Patrick Bruel a été mis en examen, mercredi 10 juin 2026, pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel par le tribunal judiciaire de Nanterre. L’artiste, placé en garde à vue depuis lundi matin, a été présenté à quatre juges d’instruction à l’issue de cette procédure, selon un communiqué du parquet.
Neuf victimes présumées entre 2010 et 2019
Le parquet de Nanterre avait requis, plus tôt dans la journée, l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en examen de Patrick Bruel pour des faits concernant neuf victimes présumées, commis entre 2010 et 2019. Les qualifications retenues incluent des viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel.
Parmi les affaires retenues, quatre plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées, notamment pour des faits ayant fait l’objet d’un classement sans suite par le passé. Le parquet a également joint au dossier les procédures concernant treize autres personnes, dénonçant des faits similaires commis entre septembre 1992 et septembre 2008, bien que ces derniers soient « apparus couverts par la prescription à ce stade ». Cette jonction vise à vérifier si la prescription est acquise et à examiner l’ensemble des faits reprochés à l’artiste.
« Le même dossier distingue les faits retenus pour la mise en examen, les dossiers placés sous statut de témoin assisté et ceux pour lesquels la prescription a été constatée. »
Un contrôle judiciaire strict
À l’issue de son audition, Patrick Bruel a été placé sous contrôle judiciaire, une décision prise par les juges d’instruction. Le parquet avait saisi le juge des libertés et de la détention (JLD) pour requérir un placement en détention provisoire, une demande qui n’a pas été suivie. Le chanteur est soumis à plusieurs obligations, dont l’interdiction de quitter le territoire français, d’entrer en contact avec les victimes ou leur famille, et de fréquenter des salons de massage. Il doit également justifier de soins psychologiques et verser un cautionnement de 500 000 euros.
« L’instruction débute, les investigations également. M. Patrick Bruel participera naturellement à tous les actes de l’enquête et se tient à la disposition des autorités judiciaires », a déclaré l’une de ses avocates, Fanny Colin, à l’issue de l’audience devant le JLD.
Des réactions contrastées
Les avocates des plaignantes ont réagi à cette décision. Me Myriam Guedj-Benayoun, qui défend deux femmes accusant Patrick Bruel de violences sexuelles à Bruxelles et à L’Isle-sur-la-Sorgue, a indiqué à l’AFP : « On va pouvoir travailler avec la justice. » Me Jade Dousselin, avocate de Daniela Elstner, première plaignante à avoir relancé la procédure, a salué « une vraie première victoire judiciaire pour les victimes ».
« C’est un signal fort de l’accusation », a estimé Me Iris Biehler, avocate d’une femme accusant le chanteur d’agression sexuelle à Perpignan en 2019 et d’une autre dénonçant une tentative de viol à Neuilly en 2019. Le parquet a « pris la mesure de la gravité et de la multitude des faits et d’un éventuel risque de renouvellement et de pressions sur les victimes ou les témoins », a-t-elle ajouté.
Lors de sa garde à vue, trois nouvelles plaintes pour viols et tentative de viol ont été déposées, selon les avocates des plaignantes. Patrick Bruel, qui conteste l’ensemble des accusations, a annulé la majeure partie de sa tournée prévue à partir de mi-juin.
Une procédure encore en cours
L’information judiciaire ouverte contre Patrick Bruel doit encore préciser les qualifications retenues pour chaque dossier. Les juges d’instruction devront déterminer si les faits prescrits, initialement joints au dossier, peuvent faire l’objet de poursuites sous certaines conditions, notamment via les principes de prescription glissante ou de connexité.
Le contrôle judiciaire imposé à l’artiste marque le début d’une instruction qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois. Les prochaines étapes incluront des auditions complémentaires, des confrontations éventuelles avec les victimes et des expertises, avant un éventuel renvoi devant une cour d’assises ou un tribunal correctionnel.