Emmanuel Macron a présenté mardi 26 mai les engagements pris par les acteurs économiques pour accélérer l’électrification de la France, dans le cadre d’un plan gouvernemental publié il y a un mois. Réunis à l’Élysée sous la bannière de « l’équipe de France de l’électricité », les représentants de secteurs clés ont annoncé des investissements et des objectifs chiffrés pour réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Un plan pour réduire la part des énergies fossiles à moins de 30 % d’ici 2035
Le chef de l’État a rappelé l’objectif central du plan : faire passer la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de 27 % en 2024 à 38 % en 2035. À l’inverse, les énergies fossiles, qui représentent encore 60 % de cette consommation, devront tomber sous la barre des 30 % d’ici 2035. « L’électrification est un combat contemporain et une stratégie pour notre pays pour être plus indépendant, plus compétitif, créer davantage d’emplois et décarboner », a déclaré Emmanuel Macron.
Le président a insisté sur la nécessité de rendre le passage à l’électricité « naturel et désirable », citant des bénéfices en termes de pouvoir d’achat, de compétitivité et d’indépendance énergétique. « Nous sommes en train de montrer que c’est possible avec des vrais résultats. Il faut poursuivre cet axe d’efforts », a-t-il ajouté, soulignant le rôle de l’État dans ce processus.
« Les mêmes objectifs sont présentés comme une réduction de la dépendance aux hydrocarbures et comme une opportunité de réindustrialisation. »
Stellantis investit un milliard d’euros dans son usine de Mulhouse
Le constructeur automobile Stellantis a annoncé un investissement de plus d’un milliard d’euros pour produire une nouvelle génération de véhicules électriques sur son site de Mulhouse à partir de 2029. « C’est un véritable avenir industriel que nous offrons à ce site », a commenté Emmanuel Macron, alors que l’usine alsacienne tournait en demi-cadence depuis plusieurs mois faute de nouveau modèle.
Cet investissement s’inscrit dans une stratégie plus large de relance de la production automobile française, avec un accent mis sur l’électrique. Les voitures électriques représentaient 28 % des ventes au début de l’année 2026, contre moins de 2 % en 2017.
240 000 bornes de recharge supplémentaires d’ici 2030
Pour accompagner l’essor des véhicules électriques, les opérateurs se sont engagés à déployer 240 000 bornes de recharge supplémentaires d’ici 2030, dont 60 000 points de charge rapide et ultra-rapide. « Elles viendront compléter les plus de 185 000 bornes déjà en service pour atteindre notre objectif de 400 000 en 2030 », a précisé le président.
Parmi les acteurs impliqués, l’opérateur Electra a annoncé un investissement de 300 millions d’euros d’ici 2030 pour installer 1 000 nouveaux points de charge ultra-rapides par an. D’autres entreprises comme Lidl France, Leclerc, Renault et Enedis ont également pris des engagements dans ce domaine.
EDF et les professionnels du secteur s’engagent sur les pompes à chaleur et l’industrie
EDF a dévoilé un plan de soutien à l’électrification doté de 270 millions d’euros, dont 30 millions supplémentaires annoncés mardi. Ces fonds seront répartis entre plusieurs axes : 80 millions d’euros pour accompagner les particuliers dans l’achat de pompes à chaleur (PAC), 80 millions pour l’aide à l’achat de poids lourds électriques ou l’installation de bornes de recharge, et 80 millions pour la préparation de terrains industriels destinés à accueillir de grands consommateurs d’électricité.
Le groupe a également annoncé le lancement d’Izivia Trucks, un réseau de recharge en itinérance pour les poids lourds, avec un objectif de près de 200 bornes d’une puissance supérieure à 400 kVA. Par ailleurs, la filière s’est engagée à produire un million de PAC par an en France d’ici 2030, avec des investissements comme celui d’Octopus Energy, qui prévoit jusqu’à 150 millions d’euros pour une usine dans l’Hexagone.
Les entreprises du Serce, syndicat professionnel regroupant des acteurs comme Equans (Bouygues), Vinci Energie ou Spie, ont quant à elles promis d’embaucher 12 000 personnes et 3 000 apprentis par an pour soutenir le déploiement des infrastructures électriques. « Nous nous engageons dans le temps, l’électrification du pays est un programme sur trente ans », a déclaré Michel Gioria, directeur général du Serce.
Des prix « compétitifs et prévisibles » pour inciter à la transition
Emmanuel Macron a souligné la nécessité de garantir des prix de l’électricité « compétitifs sur la durée » et « prévisibles » pour faciliter la transition. La France bénéficie actuellement de prix par mégawattheure inférieurs à ceux de ses voisins comme l’Allemagne ou l’Italie, a-t-il rappelé. Plusieurs fournisseurs, dont EDF, Engie, TotalEnergies et Octopus, se sont engagés dans cette voie.
Le président a également évoqué le potentiel de l’électrification dans l’industrie, citant des solutions innovantes pour remplacer les énergies fossiles dans la production de vapeur. Il a notamment mentionné un transformateur sans gaz fluoré, présenté par Schneider Electric dans la cour de l’Élysée, comme exemple de technologie prometteuse.
Un calendrier encore dépendant des mises en œuvre concrètes
Si les annonces faites mardi marquent une étape dans la mobilisation des acteurs économiques, leur concrétisation dépendra de la capacité à tenir les engagements pris. Le déploiement des bornes de recharge, la production de pompes à chaleur ou encore la transformation des sites industriels s’étaleront sur plusieurs années, avec des échéances clés comme 2030 et 2035.
Le plan gouvernemental, qui comporte 22 mesures, vise également à électrifier des secteurs comme le logement social, les Ehpad (dont 8 % sont encore chauffés au fioul) ou les copropriétés, via des dispositifs comme la filiale Logivolt d’EDF. Les prochains mois permettront de mesurer l’avancement des projets, notamment en termes de recrutement, d’investissements effectifs et de déploiement des infrastructures.
Les bilans provisoires, comme celui des ventes de véhicules électriques ou du nombre de bornes installées, resteront des indicateurs clés pour évaluer la progression vers les objectifs fixés. La publication de données consolidées, notamment par les institutions publiques et les acteurs privés, permettra de préciser l’impact réel des mesures annoncées.