L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a fait 304 morts parmi 1 115 cas confirmés depuis le 15 mai, selon le dernier bilan de l’Institut national de santé publique (INSP). Le virus, qui sévit principalement dans la province de l’Ituri, à l’est du pays, a également été détecté en France chez un médecin congolais travaillant pour l’ONG Alima, après son retour d’une mission dans la zone touchée.
Un bilan humain en hausse et des foyers localisés
Le virus Ebola a contaminé 1 115 personnes en RDC, avec un taux de létalité estimé à 25 % par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La province de l’Ituri concentre 91,3 % des cas et 82,2 % des décès, selon les autorités sanitaires congolaises. La ville de Bunia, capitale provinciale, reste l’épicentre de l’épidémie, tandis que le virus s’est propagé dans deux autres provinces et en Ouganda voisin, où vingt cas dont deux décès ont été recensés.
Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, a alerté sur le risque que cette épidémie devienne « la plus meurtrière de l’histoire d’Ebola », en raison des difficultés à mettre en place des mesures sanitaires dans un pays en proie à des conflits armés. Les organisations humanitaires soulignent que les bilans officiels pourraient être sous-estimés, en raison des mouvements de population et de l’insécurité dans la région.
« Le même bilan est présenté comme un chiffre consolidé par les autorités et comme une estimation minimale par les ONG sur le terrain. »
Un cas détecté en France et des mesures sanitaires renforcées
Un médecin de nationalité congolaise, envoyé par l’ONG Alima en Ituri pour participer à la riposte contre l’épidémie, a été diagnostiqué positif au virus Ebola en France. Le praticien, détenteur d’un titre de séjour, avait quitté la RDC le 19 juin après une mission d’un mois, avec une escale de trois jours à Kinshasa. Il a pris un vol Air France pour Paris le 23 juin et s’est présenté de lui-même aux services médicaux de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle à son arrivée. Cinq personnes, dont un membre du personnel navigant, ayant été en contact avec lui ont été placées à l’isolement.
Les autorités françaises et l’OMS ont indiqué que le risque de propagation du virus en Europe restait « extrêmement faible ». Elsa Softic, directrice adjointe des opérations à Première Urgence Internationale, a précisé que « les protocoles de surveillance et d’isolement mis en place permettent de contenir efficacement les risques de transmission ».
Suspension des vols Air France et restrictions en RDC
Air France a suspendu ses vols entre Paris et Kinshasa après la confirmation du cas en France. La compagnie a indiqué que la reprise des liaisons était prévue samedi 27 juin, avec des « contrôles sanitaires renforcés » avant l’embarquement à l’aéroport de Kinshasa. Selon une information de presse, cette suspension faisait suite à un refus temporaire des équipages de travailler sur cette liaison.
En RDC, les autorités ont imposé une période d’observation de 21 jours pour toute personne en provenance des zones affectées avant tout déplacement à l’intérieur du pays ou à l’étranger. En Ituri, l’aéroport de Bunia reste fermé, et l’Ouganda, principal corridor d’approvisionnement de la région, a suspendu les échanges commerciaux et fermé sa frontière. Ces mesures pèsent sur l’économie locale, avec une hausse des prix et un ralentissement des activités commerciales.
Une riposte sanitaire confrontée à des défis logistiques
Les centres de traitement Ebola, mis en place avec l’appui de l’OMS et de plusieurs ONG, sont saturés, avec un taux d’occupation dépassant 85 %, selon l’INSP. Les structures de santé locales, souvent sous-équipées, manquent de matériel de base pour faire face à l’épidémie. L’OMS a déclaré une alerte internationale et annoncé le lancement d’essais cliniques pour un traitement la semaine prochaine, bien qu’aucun vaccin ne soit encore disponible contre la souche Bundibugyo, responsable de cette épidémie.
Les femmes, particulièrement exposées en tant que soignantes et proches aidantes, représentent une part importante des victimes. L’ONU a souligné l’absence de politique sanitaire ciblée pour cette population, malgré leur rôle central dans la prise en charge des malades.
Une épidémie encore active et des risques régionaux
L’épidémie d’Ebola en RDC reste active, avec des bilans humains en hausse et des foyers localisés principalement en Ituri. Les autorités sanitaires et les ONG poursuivent leurs efforts pour contenir la propagation du virus, malgré les défis logistiques et sécuritaires. L’OMS a estimé à 70 % le risque que le virus atteigne le Soudan du Sud, où des préparatifs de riposte sont en cours.
En France, le médecin infecté est pris en charge dans un hôpital parisien, tandis que les personnes placées à l’isolement font l’objet d’un suivi médical. Les autorités sanitaires maintiennent que le risque de propagation du virus en Europe reste limité, grâce aux protocoles de surveillance mis en place. La reprise des vols Air France entre Paris et Kinshasa, prévue samedi, dépendra des conditions sanitaires et de l’évolution de la situation en RDC.