Un homme est mort et au moins deux autres personnes ont été blessées le 9 juin lors de manifestations contre la construction d’un centre de quarantaine américain destiné à accueillir des ressortissants des États-Unis exposés au virus Ebola, sur la base aérienne de Laikipia, près de la ville kényane de Nanyuki. Selon l’ONG Vocal Africa, la victime a été tuée par balle par la police kényane, souvent critiquée pour son usage excessif de la force.
Un centre de 50 lits presque achevé malgré l’opposition locale
Le centre, qui doit disposer de 50 lits d’isolement et être géré par du personnel américain, était presque achevé à la fin de la semaine dernière, selon une source diplomatique américaine citée par l’AFP. Les États-Unis justifient ce projet par la nécessité d’offrir des soins de haute qualité à leurs ressortissants exposés en République démocratique du Congo (RDC) ou en Ouganda, sans les exposer aux risques d’un long voyage de retour vers les États-Unis.
« Lorsque le président Trump a demandé au gouvernement du Kenya de les soutenir en créant un centre sur la base aérienne de Laikipia, j’ai donné mon accord car il s’agissait d’un accord et d’un partenariat avec des amis qui travaillent avec le Kenya depuis 30 ou 40 ans », a déclaré le président kényan William Ruto le 2 juin. Les autorités américaines ont promis 13,5 millions de dollars (environ 117 millions d’euros) pour soutenir les efforts de préparation du Kenya contre Ebola.
« Le même projet est présenté comme une mesure sanitaire par les États-Unis et comme une menace par une partie de la population kényane. »
Des manifestations récurrentes depuis le 1er juin
Les manifestations contre le centre ont débuté le 1er juin, lorsque deux manifestants avaient déjà été tués par balle lors d’affrontements avec les forces de l’ordre. Le 9 juin, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Nanyuki, certaines vêtues d’équipements de protection et transportant un cercueil sur lequel était inscrit « Ebola ». Des journalistes de l’AFP ont rapporté des arrestations, des tirs de gaz lacrymogènes et l’utilisation d’un canon à eau par la police pour disperser les manifestants.
« Nous n’avons pas cette maladie dans ce pays… ils amènent un virus dans notre pays », a dénoncé Zipporah Wachira, une manifestante de 30 ans. « J’aimerais connaître les raisons pour lesquelles ils [les Américains] ont pensé que notre pays était une décharge », a réagi Priscilla Waimani, une créatrice de contenus de 47 ans. Les opposants au projet estiment que les États-Unis devraient soigner leurs ressortissants sur leur propre territoire, plutôt que de les envoyer au Kenya.
Un bilan épidémique en hausse en RDC et en Ouganda
L’épidémie d’Ebola a été déclarée en RDC le 15 mai. Selon les derniers bilans de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiés le 9 juin, 550 cas confirmés et 101 décès ont été recensés dans le pays. En Ouganda, 19 cas, dont deux décès, ont été confirmés, ainsi qu’un « cas probable, qui est mort », selon l’OMS. Le Kenya, qui n’a enregistré aucun cas d’Ebola et ne partage pas de frontière avec la RDC, craint une importation du virus via le centre de quarantaine.
« Le contrôle exact de la propagation reste difficile à établir tant que les bilans proviennent des autorités sanitaires des pays touchés », indique un porte-parole de l’OMS. L’organisation souligne également que « vous ne pouvez pas réussir vos efforts de préparation ou de réponse si vous n’avez pas la communauté avec vous ».
Un match de préparation de la RD Congo déplacé en urgence à Orléans
L’épidémie d’Ebola a également perturbé la préparation de l’équipe de football de la RD Congo pour la Coupe du monde 2026. Initialement prévu en Espagne, le match amical contre le Chili a été annulé en raison des risques sanitaires. La rencontre a finalement eu lieu le 9 juin à Orléans, en France.
« Le déplacement du match montre les difficultés logistiques liées à l’épidémie, même pour des événements sportifs internationaux », a indiqué un responsable de la Fédération congolaise de football. La Coupe du monde doit débuter le 11 juin, avec des mesures sanitaires renforcées pour les équipes et les supporters.
Le gouvernement kényan maintient son soutien au projet américain, malgré les tensions locales et la suspension judiciaire. Les prochains jours diront si les manifestations se poursuivent ou si le centre sera finalement ouvert, dans un contexte de méfiance persistante de la population.