Le procès de David G., animateur périscolaire à l’école maternelle Alphonse-Baudin (XIe arrondissement de Paris), s’est ouvert mardi 26 mai devant le tribunal correctionnel. Il est accusé d’agressions sexuelles sur neuf enfants et de harcèlement sexuel sur deux collègues, des faits commis entre la rentrée 2024 et avril 2025. Le parquet le poursuit pour cinq des neuf enfants, tandis que les familles des quatre autres l’ont assigné directement en justice. L’audience, initialement prévue à huis clos, s’est tenue en public à la demande des parties civiles.
Un procès public après des mois d’enquête
L’affaire a été révélée en avril 2025 après un signalement du directeur de l’école, alerté par les parents de deux fillettes inquiets du changement de comportement de leurs enfants. Une enquête de la brigade de protection des mineurs a permis de recueillir les témoignages de plusieurs enfants, qui ont décrit avec leurs mots des attouchements sur leurs parties intimes. David G., placé en garde à vue en juin 2025, a été suspendu par la Ville de Paris dès le signalement et n’a pas été réintégré depuis.
Le prévenu, journaliste freelance travaillant dans le périscolaire pour compléter ses revenus, conteste les faits qui lui sont reprochés. Il a reconnu devant le tribunal avoir enfreint certaines règles de la charte des animateurs, comme prendre des enfants sur ses genoux ou les porter, mais nie tout geste de nature sexuelle. « Faut être psychopathe pour faire ça », a-t-il déclaré à la barre, ajoutant n’avoir commis que des « maladresses » par manque de formation. Il a également admis avoir utilisé des surnoms affectueux comme « mon amoureuse » ou « ma chérie », tout en affirmant ne pas avoir eu conscience de leur caractère inapproprié.
« Les mêmes faits sont qualifiés de maladresses par le prévenu et d’agressions sexuelles par les parties civiles. »
Des témoignages d’enfants et de parents
Les accusations reposent principalement sur les déclarations des enfants, âgés de 3 à 5 ans au moment des faits. Une fillette a raconté que l’animateur lui touchait les fesses avec une cuillère dans la bibliothèque de l’école. D’autres ont évoqué des attouchements sur leur « zézette » ou leur « zizi ». Les parents, venus en nombre à l’audience, ont décrit les changements de comportement de leurs enfants : perte d’appétit, crises de colère, repli sur soi ou refus d’aller à l’école.
« On avait un enfant qui disait “est-ce que je vais au goûter ?”. C’était la première question de la journée. Et si c’était oui, c’était une heure de hurlements, on devait presque le tirer de force », a témoigné une mère à la barre. Une autre a expliqué que sa fille était « passée de petit clown à un enfant très triste ». L’avocate des parties civiles, Me Rebecca Royer, a souligné la « convergence » de ces symptômes, estimant qu’ils « ne peuvent pas être le fruit du hasard ».
Le parquet a requis trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique avec exécution provisoire, pour agressions sexuelles sur trois des enfants. Pour les six autres, la représentante de l’accusation a estimé que les faits rapportés ne pouvaient pas « caractériser une intention de nature sexuelle ». La défense, quant à elle, a plaidé une « faillite de l’Éducation nationale », regrettant que son client n’ait pas reçu les outils nécessaires pour travailler correctement auprès des enfants.
Un scandale qui dépasse l’affaire individuelle
Cette affaire est le premier procès public d’une série de révélations sur des violences sexuelles dans le périscolaire parisien. Depuis le signalement initial en 2025, plus de 110 établissements ont fait l’objet d’enquêtes, et 78 agents de la Ville de Paris ont été suspendus depuis début 2026, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a qualifié la situation de « systémique » et annoncé un plan de 20 millions d’euros pour renforcer la protection des enfants, avec une « tolérance zéro » envers les animateurs mis en cause.
Un précédent procès, tenu à huis clos début mai, a abouti à des réquisitions de 18 mois de prison avec sursis contre un autre animateur. La décision dans cette affaire est attendue le 16 juin. Trois autres procès sont prévus à Paris d’ici début septembre.
Une décision attendue le 7 juillet
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 7 juillet. À ce stade, les faits reprochés à David G. restent contestés : les parties civiles s’appuient sur les témoignages des enfants et les changements de comportement observés, tandis que le prévenu nie toute intention sexuelle et met en avant son manque de formation. La qualification juridique des actes, notamment pour six des neuf enfants, reste un enjeu central du procès.
Au-delà de cette affaire, les révélations sur les violences dans le périscolaire parisien ont conduit à une remise en question des procédures de signalement et de contrôle au sein des établissements. La Ville de Paris a indiqué ne pas se porter partie civile dans ce dossier, respectant ainsi la volonté des familles, mais a reconnu des « dysfonctionnements de la hiérarchie » de l’animateur. Les prochains mois diront si les mesures annoncées par la mairie suffiront à restaurer la confiance des parents et des enfants.