Jérôme B., 41 ans, a été mis en examen pour « enlèvement et séquestration d’une mineure de moins de 15 ans » et placé en détention provisoire lundi 1er juin dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance (Gers). La collégienne, vue pour la dernière fois vendredi 29 mai montant dans le véhicule du suspect, reste introuvable au sixième jour des recherches.
Un suspect connu des autorités depuis 2017
Jérôme B. était visé par au moins quatre procédures pour violences sexuelles sur mineurs avant la disparition de Lyhanna, selon les déclarations de la procureure d’Auch, Clémence Meyer. Une plainte pour « viols sur mineure de moins de 15 ans » avait été déposée en août 2025 par la mère d’une enfant de 10 ans. Transférée au parquet d’Auch en janvier 2026, cette plainte n’avait pas encore donné lieu à une audition du suspect, a précisé la procureure.
« L’enquête est toujours en cours », a indiqué Clémence Meyer lors d’une conférence de presse mercredi 3 juin. La mère de la victime présumée a déclaré sur BFMTV avoir sollicité à plusieurs reprises les enquêteurs pour connaître l’avancement de la procédure, sans obtenir de réponse.
Une deuxième plainte pour viol, datant de 2022, avait été classée sans suite en 2024 pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Une troisième plainte pour agression sexuelle a été déposée mercredi matin, selon la procureure. Une quatrième procédure, classée sans suite, concernait une relation avec une adolescente de 17 ans en 2017, qualifiée de consentie par l’intéressée.
« Les enquêtes judiciaires visant le suspect vont se poursuivre et vraisemblablement être regroupées. »
Un licenciement pour « comportement inapproprié » en 2021
Jérôme B. avait également été licencié de son emploi d’agent d’entretien dans un lycée de Lectoure en 2021 après une procédure disciplinaire pour « comportement inapproprié envers une lycéenne », a indiqué la région Occitanie. Il avait travaillé dans plusieurs établissements gersois entre 2018 et 2021.
La mère de Lyhanna avait pris ses distances avec le suspect après une « soirée pyjama » organisée à son domicile, où son comportement avec les amies de sa fille avait suscité des inquiétudes. « Je ne voulais plus qu’elle lui adresse la parole ou qu’elle le voie », a-t-elle confié à France Bleu.
Des recherches toujours en cours et une enquête administrative ouverte
Les recherches pour retrouver Lyhanna se poursuivent dans une zone rurale et boisée autour de Fleurance, avec la participation de près de 230 personnes, dont des gendarmes, des chasseurs et des volontaires. Un hangar agricole, où le suspect aurait travaillé, fait l’objet de fouilles ciblées.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mercredi une enquête administrative conjointe de l’Inspection générale de la justice et de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale pour « identifier d’éventuels dysfonctionnements » dans le traitement de la plainte pour viols déposée en 2025. Le député du Gers David Taupiac avait interpellé le gouvernement à l’Assemblée nationale sur ce sujet.
Lors de sa garde à vue, Jérôme B. a tenu des « déclarations incohérentes et imprécises », selon le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet. Ses avocates, Sandra Vazquez et Eléonore Paré, ont indiqué dans un communiqué qu’elles ne feraient « aucune déclaration à la presse » et ont appelé au « plein et strict respect » de la présomption d’innocence.
Des questions sur le traitement judiciaire des plaintes
La lenteur dans le traitement de la plainte pour viols déposée en 2025 a suscité des interrogations. Selon la procureure d’Auch, le dossier a été transféré au parquet d’Auch en janvier 2026, soit près de cinq mois après son dépôt. « L’enquête est toujours en cours », a-t-elle précisé, sans donner de calendrier pour une éventuelle audition du suspect.
L’Union syndicale des magistrats a qualifié mercredi sur BFMTV le délai de traitement de ce type d’affaires d’« inacceptable ». Le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, a dénoncé un « manque de soutien de la justice » et appelé à « dire stop à un système » qu’il juge défaillant.
Les parents de Lyhanna, « dans la plus grande inquiétude », ont appelé au respect de leur intimité et réaffirmé leur « foi en la justice », selon un communiqué de leur avocat, François Roujou de Boubée. Les recherches pour retrouver la collégienne se poursuivent, sans élément nouveau à ce stade.