Périscolaire à Paris : 132 animateurs suspendus depuis janvier, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles

La Ville de Paris a annoncé la suspension de 132 animateurs depuis le 1er janvier 2026, dont 52 pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes », dans le cadre d’un plan d’action contre les violences dans le périscolaire.

Périscolaire à Paris : 132 animateurs suspendus depuis janvier, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles

Image générée par Fokon

La mairie de Paris a suspendu 132 animateurs travaillant dans le périscolaire depuis le début de l’année 2026, a annoncé mardi 9 juin le maire Emmanuel Grégoire. Parmi eux, 52 sont visés par des « suspicions de violences sexuelles ou sexistes », a-t-il précisé lors d’une visite dans une école du 17e arrondissement. Ces chiffres marquent une augmentation par rapport au précédent bilan publié en avril, qui faisait état de 78 suspensions, dont 31 pour des faits similaires.

Un plan d’action à 20 millions d’euros et une commission indépendante

Emmanuel Grégoire a indiqué que cette hausse des suspensions s’expliquait par « une prise de conscience et une très grande rigueur » dans le traitement des signalements. La Ville de Paris, qui emploie environ 14 000 animateurs, a mis en place en avril un plan d’action doté de 20 millions d’euros pour renforcer la prévention et la détection des violences. Ce dispositif inclut notamment une cellule d’écoute et une réorganisation des procédures de signalement.

« Je sais que ça nous est reproché, je l’assume au moins le temps que la confiance soit revenue et l’organisation revue », a déclaré le maire, soulignant que les suspensions étaient désormais « systématiques au moindre signalement ». Il a également présenté ses « excuses » aux familles de victimes, reconnaissant une « mécompréhension » de certaines affaires lorsqu’il était premier adjoint d’Anne Hidalgo.

« Le même chiffre est présenté comme une preuve de rigueur et comme un signe de dysfonctionnement systémique selon les acteurs. »

Une commission d’enquête confiée à Antoine Garapon

Pour faire la lumière sur les défaillances du système, une « commission d’enquête indépendante » sera installée la semaine prochaine au Conseil de Paris. Elle sera présidée par Antoine Garapon, ancien juge des enfants et ex-président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). Cette instance aura « carte blanche » pour auditionner les acteurs concernés et analyser les dysfonctionnements depuis la réforme des rythmes scolaires en 2013.

« Elle examinera tout ce qu’il s’est passé ces dix dernières années, les modalités de recrutement, les dysfonctionnements », a précisé Emmanuel Grégoire. Une mission d’information et d’évaluation, réclamée par l’opposition de droite, sera également mise en place pour évaluer les mesures prises par la Ville.

Le collectif MeTooEcole a réagi sur Instagram, estimant que « avec 132 suspensions en cinq mois, on ne parle plus de cas isolés, on parle d’un système qui accumule les alertes plus vite qu’il ne protège les enfants ».

Des syndicats dénoncent un manque d’accompagnement

Les syndicats de la filière périscolaire, en grève jusqu’au 16 juin, critiquent une « multiplication » des sanctions pour des suspicions de violences éducatives ordinaires, sans « accompagnement des agents ». Ils pointent également un manque de clarté sur les motifs des 80 autres suspensions, qui ne concernent pas des violences sexuelles ou sexistes.

La droite parisienne, menée par Rachida Dati et Grégory Canal, réclame un « plan d’envergure » doté de 50 millions d’euros, incluant notamment l’installation de caméras de vidéoprotection. « Les mesures de la ville sont confuses », a déclaré Grégory Canal, co-président du premier groupe d’opposition au Conseil de Paris.

Un bilan encore provisoire et des suites judiciaires attendues

Le bilan des suspensions reste provisoire, et aucune précision n’a été donnée sur le nombre de procédures judiciaires engagées à ce stade. Emmanuel Grégoire a appelé à « ouvrir d’urgence un débat national sur les violences faites aux enfants », évoquant des « défaillances collectives » dans la protection de l’enfance, comme dans l’affaire Lyhanna, du nom de la fillette tuée dans le Gers en mai 2026.

La commission d’enquête indépendante devra rendre ses préconisations dans les prochains mois, tandis que la mission d’information et d’évaluation du Conseil de Paris entendra « l’ensemble des acteurs concernés », y compris les responsables des ressources humaines de la Ville. Les conclusions de la convention citoyenne sur la protection des enfants, attendues fin juin, pourraient également influencer les mesures futures.

Les prochaines semaines diront si les dispositifs mis en place permettent de restaurer la confiance des familles et des professionnels du secteur.


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