Le groupe Michelin a informé les représentants du personnel et les syndicats d’un « plan d’adaptation des effectifs » en France, prévoyant jusqu’à 1 500 suppressions de postes d’ici 2029. Ce dispositif, présenté comme basé sur le volontariat, concerne deux tiers de fonctions tertiaires et un tiers de postes industriels, sans cibler de site spécifique. Michelin emploie actuellement 17 000 salariés dans le pays.
Un plan justifié par des coûts de production élevés
La direction du groupe, leader mondial des pneumatiques, explique cette décision par la nécessité de « réduire les coûts » en France, où les charges liées au travail, à l’énergie et à la fiscalité sont jugées « parmi les plus élevées des pays industrialisés ». Dans un communiqué, Michelin souligne que 3,5 milliards d’euros ont été investis dans l’Hexagone au cours des dix dernières années, mais que les activités industrielles y restent « déficitaires », selon des déclarations du PDG Florent Ménégaux devant une commission de l’Assemblée nationale en 2025.
« Jusqu’à 1 500 postes pourraient être supprimés » en France, dont « les deux tiers dans les fonctions tertiaires et un tiers dans l’industrie », a précisé à l’AFP Olivier Faure-Vauris, directeur du personnel France et Europe du Sud. Les emplois tertiaires concernés sont principalement situés à Paris, Clermont-Ferrand et Lille. Aucun départ contraint n’est prévu, assure la direction.
« Le même plan est présenté comme une adaptation des effectifs et comme une réponse à des coûts structurels élevés. »
Les syndicats dénoncent une gestion des effectifs et des profits confortables
Les organisations syndicales ont réagi avec incompréhension, voire colère, à cette annonce. La CFDT a pointé « un vrai souci de gestion des effectifs dans le tertiaire », tandis que la CGT a évoqué des « départs forcés » malgré l’affirmation contraire de la direction. Les syndicats soulignent par ailleurs la bonne santé financière du groupe, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en baisse de 5,4 % en raison des effets de change, mais avec une activité pneus en recul de seulement 1,4 % en volume.
« La réalité, c’est qu’on a un président qui ne cherche qu’à faire plaisir aux actionnaires », a déclaré un représentant syndical cité par L’Humanité. Les quatre syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO et CFE-CGC) ont dénoncé une gestion qui, selon eux, fragilise le groupe à long terme.
Un contexte marqué par des suppressions d’emplois récentes
Ce nouveau plan intervient moins de deux ans après la suppression de 1 246 emplois en France en 2024, dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ayant conduit à la fermeture des sites industriels de Vannes (Morbihan) et Cholet (Maine-et-Loire). Michelin compte encore 13 sites industriels dans l’Hexagone, dont certains, comme celui de Saint-Doulchard (Cher), spécialisé dans l’aéronautique, ne sont « absolument pas concernés » par les départs volontaires, selon la direction locale.
En Indre-et-Loire, le site de Joué-lès-Tours, qui n’emploie plus qu’environ 150 personnes, pourrait en revanche être touché. La direction n’a pas précisé la répartition géographique des suppressions. À Avallon (Yonne), le site Pneu Laurent, qui doit intégrer Michelin au 1er janvier 2027, reste dans un « grand flou » quant à son inclusion dans le plan, selon La Montagne.
Un calendrier et des modalités encore à préciser
Le plan d’adaptation des effectifs doit s’étaler sur trois ans, entre 2027 et 2029. Les modalités concrètes, notamment les mesures d’accompagnement des salariés volontaires, n’ont pas encore été détaillées. La direction a indiqué que les discussions avec les syndicats se poursuivraient pour définir les critères d’éligibilité et les compensations financières.
Les élus locaux, notamment à Clermont-Ferrand, siège historique du groupe, ont réagi avec un mélange de colère et de « loyauté exigeante ». Certains dénoncent une logique financière jugée excessive, tandis que d’autres appellent à un partenariat renforcé pour préserver l’emploi industriel dans la région.
Le bilan définitif des suppressions dépendra du nombre de volontaires, mais aussi des éventuelles embauches sur d’autres sites. L’usine de Saint-Doulchard, par exemple, a annoncé poursuivre ses recrutements dans le secteur aéronautique, moins exposé aux fluctuations du marché automobile. La direction n’a pas précisé si des reclassements internes seraient proposés aux salariés concernés par le plan.