Les débordements survenus après la victoire du Paris Saint-Germain contre Arsenal (2-1) en finale de la Ligue des champions, samedi 30 mai à Budapest, ont donné lieu à des scènes de violences à Paris et dans plusieurs villes de France. Selon le ministère de l’Intérieur, 888 personnes ont été interpellées dans la nuit du 30 au 31 mai, dont 307 placées en garde à vue. Parmi elles, 65 ont été présentées à la justice mardi 2 juin, selon le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti.
Un policier hors service condamné et écroué
Un policier de 24 ans, Erwan M., a été condamné mardi en comparution immédiate à 14 mois de prison ferme et immédiatement écroué. Hors service et en état d’ivresse, il avait braqué son arme de service sur deux automobilistes arrêtés à un feu rouge dans le 12e arrondissement de Paris, dans la nuit de samedi à dimanche. Les victimes ont déclaré avoir cru « qu’on allait mourir ». Le parquet avait requis deux ans de prison, dont 18 mois ferme.
« Il a pointé son arme sur nous sans se présenter comme policier, en nous insultant », a témoigné l’une des victimes sur BFMTV. Le tribunal a retenu les qualifications de violences avec arme et menaces sous condition, assorties d’une interdiction de porter une arme pendant cinq ans.
« La condamnation distingue les faits commis par un agent en service et ceux commis hors cadre professionnel. »
Bilan humain et matériel
Le ministère de l’Intérieur a fait état de 233 blessés parmi les forces de l’ordre, dont plusieurs touchés par des tirs de mortiers d’artifice. Un adolescent de 14 ans a été grièvement blessé à l’œil à Bobigny, possiblement par un tir de LBD (lanceur de balles de défense). L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie pour déterminer les circonstances de cette blessure.
Deux hommes sont morts après être tombés dans la Seine lors des célébrations, portant à trois le bilan des décès liés à l’événement, après un accident de la route mortel sur le périphérique parisien. Plusieurs centaines de dégradations ont été recensées, dont des incendies de véhicules, des pillages de commerces et des destructions de mobilier urbain.
Réactions politiques et mesures annoncées
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé mercredi 3 juin explorer la piste d’un recouvrement des prestations sociales pour financer les réparations des dégâts. « Les fauteurs de troubles paient », a-t-il déclaré, précisant qu’il n’était « pas favorable aux suspensions des prestations sociales » mais souhaitait « permettre à ces prestations, en dehors du reste à vivre, de financer justement ces réparations ».
Le gouvernement a également annoncé son intention de dissoudre deux groupes identifiés comme responsables de violences : Patria Albiges, un groupe d’ultradroite, et Front de rue, un collectif d’ultragauche. « Ces groupes ont participé aux débordements et doivent être sanctionnés », a indiqué la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a établi un « lien évident » entre les violences et « les jeunes issus de l’immigration », une déclaration contestée par plusieurs responsables politiques, dont l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, qui l’a accusé de « mensonges ».
Procédures judiciaires en cours et suites attendues
Les comparutions immédiates se poursuivent devant le tribunal correctionnel de Paris. Plusieurs prévenus ont été condamnés à des peines allant de l’amende à quatre mois de prison avec sursis pour participation à un groupement en vue de commettre des violences. Un homme ayant foncé avec son véhicule sur une terrasse du 10e arrondissement a été placé en détention provisoire.
Les enquêtes sur les violences policières signalées se poursuivent. Un jeune de 14 ans, interpellé puis relâché, a porté plainte pour « violences policières », dénonçant des insultes racistes et homophobes. L’IGPN a également été saisie de deux affaires d’adolescents blessés aux yeux, possiblement par des tirs de LBD.
Le parquet de Paris doit encore préciser le nombre total de condamnations prononcées et les qualifications retenues. Les autorités attendent également un bilan consolidé des dégâts matériels, estimé à plusieurs millions d’euros. La question du maintien de l’ordre lors des grands événements sportifs reste en débat, plusieurs responsables politiques appelant à une révision de la doctrine actuelle.