Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix sur 133 exprimées, lors d’une séance boycottée par une partie de l’opposition. Cette élection intervient quatre jours après son limogeage du poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, le 22 mai 2026. Sonko, leader du parti Pastef, dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale, avec 130 députés sur 165.
Un limogeage acté après des mois de tensions
Le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Faye marque la fin d’un tandem politique vieux de douze ans, formé dans l’opposition avant d’accéder au pouvoir en 2024. Les tensions entre les deux hommes, autrefois alliés, se sont accumulées au fil des mois, notamment sur des questions économiques et judiciaires.
« Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait déclaré Bassirou Diomaye Faye en mai 2026, critiquant la « personnalisation excessive » de Sonko au sein du parti au pouvoir. Les divergences portaient notamment sur la gestion de la dette sénégalaise, qui atteint 132 % du PIB, et sur les relations avec le Fonds monétaire international (FMI).
« Le président souhaite discuter avec le FMI d’un nouveau programme d’aide, tandis que Sonko prône une approche souverainiste », indique un article de TV5MONDE. Les deux hommes s’opposaient également sur le rythme des poursuites judiciaires contre d’anciens responsables sous la présidence de Macky Sall (2012-2024), accusés de corruption et d’implication dans des violences politiques.
Une élection au perchoir contestée par l’opposition
L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale a été boycottée par les députés de la principale coalition d’opposition, qui dénoncent un « coup d’État institutionnel ». « Nous n’allons pas nous associer à cette mascarade », a déclaré Abdou Mbow, député d’opposition, cité par l’AFP. L’opposition conteste la légalité de la réintégration de Sonko comme député, une condition nécessaire pour qu’il puisse briguer la présidence de l’Assemblée.
« Ousmane Sonko a perdu son mandat de député et ne peut le retrouver », a ajouté Abdou Mbow. Sonko, élu lors des législatives de novembre 2024, avait renoncé à son mandat pour rester Premier ministre. Un membre du gouvernement peut cependant redevenir député s’il quitte l’exécutif, ce qui a permis sa réintégration le 26 mai.
« La même procédure est présentée comme une réintégration légale par la majorité et comme une violation du règlement intérieur par l’opposition. »
Dans son discours d’investiture, Ousmane Sonko a promis de ne pas utiliser sa nouvelle fonction « pour organiser le chaos institutionnel ». « Aucun député avec moi n’utilisera cette institution pour une vendetta personnelle », a-t-il déclaré. Il a toutefois précisé que « l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement » et qu’elle exercerait « un contrôle strict dans le respect des institutions ».
Un nouveau Premier ministre nommé pour former un gouvernement
Le président Bassirou Diomaye Faye a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô comme nouveau Premier ministre le 25 mai 2026, quelques heures après le limogeage de Sonko. Ancien de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Lô est présenté comme un expert des questions économiques, dans un contexte marqué par une crise financière et la suspension d’un programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars.
« Le Sénégal est un pays sûr et viable et entend le rester », a déclaré Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô dans sa première allocution, évoquant « un changement de méthode, pas de cap ». Il a cité la transparence et la « souveraineté économique et culturelle » parmi les priorités de son action, des thèmes chers à Ousmane Sonko.
« Je connais personnellement Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. C’est un travailleur acharné et un homme compétent », a reconnu Ousmane Sonko lors de son discours d’investiture, tout en soulignant leurs « divergences » sur des sujets comme la gestion de la dette ou la question monétaire.
Une crise politique qui interroge la gouvernance future
L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale ouvre une nouvelle phase dans la recomposition politique au Sénégal. Avec 130 députés sur 165, le Pastef dispose d’une majorité confortable, ce qui pourrait permettre à Sonko d’exercer un contre-pouvoir face au président Faye. « Ousmane Sonko devient le deuxième personnage le plus important de l’État », souligne un article de TV5MONDE.
Les prochaines étapes dépendront de la capacité du nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, à former un gouvernement et à obtenir la confiance de l’Assemblée nationale. La question de la coopération entre l’exécutif et le législatif reste ouverte, dans un contexte de tensions persistantes et de crise économique.
Le calendrier des réformes à venir, notamment sur la gestion de la dette et les poursuites judiciaires contre d’anciens responsables, sera déterminant pour la stabilité politique du pays. Les déclarations d’Ousmane Sonko, qui a promis de rejeter les lois « non conformes à l’intérêt général », laissent présager des débats houleux à l’Assemblée nationale.
À ce stade, le bilan des tensions entre Sonko et Faye reste attaché aux déclarations des acteurs et aux procédures en cours. Les prochaines semaines devront préciser les conditions de mise en œuvre des réformes promises et la capacité du président à gouverner avec une majorité parlementaire désormais dirigée par son ancien allié.