes entrées illégalement à Ceuta. Fernando Grande-Marlaska a lui aussi annoncé des mesures pour le transfert vers le Maroc « dès que possible ».
La séquence a aussi provoqué une tension avec l’Italie. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a dit vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen. En réponse, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé un message « inapproprié » et de « démagogie partisane », puis a convoqué l’ambassadeur d’Italie à Madrid.
Au moment de la publication, l’afflux vers Ceuta restait en cours, avec de nouvelles convergences observées côté marocain. Le bilan de neuf morts correspond à celui communiqué par les autorités espagnoles jeudi soir. Les rapatriements annoncés relèvent, eux, d’un engagement entre Madrid et Rabat dont la mise en œuvre doit encore se préciser sur le terrain.