La Coupe du monde 2026, qui débute jeudi 11 juin avec le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud au stade Aztèque de Mexico, s’annonce sous haute tension. Entre polémiques géopolitiques, difficultés logistiques et enjeux sécuritaires, l’événement sportif le plus attendu de l’année est déjà marqué par une série d’incidents avant même son coup d’envoi.
Un arbitre somalien refoulé aux États-Unis et écarté du Mondial
Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain en 2025 par la Confédération africaine de football (CAF), a été refoulé samedi 6 juin à son arrivée à l’aéroport de Miami, alors qu’il disposait d’un visa en règle pour participer au Mondial. La police aux frontières américaine (CBP) a justifié ce refus par des « problèmes liés à la vérification de ses antécédents », sans donner plus de précisions. La FIFA a confirmé lundi 8 juin qu’Artan ne pourrait ni s’entraîner ni officier lors de la compétition, invoquant la souveraineté des États-Unis en matière d’immigration.
« C’est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire », a rappelé l’instance dans un communiqué. Cette décision a provoqué une vague d’indignation en Somalie, où le ministère de la Jeunesse et des Sports a défendu « l’intégrité » de l’arbitre et lui a apporté son « soutien indéfectible ». Plusieurs personnalités somaliennes, dont l’ancien Premier ministre Hassan Ali Khaire, ont dénoncé une mesure discriminatoire, dans un contexte où les ressortissants somaliens sont soumis à des restrictions de voyage aux États-Unis sous l’administration Trump.
« Le même arbitre est présenté comme un professionnel reconnu et comme une victime de la politique migratoire américaine, selon les acteurs qui s’expriment. »
L’Iran et d’autres délégations confrontées à des difficultés administratives
L’équipe d’Iran, qualifiée pour le Mondial, a également été touchée par des problèmes de visas. Si les joueurs et l’encadrement technique ont obtenu les autorisations nécessaires, une quinzaine d’accompagnants, dont le président de la fédération Mehdi Taj, se sont vu refuser l’entrée aux États-Unis. Taj, ancien membre des Gardiens de la révolution, est considéré comme une figure controversée par Washington, qui le soupçonne de liens avec des organisations classées comme terroristes.
En conséquence, la sélection iranienne a déplacé son camp de base de Tucson (Arizona) à Tijuana (Mexique), d’où elle se rendra aux États-Unis la veille de ses matchs. La Fédération iranienne a par ailleurs accusé les autorités américaines d’avoir retiré son quota de billets pour les supporters, empêchant ainsi une partie du public iranien d’assister aux rencontres de la Team Melli. « À moins de trois jours du coup d’envoi, les États-Unis empêchent une nouvelle fois les supporters iraniens d’assister aux matches de poule », a dénoncé la fédération dans un communiqué.
D’autres délégations ont également subi des contrôles renforcés à leur arrivée aux États-Unis. L’équipe d’Ouzbékistan a été fouillée à l’aide de détecteurs de métaux et de chiens renifleurs à sa descente du bus, tandis que des membres de la délégation sénégalaise ont rapporté des interrogatoires prolongés. Ces mesures, jugées disproportionnées par plusieurs fédérations, ont alimenté les critiques contre la politique migratoire américaine.
Des manifestations à Mexico perturbent l’organisation du match d’ouverture
Au Mexique, des milliers d’enseignants en grève ont bloqué mardi 9 juin le principal accès au stade Aztèque de Mexico, où doit se dérouler jeudi la cérémonie d’ouverture et le match inaugural. Les manifestants, membres d’un syndicat dissident de l’éducation (CNTE), réclament une augmentation de salaire et l’abrogation d’une réforme des retraites jugée « irréalisable » par le gouvernement. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a qualifié ces actions de « provocation », tout en excluant pour l’instant une intervention policière pour disperser les manifestants.
« Nous allons garantir que la célébration de l’inauguration de la Coupe du monde se passe bien, dans la paix et la tranquillité », a-t-elle déclaré, tout en appelant au dialogue avec les enseignants. Les autorités locales ont mis en place des itinéraires alternatifs pour permettre aux spectateurs d’accéder au stade, mais la situation reste tendue à deux jours du coup d’envoi.
Un Mondial sous le signe des polémiques logistiques et environnementales
Outre les tensions géopolitiques, la Coupe du monde 2026 est également critiquée pour son impact environnemental et son organisation jugée élitiste. Un rapport publié par plusieurs ONG estime que la compétition émettra près de 9 millions de tonnes de CO₂, soit près du double des émissions du Mondial 2022 au Qatar. Cette augmentation s’explique par l’élargissement du tournoi à 48 équipes, la multiplication des sites (16 stades répartis dans trois pays) et les déplacements massifs de supporters et de délégations.
Par ailleurs, le coût des billets, qui peut atteindre 17 999 dollars pour certains matchs de poule, a suscité des critiques sur l’accessibilité de l’événement. Plusieurs fédérations, dont celle de l’Iran, ont dénoncé une compétition « réservée aux happy few », où le business prime sur l’inclusion. La FIFA a mis en place un système de billetterie permettant aux supporters de payer pour voir leur nom affiché sur les écrans géants des stades, une initiative jugée « mercantile » par certains observateurs.
Un début de compétition sous le signe de l’incertitude
À deux jours du coup d’envoi, la Coupe du monde 2026 reste marquée par une série d’incidents qui contrastent avec l’image festive habituellement associée à cet événement. Si les organisateurs insistent sur la dimension « spectaculaire » de la compétition, avec des cérémonies d’ouverture prévues dans chacun des trois pays hôtes, les polémiques géopolitiques et logistiques risquent de peser sur son déroulement.
La FIFA, qui a confirmé que la compétition se tiendrait comme prévu, a rappelé que les décisions en matière d’immigration relevaient des autorités des pays hôtes. Pour autant, l’instance n’a pas annoncé de mesures spécifiques pour accompagner les délégations touchées par les refus de visas ou les contrôles renforcés. Les prochains jours diront si ces tensions s’apaiseront ou si elles continueront à éclipser les performances sportives des 48 équipes en lice.
Le bilan définitif de ces incidents ne sera connu qu’après la compétition, mais une chose est certaine : la Coupe du monde 2026 s’ouvre dans un contexte bien plus complexe que prévu, où les enjeux sportifs côtoient des défis géopolitiques et organisationnels sans précédent.