Abelardo de la Espriella a été élu président de la Colombie dimanche 21 juin avec 49,7 % des voix, contre 48,7 % pour son rival Ivan Cepeda, selon les résultats préliminaires. Ce second tour, marqué par une participation de 41 millions d’électeurs, consacre la victoire d’un candidat présenté comme un représentant de l’ultradroite, soutenu par l’ancien président américain Donald Trump. De la Espriella, avocat et homme d’affaires sans expérience politique antérieure, prendra ses fonctions le 7 août dans un pays confronté à une résurgence de la violence des groupes armés.
Un scrutin serré après une campagne polarisée
Le résultat, annoncé dans la soirée, révèle un écart de moins d’un point entre les deux candidats, illustrant la forte polarisation du pays. Abelardo de la Espriella, surnommé « Le Tigre » par ses partisans, a axé sa campagne sur un discours de fermeté face au crime organisé et une opposition frontale au président sortant Gustavo Petro, premier chef de l’État de gauche de l’histoire de la Colombie. Ivan Cepeda, sénateur et défenseur des droits humains, défendait quant à lui la poursuite des réformes sociales engagées par le gouvernement Petro et une politique de « paix totale » avec les groupes armés.
« Nous entrons dans une nouvelle ère », a déclaré de la Espriella depuis Barranquilla, où il a voté vêtu du maillot jaune de l’équipe nationale de football, devenu un symbole de sa campagne. « Je gouvernerai pour tous les Colombiens, avec détermination et dans le respect de la Constitution », a-t-il ajouté, promettant de « poursuivre sans relâche les bandits ».
« Le même scrutin est présenté comme un choix entre sécurité et réformes sociales, alors que les deux candidats proposent des approches radicalement opposées sur les mêmes enjeux. »
Des promesses de fermeté face à la violence
Abelardo de la Espriella a fait de la lutte contre les groupes armés et le narcotrafic un pilier de son programme. Il propose de construire des « méga-prisons » où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau », de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des États-Unis et d’Israël, et de supprimer le tribunal issu de l’accord de paix de 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il promet également de réduire de 40 % l’appareil d’État et de développer la fracturation hydraulique pour exploiter les ressources énergétiques du pays.
« La Colombie est le premier producteur de cocaïne au monde, et la violence a repris de l’ampleur ces dernières années », a-t-il affirmé lors d’un meeting. « Nous devons défendre le pays par la raison ou par la force. » Ces propositions s’inspirent des politiques menées par le président salvadorien Nayib Bukele, dont de la Espriella se revendique, ainsi que de celles de l’Argentin Javier Milei et de Donald Trump.
Ivan Cepeda, fils d’un homme politique communiste assassiné dans les années 1990, a quant à lui défendu une approche différente. « Pour le bien de la Colombie, les pauvres d’abord », répétait-il lors de ses discours. Il proposait de poursuivre les négociations avec les groupes armés, malgré les résultats mitigés de la politique de « paix totale » du gouvernement Petro, et d’approfondir les réformes sociales, notamment en matière de santé, d’éducation et de transition énergétique.
Un contexte marqué par la résurgence des violences
L’élection intervient dans un contexte de recrudescence des violences en Colombie, dix ans après la signature de l’accord de paix avec les FARC. Les meurtres de dirigeants communautaires, les attentats à la bombe et les assassinats de candidats ou de personnalités politiques ont marqué la campagne. Dimanche 21 juin, le président sortant Gustavo Petro a annoncé la mort d’Alias Marlon, bras droit d’Ivan Mordisco, chef de l’État-major central (EMC), principale faction dissidente des ex-FARC. « Alias Marlon est tombé au combat », a écrit Petro sur le réseau social X, précisant qu’il était responsable d’un attentat ayant fait une vingtaine de victimes civiles en avril.
Quelques jours avant le scrutin, une centaine de guérilleros de la Coordination nationale de l’armée bolivarienne, un groupe dissident des ex-FARC, avaient déposé les armes dans le cadre des négociations menées par le gouvernement Petro. Cette reddition, intervenue à trois jours du second tour, a été présentée comme une avancée majeure pour la politique de « paix totale », bien que ses effets restent limités face à la persistance des violences.
Des réactions contrastées après l’annonce des résultats
La victoire d’Abelardo de la Espriella a suscité des réactions contrastées en Colombie et à l’étranger. À Barranquilla, des milliers de partisans ont célébré le résultat en agitant des drapeaux et en scandant des slogans. « C’est le début d’une nouvelle ère pour la Colombie », a déclaré Samuel Gómez, un enseignant de 39 ans. « Nous avons besoin de sécurité et de prospérité, et de la Espriella est l’homme qu’il nous faut. »
À Cali et Bogota, en revanche, des manifestations ont éclaté pour contester les résultats. Des drapeaux américains ont été brûlés par des opposants, qui dénoncent l’influence de Donald Trump sur le scrutin. « Nous n’allons pas soutenir ce gouvernement », a affirmé Brandon, un étudiant de 19 ans à Bogota. « Il ne nous représente pas, et nous organiserons d’autres manifestations. »
Ivan Cepeda a annoncé qu’il contesterait les résultats de 33 000 bureaux de vote, évoquant des irrégularités. « Nous n’accepterons pas cette défaite avant le dépouillement final », a-t-il déclaré devant ses partisans. Les résultats définitifs, qui pourraient prendre plusieurs jours, devront être validés par les autorités électorales.
À l’international, les réactions ont été rapides. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a félicité de la Espriella sur X, évoquant une future collaboration « en matière de sécurité » et pour « mettre fin à l’immigration clandestine vers les États-Unis ». Donald Trump a quant à lui publié une photo du président élu colombien sur son réseau Truth Social, accompagnée du message : « Il a gagné, et largement ! »
Un pays divisé face à un avenir incertain
La victoire d’Abelardo de la Espriella marque un tournant dans l’histoire politique de la Colombie, qui bascule à droite après quatre ans de gouvernement de gauche sous Gustavo Petro. Son élection s’inscrit dans une tendance régionale, plusieurs pays latino-américains ayant récemment élu des dirigeants de droite ou d’extrême droite, comme l’Argentine avec Javier Milei ou l’Équateur avec Daniel Noboa.
Cependant, son absence de majorité au Parlement et la forte opposition d’une partie de la population pourraient compliquer la mise en œuvre de son programme. « Il devra reconnaître que la moitié du pays n’est pas d’accord avec lui », estime Giovanna Pinzon, une psychologue de 46 ans interrogée à Bogota. « La Colombie est profondément divisée, et cette élection ne résout pas les problèmes structurels du pays. »
Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si de la Espriella parviendra à concrétiser ses promesses de sécurité et de prospérité, ou si son mandat sera marqué par une escalade des tensions sociales et politiques. Les défis sont nombreux : résurgence des violences, crise économique, inégalités persistantes et relations tendues avec les pays voisins. Le président élu devra également clarifier sa position sur les accords de paix existants et sur la manière dont il entend concilier fermeté et respect des droits humains.
Les résultats définitifs de l’élection, attendus dans les prochains jours, pourraient encore faire l’objet de contestations. En attendant, la Colombie se prépare à une transition marquée par l’incertitude et les divisions.