Ce mercredi 20 mai 2026, les tensions entre l’Iran et les États-Unis restent au cœur de l’actualité internationale, avec des déclarations divergentes sur l’avancée des négociations et des menaces récurrentes d’une reprise des hostilités. Le conflit, déclenché par une attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février, a déjà provoqué des milliers de morts et des perturbations économiques majeures, notamment en raison du blocage partiel du détroit d’Ormuz.
L’Iran examine une proposition américaine
Le ministère des Affaires étrangères iranien a annoncé mercredi soir examiner une nouvelle proposition de paix transmise par les États-Unis via le Pakistan, médiateur dans ce conflit. « Nous avons reçu les points de vue de la partie américaine et nous les examinons actuellement », a déclaré Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère, tout en exprimant une « grande méfiance » envers Washington. Téhéran réitère ses exigences : le dégel des avoirs iraniens bloqués à l’étranger et la fin du blocus américain des ports iraniens.
Cette annonce intervient après une deuxième visite en quelques jours du ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsen Naqvi, à Téhéran. Les discussions, qui avaient débuté le 11 avril à Islamabad sans aboutir, se poursuivent désormais en coulisses, sans qu’aucune date ne soit fixée pour une nouvelle rencontre officielle.
Donald Trump évoque une « dernière phase » des négociations
De son côté, le président américain Donald Trump a déclaré mercredi ne « pas être pressé » et estimer que les négociations en étaient à leur « dernière phase ». « Soit nous parviendrons à un accord, soit nous prendrons des mesures un peu plus sévères. Mais j’espère que cela n’arrivera pas », a-t-il affirmé depuis la base militaire d’Andrews, près de Washington. Il a ajouté qu’un accord pourrait être conclu « très rapidement, ou d’ici quelques jours », tout en précisant que les réponses de l’Iran devraient être « entièrement, à 100 %, satisfaisantes ».
La veille, Trump avait donné à Téhéran un ultimatum de « deux ou trois jours » pour conclure un accord, évoquant une possible reprise des frappes américaines en cas d’échec. Ces déclarations ont été accueillies avec scepticisme par les autorités iraniennes. Mohammad Bagher Ghalibaf, négociateur en chef et président du Parlement iranien, a accusé les États-Unis de chercher à « déclencher une nouvelle guerre » et a appelé l’Iran à « renforcer ses préparatifs » pour répondre à toute attaque.
Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne, ont menacé d’étendre le conflit « bien au-delà de la région » en cas de nouvelle offensive américaine. « Si l’agression contre l’Iran se répète, la guerre régionale promise s’étendra cette fois bien au-delà de la région, et nos coups dévastateurs vous écraseront », ont-ils averti.
Un cessez-le-feu précaire depuis le 8 avril
Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis le 8 avril, après plus d’un mois de guerre. Cependant, les violences n’ont pas cessé dans la région. Mercredi, le Liban a dénoncé un « massacre » après une frappe israélienne dans le sud du pays ayant fait au moins dix morts, dont trois femmes et trois enfants. Le Hezbollah, allié de l’Iran, a également fait état d’affrontements avec l’armée israélienne, malgré la trêve.
En Israël, l’armée a déclenché le niveau d’alerte maximal, se disant « préparée à tout développement ». Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé que son pays devait reprendre les frappes pour éviter une attaque préventive de l’Iran.
Le détroit d’Ormuz, enjeu stratégique
Le détroit d’Ormuz, par où transitait avant la guerre un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde, reste sous le contrôle de Téhéran. L’Iran a annoncé lundi la création d’un nouvel organisme chargé de superviser cette voie maritime et d’imposer des droits de passage aux navires. Mercredi, la marine des Gardiens de la Révolution a indiqué que 26 navires avaient franchi le détroit en 24 heures, dont un pétrolier sud-coréen « en coordination avec l’Iran », une première depuis le début du conflit.
Les États-Unis ont toutefois affirmé avoir découvert au moins une dizaine de mines dans la zone, sans préciser leur origine. Washington maintient un blocus des ports iraniens, qu’il qualifie d’« infaillible », tout en laissant entendre que des discussions se poursuivent pour rouvrir cette voie maritime stratégique.
Réactions internationales
La Chine et la Russie, principaux alliés de l’Iran, ont appelé mercredi à un retour « au dialogue et aux négociations dès que possible ». Lors d’une visite du président russe Vladimir Poutine à Pékin, les deux pays ont dénoncé les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, les qualifiant de violations du droit international.
Dans le Golfe, l’Arabie saoudite a exhorté Téhéran à « saisir l’occasion » offerte par la diplomatie pour éviter une escalade. Le Qatar, autre allié des États-Unis dans la région, avait également appelé mardi à donner « plus de temps » à la diplomatie.
« La situation dans la région du Golfe se trouve à un moment charnière entre guerre et paix », a estimé le président chinois Xi Jinping lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine. Il a jugé qu’une reprise des hostilités serait « inopportune » pour la Chine, dont l’économie dépend en partie des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient.
Conséquences économiques mondiales
Le conflit a déjà eu un impact majeur sur l’économie mondiale. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a alerté mercredi sur le risque d’un « choc agroalimentaire » si la paralysie du détroit d’Ormuz se prolongeait. Une grave crise des prix alimentaires pourrait advenir d’ici six à douze mois, selon l’agence.
Les cours du pétrole ont réagi aux déclarations de Trump et aux espoirs de désescalade. Le baril de Brent a chuté de 5,63 % mercredi, à 105,02 dollars, tandis que les places boursières européennes ont terminé en nette hausse. Aux États-Unis, l’indice Dow Jones a progressé de 1,31 %.
En France, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a mis en garde contre un « risque de choc économique et financier majeur » si la crise se poursuivait. « La situation actuelle va durer, sous une forme ou sous une autre », a prévenu le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à l’Assemblée nationale.
Un conflit aux multiples fronts
Le conflit s’étend au-delà des frontières iraniennes. En Irak, une enquête du New York Times a révélé que les États-Unis et Israël auraient envisagé de replacer l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir après avoir éliminé une partie des dirigeants actuels. Ce plan, qualifié de « capoté » par le quotidien américain, aurait été élaboré au début de la guerre.
Au Liban, les frappes israéliennes se poursuivent malgré la trêve, tandis que le Hezbollah maintient ses attaques contre Israël. La ville de Tyr, dans le sud du Liban, autrefois prisée des touristes, est aujourd’hui vidée de ses visiteurs en raison des violences.
« Les mêmes déclarations sont présentées comme un ultimatum par Washington et comme une ouverture diplomatique par Téhéran, illustrant la difficulté à distinguer les postures de négociation des menaces réelles. »
Prochaines étapes : incertitudes et attentes
Les prochains jours seront déterminants pour l’évolution du conflit. Les déclarations de Donald Trump laissent entendre qu’un accord pourrait être conclu rapidement, mais les menaces iraniennes et les violences persistantes au Liban rappellent la fragilité de la trêve. La publication des détails de la proposition américaine et la réponse officielle de Téhéran seront scrutées de près.
Le détroit d’Ormuz reste un enjeu central, avec des conséquences économiques mondiales en cas de blocage prolongé. Les pays dépendants des importations de pétrole, comme la Corée du Sud, suivent avec attention les développements dans la région.
Enfin, la communauté internationale attend des clarifications sur les intentions réelles des deux parties. Les déclarations contradictoires et les menaces répétées rendent difficile l’évaluation des risques d’escalade, tandis que les médiateurs, comme le Pakistan, tentent de maintenir le dialogue.