Réforme de la justice criminelle : le projet de loi rejeté en commission, Darmanin retire le "plaider-coupable"

Le projet de loi sur la justice criminelle porté par Gérald Darmanin a été rejeté mercredi 10 juin en commission des lois de l’Assemblée nationale, conduisant le garde des Sceaux à annoncer le retrait de la mesure phare instaurant un "plaider-coupable" en matière criminelle.

Réforme de la justice criminelle : le projet de loi rejeté en commission, Darmanin retire le "plaider-coupable"

Image générée par Fokon

La commission des lois de l’Assemblée nationale a rejeté mercredi 10 juin le projet de loi de réforme de la justice criminelle porté par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Le texte a été repoussé par 18 voix contre 16, l’ensemble de la gauche ayant voté contre et le Rassemblement national (RN) s’étant abstenu. Quelques heures plus tard, le garde des Sceaux a annoncé le retrait de la disposition la plus controversée du texte, le "plaider-coupable" pour les crimes, invoquant "l’absence de consensus".

Un rejet à deux voix près en commission

Le vote en commission des lois a révélé une majorité fragile pour le gouvernement. Selon les sources parlementaires, 18 députés ont voté contre le projet, 16 pour, et le RN s’est abstenu. L’entourage du ministre a déploré "une sous-mobilisation des députés Renaissance", le groupe présidentiel. Le texte devait initialement être examiné en séance plénière à la fin du mois dans la version adoptée par le Sénat, mais son rejet en commission complique son adoption.

Plusieurs articles du projet ont été supprimés lors de l’examen en commission, dont une mesure prévoyant l’anonymisation de l’identité des magistrats dans les décisions diffusées en open data. "C’est une mauvaise nouvelle pour les victimes", a réagi l’entourage de Gérald Darmanin, soulignant que le texte visait à "accélérer le traitement des dossiers" et à "lutter contre l’engorgement des tribunaux".

« Le même vote est présenté comme un rejet du texte et comme une étape vers un compromis expurgé de sa mesure la plus contestée. »

Le "plaider-coupable" criminel, mesure phare abandonnée

La procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR), surnommée "plaider-coupable" criminel, prévoyait qu’un accusé reconnaissant les faits puisse bénéficier d’une peine réduite d’un tiers par rapport à la peine normalement encourue. L’audience aurait été limitée à une demi-journée, contre plusieurs jours pour un procès d’assises classique. Cette mesure, défendue par le gouvernement pour désengorger les tribunaux, était particulièrement critiquée par les avocats et les associations de victimes.

Gérald Darmanin a justifié son retrait dans un message publié sur X : « Dans un esprit de responsabilité et afin de répondre à l’urgence d’amélioration de notre justice criminelle, il me paraît nécessaire de proposer à la représentation nationale le retrait de cette disposition, faute de consensus. » Le ministre a précisé qu’un "travail d’approfondissement" sur ce sujet serait mené "dans un climat apaisé" au cours des prochains mois.

« C’est une victoire, surtout pour l’État de droit [...] Nous sommes soulagés aussi pour les victimes car le plaider-coupable ne prévoyait aucune parole pour elles », a déclaré Christophe Bayle, président de la Conférence des bâtonniers, qui représente les 163 barreaux de province. La présidente du Conseil national des barreaux, Julie Couturier, a salué un "signal positif", estimant que la réforme remettait en cause "les garanties fondamentales qui fondent le procès criminel".

D’autres mesures du texte maintenues

Malgré le retrait du "plaider-coupable", plusieurs autres dispositions du projet de loi ont été adoptées en commission. Parmi elles, la modification de la composition des cours criminelles départementales, dont la compétence serait étendue aux récidivistes. Cette mesure, qui réduit le rôle des jurys populaires au profit de magistrats professionnels, a été vivement contestée par la gauche, qui y voit une "remise en cause des droits de la défense".

Le texte prévoit également l’utilisation de la généalogie génétique pour résoudre certaines affaires, en autorisant la consultation des bases de données de sociétés privées proposant des tests ADN récréatifs, interdits en France. Un autre article controversé raccourcit les délais imposés aux avocats pour déposer des requêtes en nullité.

« Le principal, c’est l’audiencement [le calendrier des procès, NDLR], et d’autres articles du projet de loi, notamment la création de cent nouvelles cours criminelles, traitent de cette problématique », a souligné l’entourage du ministre pour justifier la poursuite du texte malgré le retrait de sa mesure phare.

Un calendrier parlementaire encore incertain

Le projet de loi, désormais privé de sa mesure la plus emblématique, doit être débattu en séance plénière à la fin du mois de juin dans la version adoptée par le Sénat. Le RN, initialement opposé au "plaider-coupable", pourrait voter en faveur du texte expurgé, ce qui permettrait au gouvernement de sécuriser une majorité. Cependant, la gauche maintient son opposition, estimant que le texte reste "attentatoire aux droits et libertés".

