Un réfugié soudanais de 30 ans, Hadi Alodid, a été inculpé mercredi 10 juin pour tentative de meurtre, possession d’une arme blanche et menaces de mort après une attaque au couteau survenue lundi 8 juin à Belfast. La victime, Stephen Ogilvy, un homme d’une quarantaine d’années, a été grièvement blessée, perdant notamment un œil. Les violences ont éclaté mardi soir dans plusieurs quartiers de la capitale nord-irlandaise, où des manifestants ont incendié des véhicules et des habitations, ciblant des logements occupés par des personnes d’origine étrangère.
Une attaque filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux
L’agression a été filmée et la vidéo, montrant l’assaillant assis sur la victime à terre lui portant des coups de couteau, a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Selon le ministère de l’Intérieur britannique, Hadi Alodid est arrivé en Irlande du Nord en 2023 via Paris et Dublin, avec un titre de séjour valable jusqu’en 2028. La police nord-irlandaise a indiqué écarter à ce stade la piste terroriste, sans préciser les motivations de l’attaque.
« La diffusion de cette vidéo a attisé la colère et servi de prétexte à des appels à manifester », a déclaré la ministre nord-irlandaise de l’Intérieur, Naomi Long. Plusieurs figures de l’extrême droite britannique, dont le militant Tommy Robinson, ont relayé ces appels, soutenus par le milliardaire américain Elon Musk, qui a encouragé les manifestants à « manifester souvent et fortement ».
« Les mêmes images sont présentées comme une preuve de danger migratoire et comme un fait divers nécessitant une enquête judiciaire. »
Des manifestations dégénèrent en émeutes ciblant des étrangers
Mardi 9 juin au soir, des centaines de personnes, pour beaucoup masquées, se sont rassemblées dans plusieurs quartiers de Belfast. Des bus, des voitures et des habitations ont été incendiés, notamment dans des zones où vivaient des personnes d’origine immigrée. Plusieurs immeubles ont dû être évacués, et des résidents ont décrit des scènes de chaos. « Vers 19h30, ils ont commencé à mettre le feu à des poubelles, puis ils ont lancé des cocktails Molotov. Tout d’un coup, le feu a pris, on a eu de la fumée dans le bâtiment, et les pompiers nous ont dit de sortir », a témoigné Eemran, un ingénieur d’origine indienne de 41 ans.
La police a utilisé un canon à eau dans la nuit de mercredi pour disperser des manifestants près de Glengormley, au nord de Belfast. Des projectiles, dont des briques et des bouteilles en verre, ont été lancés contre les forces de l’ordre. Mercredi matin, des véhicules calcinés et des débris jonchaient les rues des quartiers touchés. « C’est terrifiant. J’ai deux enfants à la maison et ce matin, je me demande si je dois les emmener à l’école », a déclaré Anselme Shima, arrivé en 2013 de République démocratique du Congo.
Des condamnations politiques et des appels au calme
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a qualifié les violences de « choquantes et complètement inacceptables ». « Il est clair que des personnes ont été ciblées la nuit dernière en raison de leur origine, et je ne le tolérerai pas », a-t-il déclaré. La Première ministre nord-irlandaise, Michelle O’Neill, a dénoncé sur X (ex-Twitter) « un acte de lâcheté répugnant », ajoutant que « rien ne peut excuser ni justifier les attaques commises ».
La famille de la victime, Stephen Ogilvy, a lancé un appel au calme mercredi. « Nous sommes dégoûtés par les scènes de violences qui se sont déroulées hier soir. Cette tragédie ne doit pas être utilisée pour nous diviser ou alimenter une certaine hostilité », a-t-elle indiqué dans un communiqué relayé par la police. Malgré ces appels, la tension restait palpable mercredi soir, avec des commerces fermés et des rues désertées dans le centre-ville.
Le régulateur des médias, Ofcom, a mis en garde les plateformes contre la diffusion de contenus incitant à la violence, rappelant leurs obligations légales. La police a également averti que la publication d’adresses de ressortissants étrangers sur les réseaux sociaux pourrait « constituer une infraction pénale ».
Un contexte de tensions récurrentes en Irlande du Nord
Ces émeutes interviennent dans un contexte de tensions récurrentes en Irlande du Nord, où des manifestations anti-immigrés avaient déjà éclaté en juin 2025 et à l’été 2024. La ministre de l’Intérieur, Naomi Long, a dénoncé le « racisme » derrière ces violences, accusant certains internautes d’avoir « instrumentalisé la peur légitime que les gens ressentent face aux événements ».
Le suspect, Hadi Alodid, a comparu mercredi matin devant un juge à Belfast. Il a refusé la présence d’un avocat et était accompagné d’un interprète arabophone. Il a été maintenu en détention jusqu’à une prochaine comparution prévue le 8 juillet. La police a indiqué que des renforts en provenance du reste du Royaume-Uni devaient arriver jeudi pour renforcer les effectifs locaux.
Les autorités craignent de nouvelles violences dans les prochains jours. Plusieurs établissements scolaires ont libéré leurs élèves plus tôt dans la journée, et les transports publics ont été interrompus en avance. « La situation reste tendue, et nous appelons à la retenue », a déclaré le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, lors d’une conférence de presse mercredi.