La 45e édition de la Fête de la musique se déroule ce dimanche 21 juin à Paris dans un contexte exceptionnel : une vague de chaleur record et des restrictions sanitaires sans précédent. Parmi les événements les plus scrutés, le concert organisé par La France insoumise (LFI) place de la République a finalement été autorisé par la justice administrative, après une première interdiction prononcée par le préfet de police.
Une autorisation judiciaire après un bras de fer avec la préfecture
Le concert, présenté comme une « Fête de la musique antiraciste », devait initialement se tenir place de la République à partir de 18 heures, à l’issue d’une marche contre le racisme organisée à 14 heures depuis le quartier de Barbès. La préfecture de police de Paris avait interdit l’événement mercredi 17 juin, invoquant des « risques de troubles à l’ordre public ». Le préfet avait notamment cité la présence annoncée d’Assa Traoré, fondatrice du Comité Adama, et des rappeurs Médine et Soso Maness, ce dernier ayant interprété « Tout le monde déteste la police » lors de la Fête de l’Humanité en 2021.
Saisie en référé par LFI, la justice administrative a suspendu cette interdiction vendredi 19 juin. Le tribunal a estimé que « les risques de troubles à l’ordre public invoqués par l’arrêté pour justifier l’interdiction n’étaient pas suffisamment justifiés par le préfet ». Les magistrats ont relevé que les organisateurs n’avaient pas prévu la participation des personnalités mentionnées par la préfecture et que les éléments présentés ne permettaient pas de caractériser un risque imminent de troubles matériels ou d’infractions pénales. « L’interdiction d’une réunion ne peut être décidée qu’en dernier recours », a souligné le tribunal.
« La justice nous a donné raison », a réagi Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, sur le réseau social X. « Le préfet de police, le président du Crif et la mairie PS de Paris ont tenté en vain d’attenter aux libertés publiques de l’opposition de gauche. »
« Le même événement est qualifié de rassemblement politique par certains acteurs et de concert festif par d’autres, illustrant les divergences d’interprétation autour de son cadrage. »
Un dispositif de sécurité renforcé face à la canicule
Paris, comme 34 autres départements, est placée en vigilance rouge canicule pour la journée du 21 juin, avec des températures attendues autour de 37°C. Dans ce contexte, la préfecture de police a mis en place un dispositif de sécurité exceptionnel, mobilisant 4 800 policiers et gendarmes ainsi que 2 500 sapeurs-pompiers. Les rassemblements sont interdits sur les quais bas de la Seine et du canal Saint-Martin entre 15 heures et 8 heures lundi, afin d’éviter les risques de noyade.
La consommation d’alcool sur la voie publique est également prohibée dans les départements en vigilance rouge, une mesure étendue à Paris malgré son statut de vigilance orange. « L’alcool et les températures élevées ne font vraiment pas bon ménage », a expliqué la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, dans Le Parisien. « Ce n’est pas un message moralisateur, mais scientifique : l’alcool bloque une hormone qui retient l’eau dans le corps, donc vous vous déshydratez davantage. »
La mairie de Paris a maintenu les festivités, arguant qu’il valait mieux « pouvoir l’ordonner et l’encadrer plutôt que de la subir ». Des points de rafraîchissement et des brumisateurs ont été installés dans plusieurs quartiers, et les organisateurs ont été invités à adapter leurs événements aux conditions climatiques. « Nous regrettons cette situation », a déclaré la Ville à propos du refus d’installer un point d’eau supplémentaire place de la République pour le concert de LFI.
Une édition marquée par les annulations et les adaptations locales
En région, plusieurs villes ont annulé ou reporté leurs festivités en raison de la canicule. C’est le cas de Poitiers, Brive-la-Gaillarde, Châteauroux ou encore Nanterre, où les concerts prévus en extérieur ont été supprimés. D’autres communes, comme Lyon, Bordeaux ou Toulouse, ont choisi de maintenir les événements en les adaptant : début des concerts en fin de journée, installation de brumisateurs, ou encore limitation des horaires.
À Paris, la marche contre le racisme organisée par LFI a rassemblé plusieurs milliers de personnes dimanche après-midi, selon une source policière. Le cortège, parti de Barbès, a rejoint la place de la République, où le concert a débuté en début de soirée sous une grande bannière « Concerts antiracistes ». Des affiches égrenant les engagements de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle d’avril 2027 étaient visibles autour de la scène.
« Je vais voter Mélenchon en 2027, pour moi c’est la seule alternative politique possible », a déclaré Louise, 36 ans, une sympathisante présente sur place. Pour Martin, un autre participant, « ça vaut le coup de se montrer » après la tentative d’interdiction du concert. « C’est important de commencer à lier amusement et militantisme », a estimé Louise.
Un équilibre fragile entre sécurité, santé et libertés publiques
À 17h30, les sapeurs-pompiers de Paris avaient déjà enregistré une hausse de 20 % de leurs interventions par rapport à un dimanche classique. Les autorités sanitaires et les forces de l’ordre restent en alerte, alors que la vigilance rouge canicule doit être étendue à 49 départements lundi, avec des températures pouvant atteindre 42°C par endroits.
Le concert de LFI, bien que maintenu, a relancé le débat sur la politisation de la Fête de la musique. « Ce concert est légal mais est-il pertinent pour la démocratie ? », s’est interrogé le maire PS de l’arrondissement de Paris Centre, Ariel Weil, dénonçant une « récupération à des fins politiques d’un événement festif ». Pour Jean-Luc Mélenchon, en revanche, « la musique, c’est purement politique », comme il l’a déclaré à des journalistes sur place.
Les prochaines heures diront si les mesures mises en place suffiront à éviter les incidents, alors que la Fête de la musique se poursuit dans une ambiance à la fois festive et tendue, entre chaleur accablante et enjeux politiques.