La France a enregistré lundi 25 mai 2026 la journée la plus chaude jamais mesurée pour un mois de mai depuis le début des relevés météorologiques. L’indicateur thermique national, qui calcule la moyenne des températures sur l’ensemble du territoire, a atteint 24,8°C mardi 26 mai, battant le record de 24,6°C établi la veille. Météo-France prévoit des températures encore plus élevées dans les jours à venir, avec des pointes pouvant atteindre 38°C, voire 39°C localement.
Un épisode caniculaire précoce et exceptionnel
Huit départements de l’ouest de la France – Finistère, Morbihan, Manche, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Mayenne, Vendée et Loire-Atlantique – ont été placés en vigilance orange canicule à partir de minuit dans la nuit de lundi à mardi. Cette alerte, deuxième niveau sur une échelle de trois, est une première pour un mois de mai. Treize départements supplémentaires, dont la Gironde, la Charente et la Charente-Maritime, devraient rejoindre cette vigilance mercredi.
Les températures observées dépassent de 10 à 15°C les normales saisonnières. Lundi, plusieurs records locaux ont été battus, avec 34,7°C à Bergerac, 33°C à Brest, 32,4°C à Rennes, 34,3°C à Nantes et 34°C à Angers. Ces valeurs, habituellement relevées en plein été, sont qualifiées d’« exceptionnelles, historiques et inédites » par Météo-France.
« Le même épisode est présenté comme un record absolu pour mai et comme le signe d’une tendance climatique plus large. »
Sept décès attribués à la chaleur
Le gouvernement a annoncé mardi matin sept décès « liés directement ou indirectement à la chaleur ». Parmi ces victimes, cinq sont décédées par noyade, dont deux en Gironde, une dans la Marne, une en Seine-et-Marne et une dans le Maine-et-Loire. Deux autres personnes sont mortes lors d’une pratique sportive, l’une à Paris et l’autre dans la métropole de Lyon. Ces décès surviennent alors que de nombreuses plages ne sont pas encore surveillées, faute de saison estivale.
« Malheureusement, on sait que les températures que nous avons atteintes aujourd’hui vont probablement avoir tué des centaines de personnes dans le pays », a déclaré Bob Ward, expert à l’Institut de recherche Grantham sur le changement climatique, cité par plusieurs médias.
Un dôme de chaleur et des conséquences sanitaires
Cet épisode de chaleur est causé par un « dôme de chaleur », un phénomène météorologique caractérisé par une zone de haute pression qui bloque l’air chaud en provenance d’Afrique du Nord. Ce phénomène, amplifié par le réchauffement climatique, entraîne une augmentation des risques sanitaires, notamment pour les personnes âgées, les enfants et les travailleurs en extérieur.
Les services d’urgence enregistrent une hausse significative de leur activité. Le Samu de la Manche a indiqué une augmentation de 20 % des appels liés à la chaleur, tandis que les urgences du CHU de Rennes font état d’un afflux de patients souffrant de déshydratation. « On reçoit énormément de personnes âgées en déshydratation », témoigne Katou Blaise, aide-soignante aux urgences de Rennes. « Ce n’est pas adapté du tout, ni pour les patients ni pour nous. »
Les autorités sanitaires rappellent les consignes de prudence : boire régulièrement, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et protéger les populations vulnérables. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a insisté sur la nécessité de « se méfier » et d’adopter des comportements adaptés, même en l’absence d’urgence sanitaire déclarée.
Pollution à l’ozone et impacts économiques
Cet épisode caniculaire s’accompagne également d’un épisode de pollution à l’ozone. Airparif a alerté sur un dépassement du seuil d’information en Île-de-France et dans la vallée du Rhône, avec des concentrations dépassant 180 microgrammes par mètre cube. Cette pollution peut provoquer des gênes respiratoires, en particulier chez les personnes fragiles.
Les fortes chaleurs ont aussi un impact économique. Selon une étude citée par Atlantico, la productivité commence à baisser dès 24°C et est divisée par deux au-delà de 33°C. France Stratégie estime que les pertes liées à la chaleur pourraient atteindre 1,5 % du PIB français à long terme.
Un épisode appelé à se prolonger
Météo-France prévoit que cet épisode de chaleur durera jusqu’à la fin de la semaine, avec un répit attendu dimanche 1er juin, au prix de quelques orages. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a averti que cet épisode était « certainement le premier d’une série » pour l’été 2026.
Les autorités locales multiplient les mesures d’adaptation. À Paris, certains parcs seront ouverts la nuit pour offrir des espaces de fraîcheur. À Tours, la ville et la métropole ont mis en place des dispositifs pour accompagner les personnes vulnérables, tandis qu’à Bordeaux, des projets contre les îlots de chaleur urbains sont en cours de déploiement.
Les records de température pour un mois de mai s’enchaînent également en Europe. Le Royaume-Uni a enregistré 35,1°C près de Londres, un niveau « exceptionnel même en plein milieu de l’été », selon le Met Office. En Espagne, des températures de 36 à 38°C sont attendues cette semaine, tandis qu’en Italie, des restrictions de travail en extérieur ont été mises en place dans la région du Latium.
Selon un rapport publié en avril par le service européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale, l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 1980, avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses.