Patrick Bruel, 67 ans, est visé depuis plusieurs jours par des accusations de violences sexuelles portées par une dizaine de femmes. Quatre enquêtes pour viols sont en cours en France, tandis qu’une enquête judiciaire pour agression sexuelle a été ouverte en Belgique. Ces procédures concernent des faits présumés s’étalant entre 1991 et 2019.
Trois concerts prévus en décembre 2026 au Québec ont été annulés par l’agence d’événementiel Gestev, qui a invoqué « le contexte actuel et l’impossibilité d’assurer la promotion ». En France, la tournée du chanteur, prévue à partir du 16 juin, reste pour l’instant maintenue, bien que plusieurs maires aient appelé à son annulation.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a estimé mercredi 20 mai sur France 2 que Patrick Bruel « devrait faire une parenthèse dans sa carrière, le temps que la justice soit rendue ». Il a précisé ne pas avoir le pouvoir d’annuler le concert prévu au Zénith de Paris le 8 octobre, mais a invité l’artiste à le faire lui-même. « La présomption d’innocence doit être garantie, mais y compris pour la sérénité de sa défense, je pense qu’effectivement il devrait se retirer », a-t-il déclaré.
D’autres élus ont emboîté le pas. Le maire de Marseille, Benoît Payan, a demandé à Patrick Bruel de « ne pas maintenir » son concert prévu le 30 octobre dans sa ville, « le temps que la justice fasse sereinement son travail ». À Nancy, le maire Mathieu Klein a appelé les organisateurs à « suspendre » la représentation prévue le 24 octobre. Le maire de Brest, Stéphane Roudaut, a également estimé que le chanteur « devrait avoir la décence d’arrêter » son spectacle prévu le 11 novembre.
En Belgique, le bourgmestre de Forest, commune où Patrick Bruel doit se produire en octobre, a demandé l’annulation du concert. Plusieurs responsables politiques belges, dont la présidente du parti DéFI Sophie Rohonyi, ont soutenu cette position, estimant qu’il serait « judicieux de reporter ses spectacles jusqu’à ce que l’affaire ait été jugée ».
Une pétition lancée par des collectifs féministes et soutenue par des artistes comme Anna Mouglalis ou Corinne Masiero a recueilli plus de 25 000 signatures pour demander l’annulation de la tournée. En réaction, Patrick Bruel a publié un message sur Instagram dimanche 18 mai, affirmant n’avoir « jamais forcé une femme » et excluant de quitter la scène. « Je continuerai de faire mon métier », a-t-il écrit.
Les enquêtes en cours sont centralisées par le parquet de Nanterre. Certaines plaintes, comme celle de l’animatrice Flavie Flament pour un viol présumé en 1991, pourraient échapper à la prescription grâce à des mécanismes juridiques comme la connexité ou la prescription glissante. L’avocate de Flavie Flament, Corinne Herrmann, a annoncé que de « nouvelles plaintes pour viols » seraient déposées « dans les jours qui viennent ».
Des témoignages de plaignantes ont été relayés par plusieurs médias. Karine Viseur, attachée de presse, a décrit une agression sexuelle présumée en 2010 en Belgique, tandis qu’une autre femme a raconté avoir été attirée dans des toilettes fermées à clé. La comédienne Maïdi Roth, connue pour son rôle dans Plus belle la vie, a également déposé plainte en mars 2026, évoquant des faits remontant à plusieurs années.
Les réactions du public sont contrastées. Certains fans continuent de soutenir l’artiste, comme en témoignent les représentations de sa pièce Deuxième partie au théâtre Édouard VII à Paris, où des spectateurs ont exprimé leur fidélité. D’autres, en revanche, ont annoncé renoncer à assister à ses concerts ou revendre leurs billets. Une partie des spectateurs interrogés devant le théâtre a reconnu éprouver un malaise, tout en soulignant que la justice n’avait pas encore statué.
« Les annulations de concerts et les appels politiques relèvent de décisions prises en amont d’un éventuel jugement, tandis que les procédures judiciaires déterminent la qualification des faits présumés. »
Les salles accueillant les concerts de Patrick Bruel en France se préparent à d’éventuelles annulations. Certaines ont indiqué renforcer leur dispositif de sécurité, sans pour autant prendre position sur le maintien des représentations. Les organisateurs de festivals ont également exprimé des réserves, une responsable de communication estimant qu’il serait « plus simple de le déprogrammer ».
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a réagi mardi 19 mai en appelant les femmes victimes de violences sexuelles à « parler, même des dizaines d’années après ». La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a pour sa part déclaré sur France Inter qu’elle ne se rendrait pas aux concerts de Patrick Bruel, tout en insistant sur la nécessité d’« écouter profondément les victimes ».
Les enquêtes judiciaires se poursuivent, et aucune mise en examen n’a été prononcée à ce stade. Le parquet de Nanterre a indiqué que les dossiers étaient en cours d’examen, certains ayant été rouverts après un classement sans suite initial.
Prochaines étapes
Les prochaines semaines seront marquées par le dépôt de nouvelles plaintes, selon l’avocate de Flavie Flament. Les organisateurs de concerts en France devront se prononcer sur le maintien ou l’annulation des représentations prévues à partir du 16 juin. Les enquêtes judiciaires, centralisées par le parquet de Nanterre, détermineront si des poursuites seront engagées. Les éventuelles décisions de justice ou les suites données aux plaintes pourraient influencer le calendrier des spectacles et les réactions des élus et du public.