L’Union européenne a infligé une amende de 200 millions d’euros à la plateforme de commerce en ligne Temu pour avoir permis la vente de produits illégaux aux consommateurs européens. La décision, annoncée jeudi 28 mai, fait suite à une enquête ouverte en octobre 2024 par la Commission européenne, qui reproche à l’entreprise chinoise de ne pas avoir identifié et évalué les risques systémiques liés à ces ventes.
Des jouets dangereux et des chargeurs défectueux identifiés
Selon la Commission, Temu a contrevenu aux obligations imposées par le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), entré en vigueur en 2022. Pour établir ces manquements, Bruxelles s’est appuyée sur des achats réalisés par ses propres équipes, simulant des clients ordinaires. Les tests ont révélé qu’une proportion élevée de chargeurs commandés ne passait pas les tests de sécurité de base. Les jouets pour bébés testés présentaient quant à eux des risques de suffocation ou des teneurs en substances chimiques nocives dépassant les seuils autorisés.
« Un très fort pourcentage des chargeurs commandés n’ont pas réussi à passer des tests de sécurité basiques », indique la Commission. Les jouets pour bébés testés dans les mêmes conditions présentaient « des risques pour la sécurité d’une gravité moyenne à élevée », ajoute-t-elle. Ces constats ont été corroborés par des enquêtes menées par des autorités nationales et des associations de consommateurs.
« La même infraction est présentée comme un manquement à l’évaluation des risques et comme une mise en danger des consommateurs. »
Une sanction loin du plafond légal
Le montant de l’amende, bien que record pour une plateforme de commerce en ligne, reste très inférieur au plafond prévu par le DSA, fixé à 6 % du chiffre d’affaires annuel total de la maison-mère de Temu, PDD Holdings. Celle-ci a dégagé un chiffre d’affaires de 53 milliards d’euros en 2025, ce qui aurait pu porter l’amende à plus de 3 milliards d’euros. La Commission a justifié ce montant en tenant compte de la durée de l’infraction, qu’elle estime inférieure à un an.
« Temu est un acteur très important sur le marché européen, avec 130 millions d’utilisateurs. Donc lorsqu’ils vendent des produits interdits, ils finissent entre les mains d’un grand nombre d’Européens », a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique. La plateforme, lancée en Europe en 2023, propose des vêtements, jouets, outils et produits high-tech à des prix très bas.
Des mesures correctives exigées d’ici fin août
La sanction impose à Temu de soumettre à la Commission, d’ici fin août, un plan de mesures visant à se conformer au DSA. En cas de non-respect, l’entreprise s’expose à des amendes périodiques. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de régulation des plateformes numériques, alors que Bruxelles a également ouvert des enquêtes similaires contre AliExpress et Shein pour des manquements comparables.
« AliExpress, filiale du mastodonte chinois Alibaba, risque également une amende pour un motif similaire, à moins d’un règlement à l’amiable », précise la Commission. Shein est quant à elle visée par une enquête ouverte en février 2026, après la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine sur sa plateforme.
Un signal fort dans la régulation des plateformes numériques
Cette amende marque la deuxième sanction prononcée par l’UE au titre du DSA, après celle de 120 millions d’euros infligée à X (ex-Twitter) fin 2025. Elle intervient dans un contexte de tensions commerciales entre l’Union européenne et la Chine, Bruxelles multipliant les mesures pour protéger son marché face à une concurrence jugée déloyale. Une taxe de 3 euros par type d’article sur les petits colis en provenance de Chine entrera en vigueur en juillet 2026, mettant fin à leur exemption de droits de douane.
La Commission souligne que les produits illégaux identifiés sur Temu ont pu être achetés par des millions de consommateurs européens, compte tenu des 130 millions d’utilisateurs de la plateforme dans l’UE. Les prochaines étapes dépendront de la mise en œuvre des mesures correctives par Temu, ainsi que des enquêtes en cours sur ses concurrents asiatiques.