Bruno Retailleau, président des Républicains (LR), a officiellement lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027 lors d’un meeting organisé samedi 20 juin au Parc floral de Paris. Selon les organisateurs, plus de 4 000 personnes ont assisté à l’événement, qui s’est tenu dans un contexte de canicule. L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, libéré en novembre 2025 après près d’un an de détention en Algérie, était présent au premier rang et a apporté son soutien au candidat.
Un discours axé sur la rupture avec le macronisme
Dans son discours, Bruno Retailleau a insisté sur la nécessité de « remettre la France à l’endroit », une formule qu’il a répétée à plusieurs reprises. Il a présenté cette élection comme « l’élection de la dernière chance », affirmant que « soit l’effondrement, soit le redressement » attendait le pays. Le candidat a ciblé directement le président Emmanuel Macron et son mouvement, dénonçant « dix ans d’En marche » qui, selon lui, « plus rien ne marche ».
« Je ne prétendrai jamais à être Jupiter », a-t-il déclaré, en référence à la pratique du pouvoir sous Emmanuel Macron, qu’il a qualifiée de « mépris du peuple français ». Il a également critiqué Gabriel Attal, candidat de Renaissance, pour ses « slogans » et son approche jugée trop verticale du pouvoir. « Tu casses, tu répares », a-t-il cité en exemple, estimant que cette formule ne suffisait pas à répondre aux défis actuels.
« Le même meeting est présenté comme une démonstration de force et comme un test pour une candidature encore fragile dans les sondages. »
Des propositions ancrées à droite et des attaques contre LFI
Bruno Retailleau a détaillé plusieurs mesures phares de son programme, notamment en matière économique et sociale. Il a proposé de « mieux rémunérer le travail » et de plafonner à 70 % toutes les prestations sociales pour « qu’il soit toujours plus payant de travailler que de vivre des aides sociales ». Sur le plan institutionnel, il a annoncé vouloir réviser la Constitution pour élargir les possibilités de recourir au référendum, une mesure qu’il a justifiée par la nécessité de « redonner la parole aux Français ».
En matière de sécurité, il a défendu la « castration chimique » des pédocriminels « sans leur consentement » et a promis un durcissement des politiques migratoires. « Je ne suis pas pour l’immigration zéro, mais ce que je veux, c’est que nous puissions choisir ceux que nous voulons accueillir », a-t-il précisé.
Le candidat a également lancé une charge virulente contre La France insoumise (LFI), qualifiant la « Nouvelle France » défendue par Jean-Luc Mélenchon de « nouvel antisémitisme qui s’abreuve aux sources de l’islamo-gauchisme ». « Ce n’est pas très digne de la part d’un ancien ministre qui prétend diriger le pays d’insulter une autre formation politique », a réagi Manuel Bompard, coordinateur de LFI, sur BFMTV.
Un meeting sous tension interne et dans un contexte de canicule
La présence de Boualem Sansal a été l’un des temps forts du meeting. L’écrivain a salué Bruno Retailleau comme « le héros de toutes les prisons algériennes », en référence à l’engagement du candidat en faveur de sa libération lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. « Quand j’étais incarcéré, il y a un nom qui est entré en prison, qui est devenu immédiatement célèbre. Il s’appelait Bruno Retailleau », a-t-il déclaré depuis la tribune.
Cependant, le meeting a aussi révélé les divisions au sein des Républicains. Plusieurs figures du parti, comme Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, ou Xavier Bertrand, n’étaient pas présentes. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, et Gérard Larcher, président du Sénat, ont en revanche fait le déplacement, tout comme Michel Barnier, ancien Premier ministre.
La canicule, qui a placé 49 départements en vigilance rouge pour la journée de dimanche 22 juin, a également marqué l’événement. Bruno Retailleau a salué la présence de « milliers » de sympathisants malgré les fortes chaleurs, tandis que certains médias ont souligné que la question climatique était peu abordée dans son discours.
Une campagne qui doit encore convaincre
Bruno Retailleau aborde cette campagne avec un double défi : convaincre à la fois son propre camp et un électorat plus large. Testé autour de 9 % dans les intentions de vote, il est devancé par Édouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance), qui bénéficient d’une meilleure dynamique dans les sondages. Son meeting de samedi visait à « désocler » sa candidature et à rassembler au-delà des frontières traditionnelles de LR.
Le candidat a insisté sur la nécessité de « rassembler les Français » et de sortir de la « case réac » où, selon lui, ses adversaires tentent de l’enfermer. Il a également cherché à se positionner comme le principal opposant au macronisme, tout en évitant soigneusement d’évoquer le Rassemblement national (RN), dont la candidate Marine Le Pen est donnée favorite pour le second tour dans plusieurs scénarios.
La suite de sa campagne dépendra en grande partie de sa capacité à mobiliser au-delà de son électorat naturel. Les prochaines semaines seront cruciales pour savoir si son discours et ses propositions parviendront à inverser la tendance dans les sondages. Pour l’instant, Bruno Retailleau reste déterminé à aller « jusqu’au bout », comme il l’a répété à plusieurs reprises lors de son meeting.