Le pape Léon XIV a béni mercredi 10 juin la tour centrale de la Sagrada Familia à Barcelone, faisant de cette basilique inachevée la plus haute église du monde avec 172,5 mètres. La cérémonie, qui s’est déroulée en présence du roi Felipe VI et de la reine Letizia, marque une étape symbolique dans l’achèvement de l’édifice conçu par l’architecte Antoni Gaudí, mort il y a exactement un siècle.
Une inauguration cent ans après la mort de Gaudí
La visite du pape coïncide avec le centenaire de la disparition d’Antoni Gaudí, survenue le 10 juin 1926. L’architecte, dont la cause de béatification a été ouverte en 2003, avait consacré quarante-trois ans de sa vie à la construction de la basilique. Considéré comme un « vénérable » depuis 2025, une étape préalable à une éventuelle béatification, Gaudí est souvent surnommé « l’architecte de Dieu » pour son approche mystique de l’art sacré.
« Je veux que le pape puisse vénérer Gaudí », avait déclaré le recteur de la basilique, le père Josep Maria Turull, avant la visite. La tour de Jésus-Christ, achevée en février 2026 après des décennies de travaux, est la dernière des dix-huit prévues par Gaudí. Sa hauteur, inférieure aux 177 mètres de la colline de Montjuïc voisine, respecte la volonté de l’architecte de ne pas surpasser les œuvres de la nature.
« La bénédiction de la tour fixe un jalon architectural, tandis que la béatification de Gaudí relève d’une procédure ecclésiale distincte. »
Un symbole religieux et touristique
La Sagrada Familia, dont la construction a débuté en 1882, attire chaque année plus de 4 millions de visiteurs. Son achèvement, initialement prévu pour 2026, a été retardé par la pandémie de Covid-19, qui a tari les recettes touristiques indispensables à son financement. Le chantier, entièrement financé par les entrées et les dons, pourrait s’achever d’ici une dizaine d’années, bien que les responsables évitent de fixer une date précise.
La basilique, élevée au rang de basilique mineure par Benoît XVI en 2010, est devenue un emblème de Barcelone. Pourtant, son impact sur le quartier environnant suscite des tensions. En 2025, 22 millions de personnes ont fréquenté le site et ses alentours, provoquant des nuisances pour les riverains. Un projet de construction de la façade de la Gloire, qui nécessiterait la démolition de deux pâtés de maisons, est contesté par les habitants.
« C’est comme vivre dans un parc à thèmes surpeuplé », témoigne un résident dans Libération. Les associations locales dénoncent une « voisine encombrante » et réclament des mesures pour limiter l’afflux touristique.
Un message de paix et d’unité
Lors de la messe célébrée dans la basilique, Léon XIV a prononcé une homélie centrée sur la paix. « Nous ne pouvons pas croire en Jésus et promouvoir la guerre », a-t-il déclaré, dans une allusion indirecte aux conflits internationaux. Le pape a également évoqué la condition humaine à travers le prisme de l’inachèvement de la Sagrada Familia : « Comme cette basilique, nos vies sont des chantiers permanents, où chaque pierre compte. »
La visite s’inscrit dans un voyage de sept jours en Espagne, marqué par des rencontres avec des jeunes, des détenus et des migrants. À Barcelone, Léon XIV a également visité l’abbaye de Montserrat, un haut lieu de la culture catalane, où il a prononcé une partie de son discours en catalan, une première pour un souverain pontife.
Un chantier et une symbolique encore en construction
Si la bénédiction de la tour de Jésus-Christ marque une étape majeure, la Sagrada Familia reste un édifice inachevé. Les travaux se poursuivent, notamment pour la façade de la Gloire, dont le projet suscite des oppositions locales. Le conseil de construction, une fondation privée, évite de communiquer une date précise pour la fin du chantier, citant les incertitudes liées au financement et aux contraintes urbanistiques.
Sur le plan religieux, la visite du pape renforce le statut de la basilique comme lieu de pèlerinage et de réflexion. « L’art et la beauté sont d’éminents canaux d’évangélisation », a souligné Léon XIV lors de son homélie. Pour l’Église catholique, la Sagrada Familia incarne un « phare » dans une Catalogne marquée par une forte sécularisation, où la pratique religieuse a fortement décliné ces dernières décennies.
Les prochains mois diront si les travaux avancent au rythme espéré et si les tensions autour du projet de façade de la Gloire trouvent une issue. En attendant, la basilique reste un symbole de persévérance, à l’image du message délivré par le pape : « La perfection n’est pas de ce monde, mais l’effort pour l’atteindre nous élève. »