Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et figure du Parti socialiste (PS), a officialisé mardi 9 juin sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Interrogé sur France Inter, l’élu de 53 ans a déclaré vouloir incarner « une France forte, humaine, qui protège, sécurise et donne la possibilité à chacune et chacun de pouvoir se soigner, se loger et bénéficier d’une éducation de qualité ». Sa candidature s’ajoute à une liste déjà fournie de prétendants à gauche, où les divisions sur le mode de désignation d’un candidat unique persistent.
Une candidature ancrée dans l’opposition à LFI et à la primaire
Karim Bouamrane a présenté sa candidature comme une alternative à Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), qu’il a renvoyé dos à dos avec le Rassemblement national (RN). « Je ferai tout pour qu’il y ait un bulletin Karim Bouamrane et que le bulletin Karim Bouamrane gagne, qu’on ne soit pas résolu à cette espèce de dilemme » entre LFI et le RN au second tour, a-t-il affirmé. Cette position s’inscrit dans une stratégie de rassemblement de la gauche sociale-démocrate, excluant explicitement LFI.
L’élu, réélu maire de Saint-Ouen en mars 2026, s’oppose également à l’organisation d’une primaire à gauche, un processus défendu par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. « Je ne crois pas à la primaire, je crois à la clarté », a-t-il déclaré, estimant que ce mode de désignation « a montré ses limites » lors des précédentes élections. Cette prise de position accentue les tensions au sein du PS, où les débats sur la stratégie à adopter pour 2027 restent vifs.
« La même candidature est présentée comme un recours contre LFI et comme un défi à la direction du PS. »
Un espace politique déjà encombré à gauche
La candidature de Karim Bouamrane s’inscrit dans un paysage politique marqué par une multiplication des prétendants à gauche. Selon un décompte du *Nouvel Obs*, au moins 25 candidats ont déjà officialisé leur candidature pour 2027, parmi lesquels figurent des figures comme Raphaël Glucksmann (Place publique), François Hollande, Bernard Cazeneuve ou encore Fabien Roussel (Parti communiste).
Les Écologistes, dirigés par Marine Tondelier, ont annoncé qu’ils consulteraient leurs militants début juillet sur l’organisation d’une primaire de la gauche hors LFI, prévue le 11 octobre. Cette initiative est cependant contestée en interne, certains opposants à Tondelier estimant que le processus est « mal engagé ». « Même avec cinquante candidats, si on sait que le jour J on a un mode de départage pour qu’il n’y en ait plus qu’un à la fin et que tout le monde se pliera à la décision, ça me va », a déclaré Olivier Faure, tentant de trouver un compromis.
Jean-Luc Mélenchon, fort de sondages le plaçant autour de 14 %, a quant à lui lancé sa campagne dimanche 7 juin lors d’un meeting à Saint-Denis, où il a réuni plusieurs milliers de militants. Le leader insoumis mise sur une dynamique unitaire autour de sa personne, tout en critiquant les divisions de la gauche non mélenchoniste. « Nous, c’est carré », a-t-il répété, contrastant avec ce qu’il qualifie de « chaos » chez ses adversaires.
À droite, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez en quête d’unité
À droite, Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) et candidat désigné par les adhérents du parti le 19 avril, tente d’imposer son autorité face aux critiques internes. Lors d’une intervention sur BFMTV, il a qualifié Jean-Luc Mélenchon de « premier racialiste de France » et de « vrai danger pour la République », désignant ainsi l’Insoumis comme son « premier adversaire ». Cette stratégie vise à mobiliser l’électorat de droite autour d’un discours anti-LFI, tout en évitant une dispersion des voix.
Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine (DR) à l’Assemblée nationale, a pour sa part appelé à l’organisation d’une primaire de la droite « à l’automne », estimant que « la machine à perdre est enclenchée » en l’absence d’un programme commun. « Si la droite est divisée, elle prendrait une immense responsabilité en permettant la qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour », a-t-il averti. Cette proposition, qui inclurait potentiellement le parti Renaissance (ex-LREM), suscite cependant des réticences au sein de LR, où certains ténors, comme Jean-François Copé, contestent l’autorité de Retailleau.
Un calendrier encore flou et des stratégies en débat
À moins d’un an du premier tour de l’élection présidentielle, prévu en avril 2027, les stratégies de désignation des candidats restent en suspens. À gauche, le PS doit trancher le 9 juillet sur l’organisation d’une primaire interne, avant une éventuelle primaire ouverte au reste de la gauche non mélenchoniste. Cette proposition, portée par Olivier Faure, se heurte cependant à l’opposition de plusieurs figures du parti, dont Boris Vallaud et François Hollande, qui privilégient une candidature unique issue des sondages.
À droite, l’idée d’une primaire avancée par Laurent Wauquiez n’a pas encore recueilli l’adhésion de l’ensemble des acteurs. Bruno Retailleau, qui bénéficie de la légitimité du vote des adhérents LR, semble pour l’instant en position de force, mais son autorité reste contestée par une partie de son camp. « L’autorité d’un chef n’est jamais tout à fait acquise » à droite, souligne *Le Monde*.
Pour Karim Bouamrane, la priorité est désormais de se faire connaître au-delà de sa base locale. Ancien cadre informatique devenu maire de Saint-Ouen en 2020, il a pris une visibilité nationale lors des Jeux olympiques de 2024, sa ville abritant le village des athlètes. Son positionnement, à la fois social-démocrate et critique envers LFI, pourrait séduire une partie de l’électorat de gauche en quête d’une alternative, mais son rejet de la primaire complique sa capacité à fédérer au-delà du PS.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour clarifier les rapports de force. Les consultations internes des partis, les meetings et les sondages permettront d’y voir plus clair, mais à ce stade, aucune candidature ne s’impose comme évidente pour incarner une alternative crédible face au RN et à LFI.