Les négociations entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont commencé dimanche 21 juin dans un complexe hôtelier de luxe à Bürgenstock, en Suisse. Ces pourparlers, prévus pour une durée renouvelable de 60 jours, visent à transformer le protocole d’accord signé le 17 juin en un accord définitif, centré notamment sur la question du programme nucléaire iranien et la stabilisation de la région.
Un protocole d’accord déjà fragilisé
Le protocole d’accord, signé à distance par les présidents américain Donald Trump et iranien Massoud Pezeshkian, prévoit un cessez-le-feu sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que la réouverture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. Cependant, ce texte reste fragile, comme en témoignent les violences persistantes au Liban et les menaces récentes de Téhéran concernant le détroit d’Ormuz.
« Le Liban sera le principal sujet des discussions », a affirmé l’Iran avant le début des négociations. Pourtant, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah vendredi 19 juin, des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts samedi 20 juin dans le sud du Liban. Ces violences ont poussé l’Iran à annoncer la « fermeture » du détroit d’Ormuz en représailles, une mesure qui menace directement l’un des points clés de l’accord.
« Le même cessez-le-feu est présenté comme une avancée diplomatique et comme une violation continue des engagements par les parties impliquées. »
Des négociations sous haute tension
Les discussions en Suisse ont été interrompues dimanche après que la délégation iranienne a quitté la salle des négociations en réaction à un message publié par Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. Le président américain avait enjoint à Téhéran d’empêcher ses alliés au Liban, en référence au Hezbollah, de « causer des problèmes », menaçant de reprendre les frappes en cas de non-respect de cette demande. « Ils feraient mieux de peser leurs mots ; nos forces armées sont prêtes à leur répondre autrement », a rétorqué Mohammad Bagher Ghalibaf, négociateur en chef iranien et président du Parlement.
Malgré cet incident, les négociations se poursuivent par l’intermédiaire des médiateurs pakistanais et qatari. « La délégation iranienne se trouve toujours sur le lieu des négociations, et la délégation américaine prévoit de poursuivre les travaux toute la nuit », a déclaré un diplomate américain. Les discussions ont repris lundi 22 juin, avec des avancées annoncées sur les mécanismes visant à faire cesser les affrontements au Liban et à sécuriser le détroit d’Ormuz.
« Nous avons accompli des progrès encourageants », ont indiqué les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. Une « feuille de route » a été établie pour parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, avec la création d’une « cellule de gestion des conflits » pour le Liban et d’une « ligne de communication » pour prévenir les incidents dans le détroit d’Ormuz.
Des enjeux majeurs et des désaccords persistants
Les principaux sujets abordés lors de ces négociations incluent le programme nucléaire iranien, le dégel des avoirs iraniens gelés à l’étranger, et la levée des sanctions économiques. Selon des sources, l’Iran pourrait récupérer entre 100 et 150 milliards de dollars d’avoirs gelés, tandis qu’un fonds de 300 milliards de dollars est prévu pour la reconstruction du pays. Cependant, ces concessions américaines suscitent des critiques, notamment en Israël et au sein même de l’administration Trump.
Le vice-président américain JD Vance, présent en Suisse, a qualifié ces négociations d’« historiques » et a exprimé l’espoir de « tourner une nouvelle page » dans les relations entre les deux pays. « J’espère qu’on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban », a-t-il déclaré. Pourtant, les désaccords restent nombreux, notamment sur la question nucléaire, où l’Iran refuse de renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium.
Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que l’armée israélienne resterait dans le sud du Liban « aussi longtemps que nécessaire », malgré les appels au retrait. Le Hezbollah, pour sa part, a rejeté toute idée de zone de sécurité israélienne dans le sud du pays, ce qui complique encore les efforts pour stabiliser la région.
Un accord encore incertain
Le protocole d’accord signé le 17 juin a été approuvé par le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, malgré des réserves. « Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l’avenir ne présagent pas de l’acceptation du point de vue de l’ennemi », a-t-il souligné, reflétant la méfiance persistante entre les deux parties.
Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si les négociations en Suisse permettront de concrétiser un accord durable. Les médiateurs pakistanais et qatari jouent un rôle clé pour maintenir le dialogue, mais les tensions au Liban et les menaces autour du détroit d’Ormuz pourraient encore fragiliser le processus. « La situation reste précaire », a analysé une source diplomatique émiratie, évoquant les risques posés par Israël et certains conservateurs en Iran.
Un processus diplomatique à l’épreuve des réalités régionales
Les négociations en Suisse marquent une étape importante dans les efforts pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, mais leur succès dépendra de la capacité des parties à surmonter leurs divergences. Les violences au Liban et les menaces autour du détroit d’Ormuz montrent que les tensions régionales restent vives, et que l’accord final, s’il est conclu, devra prendre en compte ces réalités complexes.
Les prochains jours permettront de mesurer les avancées concrètes, notamment sur la question nucléaire et la stabilisation du Liban. En attendant, les médiateurs pakistanais et qatari continuent de jouer un rôle essentiel pour maintenir le dialogue et éviter une nouvelle escalade des tensions.