Les commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat ont approuvé, mercredi 20 mai, la nomination d’Emmanuel Moulin au poste de gouverneur de la Banque de France. Le vote, à bulletin secret, a recueilli 52 voix favorables et 58 voix défavorables sur les 121 parlementaires des deux chambres. La nomination a été validée car elle n’a pas atteint le seuil des trois cinquièmes de suffrages exprimés nécessaires pour la bloquer.
Un parcours marqué par la haute fonction publique
Emmanuel Moulin, 57 ans, est un haut fonctionnaire issu de l’Inspection générale des finances. Il a occupé plusieurs postes clés sous les présidences de Nicolas Sarkozy et d’Emmanuel Macron. Directeur adjoint du cabinet de Christine Lagarde au ministère de l’Économie entre 2007 et 2009, il devient conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l’Élysée jusqu’en 2012. Après un passage dans le secteur privé – chez Eurotunnel puis chez la banque d’investissement italienne Mediobanca –, il revient dans l’administration en 2017 comme directeur de cabinet de Bruno Le Maire au ministère de l’Économie. Il est ensuite nommé directeur général du Trésor en 2020, puis directeur de cabinet du Premier ministre Gabriel Attal en 2024. Depuis avril 2025, il occupait le poste de secrétaire général de l’Élysée.
« Le même parcours est présenté comme une expertise technique et comme une proximité politique avec l’exécutif. »
Des auditions sous tension
Lors de ses auditions devant les commissions des Finances du Sénat et de l’Assemblée nationale, Emmanuel Moulin a insisté sur son indépendance. « Je me tiens devant vous en homme libre, en homme du service public qui sert l’État depuis 30 ans », a-t-il déclaré devant les sénateurs. Il a également affirmé ne pas avoir « abdiqué [ses] convictions, ni [sa] liberté de penser, ni [son] indépendance » au cours de sa carrière. Interrogé sur sa proximité avec Emmanuel Macron, il a répondu : « Je ne pense pas que ma carrière soit uniquement liée à celle du président actuel. »
Ces déclarations n’ont pas convaincu une partie des parlementaires. Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et député La France insoumise, a dénoncé un « cadenassage des institutions » et estimé qu’Emmanuel Moulin avait exercé des « fonctions politiques » dans les cabinets ministériels. Le député socialiste Philippe Brun a évoqué une « campagne » menée par Nicolas Sarkozy en faveur de cette nomination, tandis que le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a jugé que le candidat n’avait « fait que de la politique ».
Un vote serré malgré les critiques
La nomination d’Emmanuel Moulin avait suscité des réserves au sein de plusieurs groupes politiques. Les socialistes, La France insoumise et le Rassemblement national avaient annoncé leur intention de voter contre. Les sénateurs Les Républicains et centristes, en revanche, ont majoritairement soutenu sa candidature. Un cadre de la majorité sénatoriale a indiqué que les élus LR et centristes « devraient voter très majoritairement pour », sans confirmer l’existence d’un accord avec l’Élysée en échange d’une nomination au poste de Défenseur des droits.
« Le seuil des trois cinquièmes distingue le rejet politique de la validation institutionnelle. »
Les priorités annoncées
Emmanuel Moulin a détaillé les sujets qu’il entendait privilégier s’il était nommé. Il a cité la « stratégie monétaire dans un contexte marqué par une résurgence de l’inflation », la « souveraineté européenne en matière monétaire » et la « stabilité financière ». Il s’est également déclaré « favorable » au projet d’euro numérique, estimant qu’il s’agissait d’un « atout essentiel pour la souveraineté monétaire ». Enfin, il a assuré vouloir « maintenir le rôle de proximité de la Banque de France » en conservant une succursale dans chaque département.
Un mandat sous surveillance
La nomination d’Emmanuel Moulin intervient dans un contexte de critiques récurrentes sur les nominations de proches du pouvoir à des postes institutionnels. Après les nominations de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel et d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, cette désignation a été perçue par une partie de l’opposition comme un nouveau « recasage » de fidèles du président de la République. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a défendu ce choix en qualifiant Emmanuel Moulin d’« extrêmement compétent » et en affirmant qu’il s’agissait « tout sauf d’un recasage ».
Prochaines étapes
La nomination d’Emmanuel Moulin doit encore être officialisée par un décret du président de la République. Celui-ci devrait être publié dans les prochains jours, permettant à l’intéressé de succéder à François Villeroy de Galhau, dont le mandat s’achève début juin. Les premières prises de position du nouveau gouverneur, notamment sur la politique monétaire et la gestion de l’inflation, seront suivies de près par les acteurs économiques et politiques. Les conditions de son indépendance vis-à-vis de l’exécutif, régulièrement mises en avant lors des auditions, feront également l’objet d’une attention particulière.