L’autopsie de Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin à Puycasquier (Gers), a confirmé qu’elle avait été violée et que des traces d’ADN de Jérôme Barella, principal suspect, avaient été retrouvées sur son corps. Le rapport d’inspection administrative, dont les conclusions ont été rendues publiques le 22 juin, pointe des « dysfonctionnements » et des « erreurs individuelles » dans le traitement d’une plainte pour viols sur mineur déposée en août 2025 contre Barella, qui n’avait alors pas été entendu ni placé en garde à vue.
Des résultats d’autopsie accablants
Les analyses médico-légales ont révélé que Lyhanna avait subi un viol avant sa mort. Son corps présentait également des ecchymoses et des traces de ruban adhésif, suggérant qu’elle avait été bâillonnée. Le parquet d’Agen a confirmé la présence de l’ADN de Jérôme Barella sur les parties intimes de l’enfant, sans préciser à ce stade les causes exactes du décès, toujours en cours d’expertise. Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration, pourrait voir les poursuites élargies en fonction des résultats définitifs de l’autopsie.
« Les mêmes éléments sont présentés comme des preuves biologiques et comme des indices encore en cours d’analyse. »
Une plainte antérieure non traitée
Le rapport des inspections générales de la gendarmerie et de la justice, remis au gouvernement le 22 juin, révèle qu’une plainte pour viols sur mineur, déposée en août 2025 par la mère d’une autre enfant, Rosa, avait été transmise au parquet d’Auch (Gers) mais n’avait pas donné lieu à une enquête approfondie. La plainte avait effectué plusieurs allers-retours entre Toulouse et Auch avant d’être classée sans suite, sans que Barella ne soit entendu. « Une série d’erreurs individuelles et humaines » est évoquée, sans que le manque de moyens ne soit retenu comme cause principale.
« Il y a eu des dysfonctionnements graves, mais ils ne relèvent pas d’un problème systémique de moyens », indique une source proche du rapport. La procureure d’Auch, Clémence Meyer, placée sous protection policière après des menaces, est devenue un symbole des tensions autour de cette affaire.
Mobilisation et réactions politiques
L’affaire a provoqué une vague d’indignation nationale, avec des rassemblements organisés devant plusieurs tribunaux en France. Des associations, comme L’Enfant Bleu, constituée partie civile, dénoncent une « justice qui peine à protéger les enfants ». Me Jean-Christophe Boyer, avocat de l’association, met en garde contre « la recherche de boucs émissaires » et appelle à des réformes structurelles.
Le gouvernement a annoncé l’ouverture d’enquêtes administratives visant une magistrate et un policier, tandis que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué la possibilité de sanctions. « Nous ne pouvons pas accepter que des plaintes aussi graves soient traitées avec autant de négligence », a-t-il déclaré.
Des familles de victimes de violences sexuelles sur mineurs ont également témoigné de leur sentiment d’abandon. « À la fin, personne ne va en prison », résume une mère dont la plainte a été classée sans suite. Le site « Classés sans suite », lancé après la mort de Lyhanna, a recueilli plus de 6 000 témoignages en quelques jours.
Des suites judiciaires et des questions en suspens
La publication du rapport d’inspection marque une étape dans l’affaire, mais plusieurs éléments restent en attente. Les résultats définitifs de l’autopsie, notamment les causes de la mort de Lyhanna, devraient être connus dans les prochains jours. La qualification des faits reprochés à Jérôme Barella pourrait évoluer en fonction de ces conclusions.
Les enquêtes administratives en cours devront déterminer les responsabilités individuelles dans le traitement de la plainte de 2025. Par ailleurs, la mobilisation associative et citoyenne se poursuit, avec des appels à une réforme de la protection de l’enfance et du traitement des violences sexuelles sur mineurs. Le gouvernement a annoncé une réflexion sur la dépénalisation de la non-représentation d’enfant en cas d’accusation d’inceste, une mesure déjà évoquée par Gérald Darmanin.
Le calendrier judiciaire prévoit une audience prochaine pour examiner les éventuelles requalifications des charges contre Barella. Les associations espèrent que cette affaire marquera un tournant dans la prise en charge des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, tandis que les autorités insistent sur la nécessité de distinguer les défaillances individuelles des problèmes structurels.