L’Union européenne (UE) a décidé de prolonger jusqu’à l’été 2027 les sanctions économiques imposées à la Russie en réponse à son invasion de l’Ukraine. Cette décision, prise lors de la réunion du Conseil européen des 18 et 19 juin 2026, a été officialisée le 25 juin. Les mesures visent notamment les secteurs du commerce, de la finance, de l’énergie et des technologies à double usage, selon une déclaration des instances européennes.
Des sanctions renforcées depuis 2022
Les sanctions en vigueur, initialement adoptées en février 2022, ont été « considérablement renforcées » au fil des mois, indique le Conseil européen. Elles couvrent des domaines stratégiques pour l’économie russe, avec pour objectif affiché de limiter les capacités de Moscou à financer son effort de guerre. Aucune précision n’a été donnée sur d’éventuelles nouvelles mesures ou ajustements dans le cadre de cette prolongation.
La décision intervient alors que les combats se poursuivent en Ukraine, avec une intensification des frappes ukrainiennes en Crimée. La péninsule, annexée par la Russie en 2014, est devenue une cible régulière des drones ukrainiens, perturbant les infrastructures civiles et militaires. Selon le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, ces attaques visent à « isoler » la Crimée et à en faire une « île » coupée des approvisionnements russes.
« La même décision est présentée comme une réponse à l’agression russe et comme un outil pour accélérer une paix durable. »
La Crimée sous pression militaire et logistique
Les attaques ukrainiennes en Crimée ont provoqué des perturbations majeures pour les habitants et les forces russes. Depuis plusieurs semaines, des infrastructures énergétiques, des dépôts de carburant et des voies de communication ont été ciblés. Les autorités pro-russes ont instauré des « mesures temporaires obligatoires », limitant les déplacements nocturnes et réservant le carburant aux services publics. Les motos et scooters sont interdits de circulation entre 20 heures et 6 heures, accusés de perturber les systèmes de défense aérienne.
« La Crimée est en train d’être isolée par des drones. Dans un avenir proche, il semble qu’elle va se transformer en île », a déclaré Mykhailo Fedorov le 18 juin. Les conséquences économiques sont déjà visibles : des pénuries de carburant, de denrées alimentaires et des coupures d’électricité touchent la population, estimée à plus de deux millions de personnes. Les colonies de vacances et les manifestations sportives pour enfants ont été annulées jusqu’en septembre, officiellement pour des raisons de sécurité.
Le pont de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie, et les ponts d’Armiansk et de Tchongar, vers la région occupée de Kherson, sont régulièrement visés. Ces infrastructures sont cruciales pour l’approvisionnement de la péninsule, tant sur le plan militaire que civil.
La France intensifie sa lutte contre la « flotte fantôme » russe
Parallèlement, la France a annoncé le 25 juin l’arraisonnement d’un cinquième pétrolier soupçonné de faire partie de la « flotte fantôme » russe. Le navire, baptisé Deliver, a été intercepté au large de la Sicile par la Marine nationale, qui a confirmé des « irrégularités » dans son pavillon, officiellement camerounais. « La Marine nationale a arraisonné mardi le pétrolier Deliver alors qu’il transitait au large de la Sicile en infraction avec le droit de la mer », a déclaré le président Emmanuel Macron sur le réseau social X.
Cette flotte, composée d’environ 500 navires selon des estimations citées par le ministère estonien de la Défense, permet à la Russie de contourner les sanctions internationales en transportant du pétrole brut sous de faux pavillons. Les navires, souvent anciens et mal entretenus, sont exploités par des sociétés écrans liées à l’État russe. Depuis septembre 2025, la France a intercepté cinq pétroliers de ce type, dont quatre ont été relâchés après paiement d’amendes, dont le montant n’a pas été divulgué. Le Tagor, arraisonné fin mai, est toujours immobilisé.
« Enrayer l’économie de guerre russe, c’est couper les circuits qui financent l’agression contre l’Ukraine », a souligné la ministre des Armées, Catherine Vautrin, sur X. L’opération a été menée en coopération avec l’opération européenne Eunavfor Med Irini et le Royaume-Uni, qui a intercepté un pétrolier similaire dans la Manche le 14 juin.
Un soutien financier européen et des tensions diplomatiques
Dans un autre volet de son soutien à l’Ukraine, l’UE a effectué le 25 juin un premier versement de 3,2 milliards d’euros dans le cadre d’un prêt de 90 milliards d’euros alloué à Kiev. Ce paiement, destiné à couvrir les besoins budgétaires ukrainiens, sera suivi d’un second versement de 6 milliards d’euros pour financer l’achat de drones, a précisé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Sur le plan diplomatique, les relations entre l’Ukraine et la Pologne, pourtant alliées dans le conflit, restent tendues. Une conférence sur la reconstruction de l’Ukraine s’est ouverte le 25 juin à Gdańsk, en l’absence du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Les tensions portent sur des désaccords historiques liés à la Seconde Guerre mondiale, bien que les responsables des deux pays aient affiché une volonté d’apaisement lors de l’ouverture de l’événement. « Vous êtes ici chez vous », a déclaré le Premier ministre polonais Donald Tusk à son homologue ukrainienne, Ioulia Svyrydenko.
La Biélorussie, alliée de la Russie, a par ailleurs annoncé la désactivation d’antennes-relais utilisées par Moscou pour guider des frappes contre l’Ukraine. Cette décision fait suite à un ultimatum lancé par Volodymyr Zelensky, qui avait donné une semaine à Minsk pour démanteler ces installations. Le président ukrainien a confirmé leur mise hors service le 22 juin, sans pouvoir certifier leur démantèlement définitif.
La prolongation des sanctions européennes marque une nouvelle étape dans la réponse occidentale à la guerre en Ukraine, alors que les combats se poursuivent et que les stratégies militaires et économiques des deux camps évoluent. Les prochains mois diront si ces mesures parviendront à infléchir la capacité de la Russie à maintenir son effort de guerre, ou si de nouvelles adaptations permettront à Moscou de contourner ces restrictions.