Travail du 1er-Mai : le gouvernement reporte la réforme et suspend la CMP

Le gouvernement a renoncé à convoquer une commission mixte paritaire sur l’élargissement du travail le 1er-Mai et a repoussé le dossier au-delà de 2026.

Travail du 1er-Mai : le gouvernement reporte la réforme et suspend la CMP

Image générée par Fokon

Le gouvernement a décidé de ne pas convoquer la commission mixte paritaire qui devait examiner le texte sur l’élargissement du travail le 1er-Mai. La décision a été annoncée après une séquence de fortes contestations syndicales et politiques, puis une réunion entre le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, et les organisations syndicales. Le dossier portait sur la possibilité de faire travailler davantage de salariés dans certains commerces de proximité, notamment les boulangeries et les fleuristes, lors de cette journée qui reste, en droit français, le seul jour férié, chômé et payé de principe.

Une commission mixte paritaire finalement écartée

Dans un premier temps, l’hypothèse d’une commission mixte paritaire rapide avait été avancée pour relancer un texte déjà rejeté dans l’hémicycle. Cette voie devait permettre de rapprocher les versions parlementaires et d’accélérer le calendrier. Face aux réactions syndicales, Matignon a indiqué ne pas avoir « l’intention de convoquer la CMP à ce stade », avant de confirmer ensuite qu’elle ne serait pas demandée.

Jean-Pierre Farandou a précisé, à l’issue de la réunion au ministère du Travail, que le premier ministre avait « décidé de ne pas demander la convocation de la commission mixte paritaire ». Dans plusieurs prises de parole, il a aussi rappelé que le 1er-Mai était « le seul jour férié, chômé et payé » et que « ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles ».

« Les formulations passent de “temporiser” et “repousser” en début de journée à “renoncer”, “enterrer” ou “reporter à 2027” après la réunion ministérielle. »

Huit syndicats unis contre une extension des dérogations

La séquence a été précédée par une lettre commune de huit organisations syndicales, adressée au premier ministre. Elles demandaient au gouvernement de ne pas passer par une commission mixte paritaire pour faire avancer le texte. Sophie Binet, pour la CGT, réclamait des « actes forts et clairs » et refusait toute procédure perçue comme un passage en force.

La CFDT et la CGT ont ensuite maintenu leur opposition à l’élargissement du travail ce jour-là. Plusieurs déclarations insistaient sur le caractère symbolique du 1er-Mai et sur la nécessité de préserver le cadre actuel. D’autres responsables syndicaux ont demandé que le dossier soit renvoyé à la négociation sociale plutôt qu’à une accélération parlementaire.

Le gouvernement a alors fait savoir qu’il voulait donner du temps aux discussions. Plusieurs formulations évoquent un report à 2027, ou au minimum l’abandon de toute application pour 2026.

Des soutiens au texte dans les commerces et chez les promoteurs de la loi

Le retrait de la CMP n’a pas mis fin aux demandes des secteurs favorables au texte. Dominique Anract, représentant des boulangers, a déclaré : « Nous sommes fous furieux ». À Nice, le boulanger Frédéric Roy a réclamé des garanties et a prévenu : « Si cela n’avance pas, je demanderai au préfet que les commerces ne soient pas contrôlés le 1er-Mai. »

Parmi les soutiens politiques du texte, plusieurs responsables ont défendu l’idée d’un assouplissement limité aux commerces de proximité. Marlène Schiappa a appelé à « ne pas bloquer » la « France qui veut travailler ». Annick Billon, auteure de la proposition de loi d’origine sénatoriale, a regretté que « le PS et quelques syndicats tordent la main du premier ministre ».

Ces prises de position s’appuient sur une difficulté pratique déjà ancienne pour certaines activités autorisées à ouvrir, mais qui ne peuvent pas toujours employer des salariés ce jour-là sans risque contentieux ou sanction.

Une pression politique montée en parallèle de la pression sociale

La contestation n’est pas venue des seuls syndicats. À gauche, plusieurs responsables ont dénoncé un contournement du débat parlementaire. Stéphane Peu a averti que « le gouvernement peut tomber sur la question du travail le 1er-Mai ». Une menace de motion de censure a aussi circulé dans cette séquence.

Du côté du camp favorable au texte, Gabriel Attal a déploré « une décision qui pénalise l’ensemble des artisans boulangers et fleuristes ». Bruno Retailleau a parlé de « capitulation ». Le Parti socialiste, de son côté, a affiché sa volonté de construire un rapport de force contre le projet.

Le gouvernement s’est ainsi retrouvé entre deux lignes de pression : d’un côté, la défense du caractère chômé du 1er-Mai ; de l’autre, la demande d’assouplissement pour certains commerces. La décision prise ne tranche pas définitivement le fond du dossier, mais elle interrompt la voie parlementaire rapide envisagée pour 2026.

« Plusieurs acteurs parlent de “libre choix”, d’autres de “passage en force” ou de “principe général”, ce qui fait varier le cadre donné au même texte. »

Le 1er-Mai 2026 reste inchangé

À l’issue de cette journée, le point le plus stable est juridique et calendaire : le 1er-Mai 2026 ne sera pas modifié par ce texte. Les salariés des petits commerces ne seront pas autorisés à travailler plus largement sur la base de cette réforme cette année-là. Le gouvernement a annoncé qu’il recevrait encore les professions concernées et qu’il ferait des propositions, sans relance immédiate du processus législatif.

Le principe existant demeure donc. Le 1er-Mai reste férié, chômé et payé, avec les dérogations déjà prévues par le droit en vigueur. Le débat sur un éventuel élargissement n’est pas clos, mais il est déplacé hors de l’urgence parlementaire initialement envisagée.

Un report qui laisse le fond du débat intact

Le gouvernement a stoppé la voie parlementaire rapide et maintenu, pour 2026, le cadre actuel du 1er-Mai. Les syndicats ont obtenu l’abandon de la CMP, tandis que les représentants des commerces concernés et certains soutiens politiques du texte demandent toujours une évolution. Les réunions annoncées avec les professions montrent que le dossier n’est pas clos, mais seulement décalé.

Le gouvernement cherchera-t-il à rouvrir ce chantier par une négociation sectorielle, par un autre véhicule législatif ou après 2026 ? Et jusqu’où les dérogations existantes pourront-elles être rediscutées sans remettre en cause le statut particulier du 1er-Mai ?


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