L’entourage de Gérald Darmanin a insisté sur l’urgence de réformer la justice criminelle, citant notamment les délais d’audiencement et l’engorgement des tribunaux. "Tant de temps perdu à légiférer sur des sujets inutiles et attentatoires aux droits et libertés au lieu de renforcer la lutte sur les violences sexuelles et les moyens de la Justice", a taclé la députée La France insoumise (LFI) Gabrielle Cathala sur X.

Le retrait du "plaider-coupable" intervient dans un contexte politique tendu pour le garde des Sceaux, déjà fragilisé par l’affaire Lyhanna, du nom d’une fillette de 11 ans dont le meurtrier présumé avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures. Cette affaire a mis en lumière des "défaillances graves" des services de l’État, selon les termes du ministre, et a alimenté les appels à sa démission de la part de LFI et d’une partie de la magistrature.

Le calendrier parlementaire et les éventuelles modifications du texte avant son examen en séance plénière restent à préciser. Le gouvernement devra composer avec une majorité fragile et des oppositions déterminées à bloquer une réforme qu’elles jugent régressive.


Article généré par le Yak

Yakdrop en cours...

CHAPITRE I : L'ère des Pionniers

Vous aimez "la Quotidienne" ? Ajoutez 10 points pour débloquer le module thématique ou géographique de votre choix.

Rejoindre les Yakteurs 10 points par vote

Cent pionniers. Un vote chacun. Dix points attribués par vote au module de leur choix.

Vous aimeriez une médianalyse sur l'actualité italienne ou allemande? Vous désirez découvrir autrement l'actualité sportive du moment?

Voici le moyen de participer concrètement au développement de Yaktu, ton métamédia préféré

26 / 100 yakteurs 260 points

Chaque participation attribue 10 points à un module.

Choisir un module à soutenir

Participez à l’aventure Yaktu

Une information indépendante se construit avec sa communauté

Yaktu grandit grâce à celles et ceux qui choisissent de soutenir un média libre, lisible et accessible à tous.

Devenir Yakteur, suivre les soutiens récents ou simplement découvrir la communauté, c’est déjà participer à faire vivre le projet.

Suivre le Yak sur les réseaux

Dans cette Médianalyse

Sport

Coupe du monde 2026 : polémiques sur les visas et conditions d’accueil aux États-Unis, Canada et Mexique

Médianalysé sur 269 sources
Coupe du monde 2026 : polémiques sur les visas et conditions d’accueil aux États-Unis, Canada et Mexique
Société

Affaire Lyhanna : les dysfonctionnements institutionnels dans le traitement des signalements de violences sexuelles sur mineurs

Médianalysé sur 225 sources
Affaire Lyhanna : les dysfonctionnements institutionnels dans le traitement des signalements de violences sexuelles sur mineurs
La pépite d'Or

Environnement : le Québec critiqué pour son étude sur l’arsenic et sa gestion de la filière batterie

Justice

Patrick Bruel mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, placé sous contrôle judiciaire

Médianalysé sur 151 sources
Patrick Bruel mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, placé sous contrôle judiciaire
La pépite d'Argent

Économie : Nespresso supprime 178 emplois en France et ferme son site lyonnais en 2027

International

Moyen-Orient : les États-Unis et l’Iran échangent des frappes après la destruction d’un hélicoptère américain près d’Ormuz

Médianalysé sur 99 sources
Moyen-Orient : les États-Unis et l’Iran échangent des frappes après la destruction d’un hélicoptère américain près d’Ormuz
Les petites brèves du Yak

Le TOP 10 du mercredi 10 juin 2026

Brève du Yak
International

Barcelone : le pape Léon XIV bénit la tour de la Sagrada Familia, désormais plus haute église du monde

Médianalysé sur 49 sources
Barcelone : le pape Léon XIV bénit la tour de la Sagrada Familia, désormais plus haute église du monde
International

Belfast : un réfugié soudanais inculpé après une attaque au couteau, des émeutes anti-immigrés éclatent

Médianalysé sur 48 sources
Belfast : un réfugié soudanais inculpé après une attaque au couteau, des émeutes anti-immigrés éclatent
Le Chiffre du Jour
7,4 %
Chiffre du jour
Économie

Grève à la SNCF : un TGV sur trois annulé, les syndicats réclament un moratoire sur l’ouverture à la concurrence

Médianalysé sur 39 sources
Grève à la SNCF : un TGV sur trois annulé, les syndicats réclament un moratoire sur l’ouverture à la concurrence
La Pépite de Bronze

Justice : un ostéopathe condamné à 17 ans de réclusion pour 29 agressions sexuelles en cabinet

Justice

Réforme de la justice criminelle : le projet de loi rejeté en commission, Darmanin retire le "plaider-coupable"

Médianalysé sur 31 sources
Réforme de la justice criminelle : le projet de loi rejeté en commission, Darmanin retire le "plaider-coupable"