Le trafic ferroviaire est fortement perturbé ce mercredi 10 juin en raison d’une grève nationale à la SNCF. Selon la direction, un TGV sur trois et un Intercités sur deux sont annulés, tandis que le trafic régional est « fortement perturbé ». Les quatre syndicats représentatifs de l’entreprise (CGT, Unsa, SUD-Rail et CFDT) ont appelé à ce mouvement pour dénoncer l’ouverture à la concurrence et réclamer des hausses de salaire.
Un mouvement très suivi, selon les syndicats
La CGT Cheminots, premier syndicat de l’entreprise, estime que « près d’un cheminot sur deux » a participé à la grève. Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, a indiqué lors d’un rassemblement à la gare du Nord que « l’implication est très forte », notamment dans les filiales régionales comme Sud Azur (90 % de grévistes) ou Loire Océan (75 à 80 %). La SNCF, de son côté, n’a pas communiqué de chiffres officiels sur la mobilisation.
« Il y a une implication très forte de tous les cheminots, y compris dans les filiales », a déclaré Thierry Nier, soulignant que les salariés des nouvelles entités créées pour répondre aux appels d’offres régionaux sont particulièrement mobilisés.
« Le même taux de participation est présenté comme un succès syndical et comme un signe de malaise social par les acteurs. »
Des perturbations majeures sur l’ensemble du réseau
Les perturbations touchent l’ensemble du territoire. En Île-de-France, seul le RER A est peu affecté, tandis que les autres lignes de banlieue voient circuler un train sur deux ou sur trois. En région, les TER sont particulièrement touchés : à Bordeaux, seul un TER sur cinq est en circulation, et dans les Vosges, aucun train régional n’a circulé.
Les voyageurs ont été prévenus individuellement des annulations sur les grandes lignes, mais les usagers des trains régionaux ou de banlieue, sans réservation, ont dû s’adapter. « J’avais anticipé hier, je me suis levé à 4 heures du matin pour prendre un train plus tôt », témoigne Michael Kanuanga, un usager interrogé à la gare Montparnasse. D’autres, comme Camille Metteil, dentiste, ont dû annuler des rendez-vous professionnels en raison des retards.
L’ouverture à la concurrence au cœur des revendications
Les syndicats dénoncent la création de filiales régionales pour répondre aux appels d’offres lancés par les régions. Selon eux, cette réorganisation, qui concerne 27 000 salariés, entraîne une dégradation des conditions de travail et une précarisation des emplois. « Quand bien même l’appel d’offres serait remporté par la SNCF, l’entreprise crée une nouvelle entité privée dans laquelle elle transfère ses personnels », explique Julien Delion, secrétaire du syndicat CGT-Cheminots de Bayonne.
Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, reconnaît qu’il s’agit d’une « transformation interne majeure », mais affirme que la SNCF fait tout pour que les transferts se passent bien. Neuf régions sur onze ont déjà lancé ou s’apprêtent à lancer des appels d’offres, et toutes les lignes de TER devront être mises en concurrence d’ici fin 2033, conformément à la loi.
Les syndicats pointent également une dégradation de la santé mentale des cheminots. Depuis le début de l’année 2026, 13 suicides ont été recensés, un chiffre que la SNCF conteste en partie, précisant que ces cas ne concernent pas des salariés des entités ouvertes à la concurrence.
Un dialogue social au point mort
Les syndicats ont demandé l’ouverture de « négociations immédiates » avec la direction, mais cette dernière a indiqué que le prochain rendez-vous était prévu le 23 juin. « C’est une provocation », a réagi Thierry Nier, qui a annoncé que les syndicats se réuniraient jeudi pour décider de la suite du mouvement. « Ce ne sont pas les vacances d’été qui vont nous refroidir », a-t-il ajouté.
La direction de la SNCF, quant à elle, a refusé de faire toute déclaration mercredi, se contentant d’indiquer que « le dialogue social continue ». Les prochains jours seront déterminants pour savoir si le mouvement s’étendra ou si des négociations permettront de trouver un compromis.
Le bilan de cette journée de grève reste à consolider, notamment en ce qui concerne l’impact sur les usagers et les suites données aux revendications. Les syndicats devront également préciser leur stratégie pour les semaines à venir, alors que l’ouverture à la concurrence se poursuit.